Alors que le détroit d’Ormuz reste paralysé, 20 millions de barils de pétrole et 20 % du GNL mondial sont bloqués chaque jour. Pour l’Afrique de l’Ouest, importante importatrice de produits raffinés, la menace est immédiate. Cette crise expose la dépendance énergétique de la région et relance les projets d’infrastructures gazières et pétrolières locales.

Depuis plusieurs semaines, le détroit d’Ormuz est au cœur d’une paralysie sans précédent. Selon les analyses récentes, environ 20 millions de barils de pétrole et un cinquième du GNL mondial transitaient quotidiennement par ce passage stratégique avant le blocage. Les tentatives de contournement via les oléoducs saoudiens ou émiratis restent limitées : leur capacité combinée ne dépasse pas 5,5 millions de barils par jour, loin des 20 millions nécessaires. Pour le GNL, aucune alternative terrestre n’existe à court terme, les installations régionales fonctionnant déjà à plein régime.

Cette situation a des répercussions directes sur l’Afrique de l’Ouest. La région importe massivement des produits pétroliers raffinés – essence, gazole, kérosène – en provenance du Golfe. Avec la crise d’Ormuz, les prix à l’importation grimpent et les délais s’allongent, menaçant la stabilité des marchés locaux. Plusieurs pays, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Ghana, subissent de plein fouet la volatilité des cours et les ruptures d’approvisionnement.

Face à cette dépendance, les projets d’exploitation de gaz naturel liquéfié (GNL) et de construction de raffineries locales gagnent en urgence. Le méga-projet Greater Tortue Ahmeyim, à la frontière maritime du Sénégal et de la Mauritanie, est régulièrement cité comme une solution de long terme pour sécuriser l’approvisionnement régional. De même, la raffinerie de Dangote au Nigeria, bien que confrontée à des retards et à des défis logistiques, incarne l’ambition de transformer localement le brut plutôt que de l’exporter.

Cependant, ces infrastructures ne sont pas encore opérationnelles et nécessitent des investissements colossaux. Par ailleurs, la crise actuelle exacerbe les tensions géopolitiques : le retrécent des Émirats arabes unis de l’OPEP illustre une fragmentation des solidarités régionales, compliquant la mise en place de solutions coopératives. L’Afrique de l’Ouest doit donc composer avec un marché mondial de l’énergie de plus en plus instable et conflictuel.

Pour les analystes, ce choc peut agir comme un accélérateur des réformes énergétiques dans la région. Plusieurs États ouest-africains explorent désormais des partenariats avec des acteurs asiatiques ou européens pour diversifier leurs sources d’approvisionnement et réduire leur vulnérabilité. La sécurité énergétique devient une priorité stratégique, dictant les choix d’investissement pour les années à venir.

Au-delà de la crise immédiate, le blocage d’Ormuz interroge la résilience des chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales et le rôle futur des producteurs africains. L’Afrique de l’Ouest, riche en ressources gazières et pétrolières, pourrait-elle transformer cette menace en opportunité pour accélérer son indépendance énergétique ? La réponse dépendra de la capacité des États et des opérateurs à surmonter les obstacles financiers et politiques qui freinent encore les grands projets.