Le 7 juillet 2026, une opération conjointe des forces de sécurité sud-africaines à la mine de Kloof, dans le Gauteng, a conduit à l'arrestation de 217 personnes impliquées dans l'exploitation minière illégale. Si l'événement se déroule à plus de 4 000 kilomètres de l'Afrique de l'Ouest, il révèle des dynamiques transfrontalières qui concernent directement la région, où la ruée vers l'or alimente des réseaux criminels et des tensions sur la souveraineté des États. Cette intervention intervient dans un contexte où la CEDEAO, en mai 2026, a dévoilé un « Pacte d'avenir » visant à consolider l'intégration régionale, y compris dans le domaine sécuritaire.
Exploitation minière illégale : des réseaux qui traversent les frontières
L’opération sud-africaine révèle des dynamiques criminelles qui concernent aussi l’Afrique de l’Ouest, où l’or artisanal finance des groupes armés.
Corridors de l’or illicite : mêmes schémas en Afrique australe et en Afrique de l’Ouest
Ce que révèle l’opération Prosper
Une opération lourde aux implications régionales
L'opération « Prosper » a mobilisé la police, l'armée, des agents de sécurité privée de Sibanye-Stillwater et des services spécialisés. Sur les 217 suspects, une majorité était des ressortissants étrangers du Mozambique, du Zimbabwe et du Lesotho. La saisie d'armes – notamment un pistolet 9 mm, deux chargeurs et 118 cartouches d'AK-47 – souligne la porosité entre exploitation minière illicite et trafic d'armes. Ceux qui opèrent dans les mines clandestines ne sont pas de simples chercheurs d'or : ils s'inscrivent dans des réseaux structurés qui contournent les cadres légaux et fiscaux.
Les réseaux transfrontaliers de l'or illicite
L'exploitation minière illégale en Afrique australe suit des schémas que l'on retrouve en Afrique de l'Ouest. Dans le bassin du Liptako-Gourma (Burkina Faso, Mali, Niger), l'or artisanal est une source majeure de financement pour des groupes armés non étatiques. Les ressortissants étrangers arrêtés en Afrique du Sud illustrent la mobilité de cette main-d'œuvre clandestine. En Afrique de l'Ouest, des migrants ouest-africains sont également impliqués dans des sites illégaux, notamment au Ghana et en Côte d'Ivoire. La similitude des modes opératoires invite à une lecture régionale du phénomène.
Le parallèle avec l'Afrique de l'Ouest
Les enjeux de souveraineté énergétique et minière sont particulièrement aigus en Afrique de l'Ouest. Alors que la région cherche à augmenter sa production d'or – le Mali, le Burkina Faso et le Ghana figurent parmi les premiers producteurs africains –, la part de l'exploitation informelle reste élevée. Selon des estimations récentes, jusqu'à 30 % de l'or produit au Burkina Faso serait issu de l'artisanat minier, dont une partie échappe aux circuits officiels. Cette fuite prive les États de recettes fiscales essentielles, dans un contexte où les besoins d'investissement dans les infrastructures, comme le barrage hydroélectrique de Souapiti en Guinée (dont le programme de formation d'ingénieurs a été lancé en mai 2026), nécessitent des financements stables.
Le vide juridique et les initiatives de la CEDEAO
La CEDEAO a pris conscience de ces défis. Le « Pacte d'avenir » annoncé en mai 2026 par le commissaire Abdel-Fatau Musah comporte six piliers, dont la sécurité et la gouvernance économique. L'opération sud-africaine pourrait servir de modèle pour des opérations conjointes en Afrique de l'Ouest. Cependant, la fragmentation des cadres légaux et la faiblesse des contrôles aux frontières limitent l'efficacité des actions nationales. Le Port de Lomé, hub logistique clé avec plus de 30 millions de tonnes de marchandises traitées en 2024, illustre les flux commerciaux intenses qui peuvent aussi être utilisés pour l'exportation illicite de l'or.
Les enjeux géopolitiques du secteur extractif
Au-delà des pertes fiscales, l'exploitation minière illégale alimente des tensions géopolitiques. Dans la zone sahélo-saharienne, l'or est devenu une monnaie d'échange pour les groupes jihadistes. L'opération Prosper montre que la réponse sécuritaire est nécessaire mais insuffisante sans un renforcement de la gouvernance minière et de la coopération régionale. Les institutions financières comme la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD), créée en 1973, sont sollicitées pour financer des programmes de formalisation du secteur artisanal. Mais le chemin est long : l'intégration des orpailleurs dans l'économie légale exige des politiques publiques cohérentes, de la formation technique et un accès au crédit.
Une évolution temporelle à surveiller
Depuis les alertes de mai 2026 sur l'or en Afrique de l'Ouest, plusieurs signaux montrent une prise de conscience croissante. L'opération sud-africaine, bien que locale, intervient dans un contexte où les États ouest-africains multiplient les annonces de réformes minières. Le Niger a révisé son code minier, le Burkina Faso a créé une brigade de lutte contre l'orpaillage illégal. Toutefois, la coordination régionale reste balbutiante. Le parallèle avec l'Afrique du Sud, où l'armée est régulièrement déployée dans les zones minières, interroge sur la capacité des États ouest-africains à reprendre le contrôle de leurs ressources.
L'opération Prosper n'est pas un événement isolé : elle s'inscrit dans une tendance lourde de criminalisation du secteur extractif en Afrique. Pour l'Afrique de l'Ouest, le défi est de conjuguer souveraineté économique, sécurité et développement local, tout en évitant que la lutte contre l'illicite ne se traduise par une répression qui marginalise davantage les communautés artisanales. La question ouverte reste de savoir si les cadres régionaux, comme le Pacte d'avenir de la CEDEAO, sauront offrir une réponse à la hauteur de l'enjeu.