Le 4 mai 2026, le ministre nigérien des Mines a annoncé un triplement des recettes minières en 2025, atteignant 18 milliards de FCFA, porté par l'or. Pendant ce temps, Standard & Poor's confirmait la notation du Burkina Faso à CCC+/C, saluant la résilience de son économie malgré l'insécurité. Ces deux actualités révèlent une dynamique contrastée : le boom minier offre des marges de manœuvre budgétaires inédites aux régimes sahéliens, mais expose aussi leur dépendance aux matières premières et aux tensions géopolitiques.

Infographie — Uranium · Niger

Le Niger : une croissance minière tirée par l'or

Les chiffres dévoilés par le commissaire-colonel Abarchi Ousmane sont sans appel : le secteur minier nigérien a généré 18 milliards de FCFA de recettes en 2025, contre 6,2 milliards l'année précédente, soit une progression de 190 %. Cette croissance est essentiellement due à l'or, dont la production déclarée a atteint 1,7 tonne, pour une valeur de 109 milliards de FCFA. S'y ajoutent plus de 200 kg issus de l'orpaillage artisanal et 65 kg saisis par les forces de sécurité. Les régions d'Agadez et de Téra concentrent l'essentiel de cette activité. Ces recettes supplémentaires offrent au régime du CNSP une bouffée d'oxygène budgétaire, dans un contexte de sanctions et de fermeture des frontières.

L'uranium, enjeu géopolitique et souveraineté

Paradoxalement, le Niger détient un stock de 1 800 tonnes d'uranate, valorisé à 380 millions de dollars, qui n'a pu être exporté depuis la fermeture de la frontière avec le Bénin en 2023. La prise de contrôle de la SOMAÏR par l'État en décembre 2024 a mis fin à la tutelle d'Orano, filiale française. Le CNSP accuse Paris d'être un « État ouvertement hostile ». Ce blocage illustre comment la souveraineté minière se heurte aux réalités logistiques et diplomatiques : sans accès à la mer, le Niger peaufine des alternatives (couloirs via le Togo, le Burkina), mais les exportations d'uranium restent suspendues.

Le Burkina Faso : une croissance sous perfusion minière

De l'autre côté de la frontière, le Burkina Faso conforte sa notation CCC+/C avec perspective stable. S&P Global Ratings souligne une croissance « relativement forte » portée par l'agriculture et l'or, malgré un contexte sécuritaire fragile. L'agence établit deux scénarios : une dégradation possible en cas d'instabilité politique, mais aussi une amélioration si la sécurité et l'assainissement budgétaire progressent. La note reflète un équilibre précaire : le Burkina tire profit de la flambée des cours de l'or, mais reste vulnérable aux chocs exogènes et aux tensions internes.

Des fragilités partagées

Ces performances minières masquent des fragilités structurelles. Au Niger, la dépendance à l'or est croissante, mais l'uranium reste bloqué. Au Burkina, l'insécurité limite l'expansion minière et pèse sur les finances publiques. Les deux pays sont membres de l'UEMOA, ce qui leur assure une stabilité monétaire, mais leur endettement reste élevé. S&P rappelle que le Burkina pourrait voir sa notation abaissée si les tensions politiques s'aggravaient. Au Niger, la gouvernance militaire pose question quant à la pérennité des réformes.

Vers une transformation structurelle ?

Le boom minier ouest-africain (or, lithium, uranium) offre une fenêtre d'opportunité pour diversifier les économies et renforcer les recettes fiscales. Mais il exige une gestion transparente des revenus, des infrastructures de transport fiables et des partenariats équilibrés. Le Niger mise sur la souveraineté, mais au prix d'une rupture avec les investisseurs historiques. Le Burkina mise sur la stabilité relative, mais reste sous perfusion de l'or. L'évolution temporelle montre que depuis 2024, les recettes nigériennes ont triplé, mais les tensions avec Orano et le Bénin n'ont pas trouvé d'issue. La question centrale demeure : ces revenus permettront-ils de financer une transformation durable, ou ne feront-ils qu'alimenter des cycles d'instabilité ?

Au-delà du Niger et du Burkina, l'Afrique de l'Ouest connaît une recomposition de son paysage minier. La demande mondiale pour les métaux stratégiques (lithium, cobalt, uranium) attire de nouveaux acteurs, tandis que les régimes militaires sahéliens cherchent à renégocier les contrats. Le pari de la souveraineté économique, s'il peut accroître les marges de manœuvre à court terme, comporte des risques de rupture avec les partenaires traditionnels. La capacité de ces États à transformer l'extraction minière en développement inclusif dépendra de leur aptitude à gérer les défis sécuritaires, logistiques et de gouvernance. Le boom actuel n'est pas une fin en soi, mais un test pour la résilience des économies sahéliennes.