Quatre ans après avoir suspendu son projet Mozambique LNG à la suite de l'attaque de Palma, TotalEnergies a relancé les travaux sur le site d'Afungi. Un financement de 4,7 milliards de dollars réautorisé par la banque publique américaine Export-Import Bank a débloqué la situation, mais le rapport d'un rapporteur spécial de l'ONU souligne une aggravation de la violence dans la province. Cette relance, symbole d'un réengagement des majors dans les hydrocarbures africains, se fait sous contrainte sécuritaire et dans un contexte géopolitique transformé par la politique énergétique américaine.

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Une relance rendue possible par le changement de paradigme américain

Le 29 janvier 2026, TotalEnergies et les autorités mozambicaines annonçaient la reprise complète des activités onshore et offshore du projet Mozambique LNG, à Afungi. Plus de 4 000 travailleurs, dont 3 000 Mozambicains, sont mobilisés, et la production de gaz naturel liquéfié est attendue pour 2029. Ce redémarrage, intervenu après cinq ans d'arrêt, n'aurait pas été possible sans un changement majeur dans la politique énergétique des États-Unis. Dès janvier 2025, l'ordre exécutif 14154, « Unleashing American Energy », a fait de l'abondance énergétique un instrument de la diplomatie américaine, ordonnant aux agences fédérales de démanteler les règles fondées sur les objectifs d'émissions et de promouvoir l'exportation de combustibles fossiles. Dans la foulée, la sortie de l'Accord de Paris a libéré les institutions financières publiques américaines de toute obligation de filtrer leurs financements en fonction des critères climatiques. L'Export-Import Bank a ainsi pu réautoriser un prêt de 4,7 milliards de dollars pour Mozambique LNG, qui était resté en suspens. Ce revirement illustre la nouvelle donne : les banques multilatérales et agences de développement américaines ne considèrent plus les projets d'hydrocarbures comme « radioactifs ». La relance du projet s'inscrit dans une tendance plus large de prolifération des projets pétroliers et gaziers en Afrique, encouragée par Washington. Au Sénégal, le champ pétrolier de Sangomar, opéré par Woodside, a démarré sa production en juin 2024, et le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé avec la Mauritanie, a livré ses premières cargaisons de GNL en début d'année 2025. Ces développements, longtemps retardés, bénéficient désormais d'un environnement financier et politique plus favorable.

Une sécurité toujours précaire à Cabo Delgado

Cependant, la relance de Mozambique LNG se déroule dans un contexte sécuritaire toujours dégradé. Le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l'homme et la lutte contre le terrorisme, Ben Saul, a achevé le 14 août 2026 une mission de onze jours au Mozambique. Son rapport constate une augmentation de la fréquence, de la sévérité et de l'ampleur des attaques contre les civils dans la province de Cabo Delgado, où sévit une insurrection armée depuis 2017. Cette insurrection, liée à l'État islamique, avait déjà contraint TotalEnergies à évacuer le site d'Afungi en 2021 après l'attaque de Palma. Aujourd'hui, les groupes armés continuent de contrôler des zones rurales et mènent des raids meurtriers. Ben Saul estime qu'une solution militaire rapide est peu probable, ce qui laisse planer un risque persistant sur les opérations. TotalEnergies et ExxonMobil, qui développe le projet voisin Rovuma LNG, ont choisi de poursuivre leurs investissements, misant sur un dispositif de sécurité renforcé. Mais cette stratégie comporte des fragilités : la dépendance à l'égard des forces armées mozambicaines, appuyées par des mercenaires russes et des troupes rwandaises, reste un facteur d'incertitude.

L'évolution du contexte régional et les enjeux pour l'Afrique de l'Ouest

Cette situation n'est pas sans écho pour l'Afrique de l'Ouest, où les questions de sécurité et d'exploitation des ressources naturelles sont également entrelacées. Au Burkina Faso et au Mali, l'orpaillage illégal alimente les groupes armés et les économies de guerre, tandis que les États peinent à contrôler leurs territoires. L'économie sénégalaise, quant à elle, suit de près les développements de son secteur pétrolier et gazier, avec les projets Sangomar et GTA, et pourrait tirer des enseignements de l'expérience mozambicaine en matière de gestion des risques sécuritaires. La relance de Mozambique LNG, bien que lointaine, confirme que les majors sont prêtes à investir dans des zones à haut risque si les conditions politiques et financières sont réunies. Pour les pays ouest-africains, cela signifie que l'attractivité de leurs propres projets dépendra de leur capacité à garantir la sécurité des installations et à offrir un cadre réglementaire stable, mais aussi de l'évolution de la politique énergétique des grandes puissances.

Les dynamiques contradictoires du marché gazier

Le marché gazier mondial est marqué par des dynamiques contradictoires. D'un côté, la reprise de Mozambique LNG et l'obtention par bp d'une licence pour le champ gazier Loran Phase 2 au Venezuela montrent un appétit renouvelé pour de nouveaux projets. De l'autre, des tensions persistent, comme en témoigne le différend autour des livraisons de gaz de Khor Mor dans le Kurdistan irakien. Cette effervescence s'explique en partie par la guerre en Ukraine et la recherche de diversification des approvisionnements européens, mais aussi par le retour en force des énergies fossiles dans les stratégies nationales. En Afrique, les projets de GNL sont souvent présentés comme des leviers de développement, mais ils soulèvent des questions sur les retombées locales, la transparence des contrats et la gestion des revenus. Le FMI, dans un rapport de janvier 2026, estime que le projet Golfinho Atum de TotalEnergies aura une capacité de 13 millions de tonnes par an, et Rovuma LNG, porté par ExxonMobil, de 18 millions de tonnes. Ces volumes placent le Mozambique parmi les futurs géants du GNL, mais la concrétisation de ces ambitions dépendra de la stabilisation de la province et de la capacité des opérateurs à gérer les risques.

La relance de Mozambique LNG sous la double contrainte d'un financement américain et d'une insécurité persistante illustre les nouvelles règles du jeu de l'énergie en Afrique. Alors que les États-Unis assouplissent leurs conditions de financement et que les majors réinvestissent dans des zones à risque, la question de la sécurité devient un paramètre central, mais aussi un facteur de négociation. Pour l'Afrique de l'Ouest, où les projets gaziers et pétroliers se multiplient, l'exemple mozambicain rappelle que l'exploitation des ressources ne peut être dissociée de la stabilité régionale. Reste à savoir si les gouvernements sauront tirer parti de cette nouvelle donne sans compromettre la paix civile.