Le baril de Brent s'échangeait autour de 111 dollars mercredi 29 avril 2026, malgré un léger repli lié au retrait des Émirats arabes unis de l'OPEP. La persistance du blocus du détroit d'Ormuz par l'Iran et les États-Unis maintient les cours à des niveaux élevés, perturbant 20 % de l'approvisionnement mondial. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette flambée redessine les calculs autour de la souveraineté énergétique et des projets pétroliers comme Sangomar au Sénégal.

La légère détente des cours mercredi ne doit pas masquer une réalité : le marché pétrolier est sous tension maximale depuis le début de l'année. Le conflit américano-israélien contre l'Iran, combiné au blocus du détroit d'Ormuz, a propulsé le Brent au-dessus de 110 dollars, un seuil qui n'avait plus été atteint depuis 2014. Le retrait des EAU de l'OPEP, bien que symbolique, n'offre qu'un répit marginal car les barils supplémentaires ne peuvent pas transiter par une voie maritime fermée. Dans ce contexte, chaque producteur, même modeste, voit son pétrole valorisé à un prix historiquement élevé.

Pour l'Afrique de l'Ouest, cette situation est à double tranchant. Les pays exportateurs nets, comme le Nigeria ou l'Angola, engrangent des recettes inespérées qui pourraient alléger leurs déficits budgétaires. Mais les importateurs, tels que le Ghana ou la Côte d'Ivoire, subissent de plein fouet la hausse du coût de l'énergie, ce qui creuse leurs déséquilibres commerciaux et pèse sur l'inflation. Cette divergence régionale ravive les débats autour d'une politique énergétique commune, alors que l'Afrique de l'Ouest ne produit que 8 % du brut qu'elle consomme.

Le projet Sangomar, premier champ pétrolier en production du Sénégal, entre dans cette équation avec un timing stratégique. Entré en service en 2024, il produit actuellement environ 100 000 barils par jour. À 110 dollars le baril, les revenus annuels potentiels avoisinent 4 milliards de dollars, de quoi financer une partie des ambitions du Plan Sénégal Émergent. Cependant, cette manne dépend d'un contexte géopolitique volatile : une escalade du conflit ou un nouveau choc pourrait tout aussi bien faire plonger les cours. La gestion de cette rente et la capacité à la transformer en investissements productifs constituent le véritable test de souveraineté.

Au-delà du Sénégal, la flambée des prix renforce l'attractivité des bassins sédimentaires ouest-africains pour les investisseurs internationaux. Des pays comme la Mauritanie, le Ghana ou la Côte d'Ivoire accélèrent leurs campagnes d'exploration, espérant capitaliser sur la raréfaction de l'offre mondiale. Mais cette ruée soulève aussi des questions environnementales et sociales, dans une région qui cherche à concilier développement et transition énergétique. L'équilibre entre exploitation des hydrocarbures et diversification des sources d'énergie reste fragile.

Enfin, le conflit d'Ormuz rappelle que la dépendance aux corridors maritimes stratégiques expose les économies africaines à des chocs exogènes. Si les prix élevés profitent aux producteurs à court terme, ils incitent également à réfléchir à une intégration régionale plus poussée : partage des infrastructures de raffinage, harmonisation des fiscalités pétrolières, ou mutualisation des réserves stratégiques. La crise actuelle agit comme un révélateur des vulnérabilités structurelles du secteur énergétique ouest-africain.

Alors que le détroit d'Ormuz reste un point de friction majeur, l'Afrique de l'Ouest se trouve à un carrefour. La rente pétrolière promise par des projets comme Sangomar pourrait accélérer le développement, mais elle expose aussi aux aléas d'un marché dominé par les tensions géopolitiques. La véritable souveraineté énergétique réside peut-être moins dans la production que dans la capacité à construire des systèmes résilients, capables d'amortir les chocs et de distribuer équitablement les bénéfices.