Human Rights Watch a publié le 24 juillet 2026 un rapport accablant sur la junte nigérienne, dénonçant un régime autoritaire, la dissolution des partis et la répression des opposants. Alors que le Niger possède d’importantes ressources minières – uranium, or, pétrole – cette dégradation politique pourrait compromettre l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers et fragiliser une économie déjà sous pression. Trois ans après le coup d’État, les conséquences sur le secteur extractif commencent à se matérialiser.
Le rapport de Human Rights Watch, publié jeudi, dresse un tableau sombre de l’évolution politique du Niger depuis le renversement de Mohamed Bazoum il y a trois ans. L’ONG y décrit une concentration des pouvoirs entre les mains des militaires, un démantèlement systématique des contre-pouvoirs et une restriction drastique des libertés publiques. La dissolution des partis politiques, la répression de la presse et la déchéance de citoyenneté d’opposants en exil témoignent d’une volonté d’éteindre toute contestation. Parallèlement, le retrait du Niger du Statut de Rome de la CPI et de la CEDEAO en 2025 isole davantage le pays sur la scène régionale et internationale.
Un risque pour les investissements miniers
Cette dérive autoritaire intervient dans un contexte où le Niger cherche à attirer des capitaux pour développer ses ressources naturelles. Le pays est le septième producteur mondial d’uranium et dispose de gisements d’or prometteurs, notamment dans la région de Tillabéri, où l’insécurité liée aux groupes jihadistes s’est aggravée. Or, la stabilité politique et juridique est un prérequis essentiel pour les grandes compagnies minières. Les décisions de la junte, notamment la remise en cause des engagements internationaux et l’affaiblissement de l’État de droit, créent un climat d’incertitude. Les investisseurs, déjà échaudés par l’expérience d’autres pays sahéliens, pourraient hésiter à engager des fonds dans un pays où les contrats risquent d’être renégociés unilatéralement ou où la sécurité des installations n’est pas garantie.
L’or, un secteur stratégique sous pression
Si le Niger n’est pas encore un producteur majeur d’or comparé à ses voisins (Mali, Burkina Faso), le potentiel est réel. Plusieurs permis d’exploration ont été accordés ces dernières années, et la mine de Samira Hill (exploitée par la Société des Mines du Niger) produit chaque année quelques tonnes d’or. Mais l’insécurité dans la zone de Tillabéri – où les groupes armés mènent des attaques meurtrières – a déjà contraint certaines sociétés à suspendre leurs activités. Le rapport de HRW rappelle que la réponse de l’armée nigérienne est souvent brutale, alimentant un cycle de violence qui décourage toute implantation durable. Dans ce contexte, la production aurifère peine à décoller, alors que les cours de l’or restent élevés.
Une détérioration des relations internationales
Au-delà de l’impact sur le terrain, la dégradation de l’image du Niger auprès des partenaires traditionnels (France, États-Unis, Union européenne) complique l’accès aux financements et aux garanties d’investissement. Le départ de la CEDEAO prive le pays de mécanismes régionaux de médiation et de coopération économique. Parallèlement, le rapprochement avec la Confédération des États du Sahel (AES) – regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger – n’a pas apporté de solution concrète pour sécuriser les zones minières. Les trois régimes militaires partagent une même logique de repli autoritaire, ce qui renforce les doutes sur leur capacité à garantir un climat des affaires serein.
Une fuite des talents et des capitaux
La répression des opposants et des syndicats, couplée à la fermeture des recours judiciaires, pousse également une partie de l’élite intellectuelle et économique à l’exil. Or, le développement du secteur minier nécessite des compétences techniques et juridiques qui se raréfient. Les entreprises étrangères peinent à recruter des cadres locaux formés, tandis que les expatriés hésitent à s’installer dans un pays où les libertés sont restreintes. Cette fuite des cerveaux affaiblit la capacité du Niger à négocier des contrats avantageux et à superviser les opérations minières.
Vers une accentuation de la malédiction des ressources ?
Le cas du Niger illustre un paradoxe fréquent en Afrique de l’Ouest : les pays riches en ressources naturelles peinent à en tirer un bénéfice durable à cause de l’instabilité politique et sécuritaire. La junte, en consolidant son pouvoir par la force, risque de verrouiller le pays dans un cycle de méfiance et de sous-investissement. L’or, qui pourrait être une source de devises et de développement, reste hors de portée tant que la gouvernance ne s’améliore pas.
L’évolution du Niger depuis 2023 montre que le changement de régime n’a pas apporté la sécurité ni la prospérité promises. Au contraire, la concentration des pouvoirs et l’isolement diplomatique fragilisent les secteurs porteurs, dont celui des mines. À l’heure où la demande mondiale d’or demeure forte et où les cours sont élevés, le Niger laisse filer une opportunité historique.
La question est désormais de savoir si la pression internationale – notamment celle des partenaires miniers – pourra inverser la tendance, ou si le pays s’enfoncera davantage dans une logique de prédation qui nuira à long terme à son potentiel extractif.
Le rapport de Human Rights Watch sur le Niger n’est pas seulement un document sur les droits humains ; il est aussi un signal d’alarme pour les acteurs du secteur extractif ouest-africain. Alors que plusieurs pays de la région (Mali, Burkina Faso) connaissent des dynamiques similaires, la question de la gouvernance minière devient centrale pour les investisseurs. Le Niger, riche en uranium et en or, pourrait voir ses ressources rester sous-exploitées si la stabilité politique et juridique n’est pas restaurée. L’avenir du secteur extractif ouest-africain se joue en partie dans ces équilibres délicats entre souveraineté, sécurité et attractivité.