Le 25 mai 2026, l'effondrement d'une mine d'or artisanale à Bengo, en Angola, a causé la mort d'au moins 28 personnes, dont 13 membres d'une même famille. Ce drame, sur fond de ruée vers l'or dans la région, soulève des questions cruciales sur la gouvernance des ressources minières, la souveraineté énergétique et les opportunités d'investissement dans un secteur où l'informel domine. Alors que des programmes de formation d'ingénieurs pour les grands barrages hydroélectriques se multiplient, comme à Souapiti, l'écart entre les projets structurants et l'exploitation artisanale non contrôlée se creuse.

Infographie — Or · Gouvernance

L'accident de Bengo n'est pas un cas isolé. Il s'inscrit dans un contexte plus large où la hausse des cours de l'or attire des milliers de travailleurs vers des mines illégales et dangereuses. Selon les autorités locales, environ 7 000 mineurs illégaux opèrent dans la seule province de Bengo, illustrant l'ampleur d'un phénomène qui dépasse largement les frontières angolaises. En Afrique de l'Ouest, des situations similaires prévalent au Burkina Faso, au Mali ou au Ghana, où l'orpaillage clandestin alimente des économies parallèles et expose les communautés à des risques mortels.

Cette tragédie met en lumière les limites de la gouvernance minière dans la région. Alors que les États cherchent à attirer des investissements étrangers pour développer des mines industrielles, le secteur artisanal reste largement informel, échappant à tout contrôle. Les revenus potentiels échappent aux caisses publiques, tandis que les conditions de travail des mineurs demeurent précaires. L'absence de régulation efficace favorise l'exploitation illégale, la corruption et les conflits fonciers.

Dynamiques régionales et enjeux de souveraineté L'Angola, riche en diamants et en or, n'est pas le seul pays confronté à ce défi. En Afrique de l'Ouest, des pays comme le Sénégal, la Côte d'Ivoire ou le Niger connaissent des situations analogues. La ruée vers l'or, alimentée par des cours mondiaux élevés et une demande croissante, dépasse souvent la capacité des États à encadrer le secteur. Les conséquences sont multiples : pertes fiscales, dégradation environnementale, et surtout, pertes humaines évitables.

Paradoxalement, des initiatives comme le programme de formation d'ingénieurs lancé au pied du barrage de Souapiti en Guinée montrent une volonté de renforcer les compétences locales pour des projets structurants. Mais ces efforts contrastent avec l'absence de politiques intégrées pour l'artisanat minier. La formation de techniciens pour l'hydroélectricité ne résout pas le problème des milliers de jeunes attirés par l'or facile dans des conditions mortifères.

L'intégration régionale, à travers des institutions comme la CEDEAO, pourrait offrir un cadre pour harmoniser les réglementations minières et lutter contre l'exploitation illégale. Le « Pacte d'avenir » en six piliers récemment dévoilé par la CEDEAO inclut des dimensions de sécurité et de développement économique, mais il reste à voir comment cela se traduira concrètement dans le secteur minier.

Opportunités d'investissement et défis de formalisation Pour les investisseurs, le potentiel du secteur aurifère en Afrique de l'Ouest est indéniable. Cependant, l'instabilité liée à l'exploitation illégale, les risques sécuritaires et les lacunes de gouvernance constituent des freins majeurs. Les entreprises minières formelles doivent composer avec une concurrence déloyale de l'informel, qui peut représenter jusqu'à 80 % de la production dans certains pays. La tragédie de Bengo rappelle que sans une meilleure régulation, ces risques perdureront.

L'essor des technologies de traçabilité et de certification, comme celles mises en œuvre pour les diamants, pourrait offrir des solutions pour l'or. Mais leur adoption nécessite une volonté politique forte et des capacités institutionnelles que de nombreux pays peinent à mobiliser. Le développement de chaînes de valeur responsables, de la mine à la bijouterie, reste un objectif lointain.

Leçons pour l'Afrique de l'Ouest L'effondrement de Bengo, bien que situé en Angola, porte des enseignements pour toute l'Afrique de l'Ouest. Il souligne l'urgence de repenser la gouvernance minière, non pas en criminalisant les mineurs artisanaux, mais en les intégrant dans des filières légales et sécurisées. Des modèles de coopératives, de zones d'exploitation artisanale encadrées, ou de partenariats public-privé pourraient offrir des pistes.

Par ailleurs, la souveraineté énergétique et minière ne se limite pas aux grands projets. Elle passe aussi par la capacité des États à contrôler l'ensemble de la chaîne de valeur, de l'extraction à la vente. La formation des ingénieurs pour les barrages est louable, mais il faut également former des inspecteurs des mines, des géologues et des agents de l'environnement.

La tragédie de Bengo est un signal d'alarme pour les gouvernements ouest-africains. Alors que la région cherche à attirer des investissements dans le secteur minier formel, les morts dans les mines illégales rappellent que la gouvernance des ressources ne peut se limiter aux grands projets. L'enjeu est autant humain qu'économique : comment transformer une ruée destructrice en une filière durable et inclusive ? La réponse déterminera non seulement la sécurité des mineurs, mais aussi la crédibilité des États africains comme partenaires fiables pour les investisseurs internationaux.