Alors que le baril de Brent se maintient autour de 100 dollars et que l’or atteint 4730 dollars l’once, l’Afrique de l’Ouest se trouve à un carrefour stratégique. La production pétrolière nigériane est au plus haut depuis cinq ans, tandis que les mines d’or régionales confirment leur dynamique. Mais la fragilité des cours, liée aux négociations autour du détroit d’Ormuz, rappelle que ces revenus restent vulnérables aux chocs extérieurs.

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Une fenêtre pétrolière ambiguë

Le baril de pétrole s’échange à 100 dollars le 11 mai 2026, un niveau élevé qui profite directement aux producteurs ouest-africains, en premier lieu le Nigeria. Le pays a porté sa production à 1,71 million de barils par jour, son plus haut niveau depuis cinq ans. Cette embellie permet d’accroître les recettes budgétaires et de renforcer la souveraineté énergétique régionale. Pourtant, cette hausse est en partie le reflet des tensions au Moyen-Orient, et non d’un déséquilibre fondamental de l’offre et de la demande. La situation autour du détroit d’Ormuz reste instable, et tout accord de paix ferait chuter les prix.

Le contexte historique : rattrapage et dépendance

Depuis le début de l’année 2026, la région a enregistré plusieurs signaux positifs dans le secteur pétrolier : l’Algérie a annoncé une hausse de sa production de 6 000 barils par jour en juin, et le Nigeria a atteint son plus haut niveau de production depuis cinq ans. Parallèlement, les mines d’or ouest-africaines – Iamgold au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal – confirment leur production. Cette convergence montre une volonté de valoriser les ressources naturelles, mais elle expose aussi les économies à des marchés volatils. L’or, porté par les craintes inflationnistes et les taux bas à venir, atteint 4730 dollars l’once, un record qui bénéficie aux pays producteurs comme le Ghana, le Mali et le Burkina Faso.

L’or, complément stratégique

La hausse de l’or offre une bouffée d’oxygène aux États miniers d’Afrique de l’Ouest. L’once à 4730 dollars – contre environ 2000 dollars en 2020 – multiplie les recettes fiscales et les droits de douane. Cette manne permet de financer des infrastructures ou de réduire la dépendance aux revenus pétroliers. Mais la hausse de l’or est elle-même liée aux incertitudes géopolitiques : elle reflète la recherche de valeurs refuges en cas de crise. Si un apaisement au Moyen-Orient intervenait, le métal précieux pourrait corriger, tout comme le pétrole. Les États ouest-africains doivent donc gérer cette cyclicité.

Des investissements sous conditions

Pour les investisseurs, la région offre des rendements élevés dans les secteurs pétrolier et minier, mais à un risque politique et sécuritaire accru. La crise autour du détroit d’Ormuz rappelle que les marchés des matières premières sont interconnectés. Un conflit prolongé maintiendrait les prix de l’énergie élevés, favorisant les exportateurs ouest-africains, mais augmenterait aussi le coût des importations pour les pays non producteurs. Par ailleurs, la perspective d’une baisse des taux de la Fed, rendue possible par un reflux de l’inflation énergétique, pourrait réduire le coût du capital et stimuler les investissements dans la région.

Une souveraineté à bâtir

La production pétrolière nigériane à son plus haut depuis cinq ans est une bonne nouvelle, mais elle ne résout pas les défis structurels : raffinage insuffisant, dépendance aux cours mondiaux, vulnérabilité aux chocs. De même, les mines d’or apportent des devises, mais les conflits locaux et les exigences de contenu local restent des freins. L’enjeu pour l’Afrique de l’Ouest est de transformer cette conjoncture favorable en levier de développement durable, en diversifiant les partenaires et en renforçant la transformation locale.

Perspectives fragiles

Les marchés pétroliers et aurifères sont suspendus aux négociations autour du détroit d’Ormuz. Un accord pourrait ramener le Brent sous les 90 dollars et l’or vers 4000 dollars, réduisant la marge de manœuvre budgétaire des États ouest-africains. À l’inverse, une escalade maintiendrait les prix hauts, mais avec des risques accrus pour la stabilité régionale. Dans ce contexte, la capacité des pays à lisser leurs recettes et à attirer des investissements de long terme sera cruciale.

La période actuelle offre aux économies ouest-africaines une occasion rare de cumuler des recettes pétrolières et minières élevées. Mais cette fenêtre est étroite et dépend de facteurs largement exogènes. La question reste ouverte : ces ressources seront-elles utilisées pour transformer les structures de production locales, ou simplement pour amortir les chocs suivants ?