Le 8 mai 2026, le Niger a suspendu une dizaine de médias français, accusés de menacer l’ordre public. Cette décision s’inscrit dans la continuité du divorce avec la France entamé après le coup d’État de juillet 2023. Au-delà du symbole, elle soulève des questions sur la perception internationale du régime et les conditions d’exploitation des ressources minières, notamment l’uranium, pilier de l’économie nigérienne. Depuis les annonces du ministre des Mines sur la stratégie minière souveraine, le nouveau geste de l'exécutif semble renforcer la main du Niger dans les négociations, mais au prix d'un possible isolement.

Infographie — Uranium · Niger

La suspension, annoncée par l’Observatoire national de la communication, vise des médias tels que France 24, RFI, TV5 Monde, Jeune Afrique ou encore Mediapart, accusés de diffuser des contenus « susceptibles de mettre gravement en péril l’ordre public ». L’exécution est immédiate, touchant tous les canaux de diffusion. Cette mesure radicale intervient alors que la junte, au pouvoir depuis juillet 2023, a multiplié les actions de rupture avec l’ancienne puissance coloniale, du départ des troupes françaises à la réorientation des partenariats vers la Russie et la Chine.

Le geste s’inscrit dans une logique de souveraineté affirmée, déjà visible dans le secteur minier. Le 7 mai, le ministre des Mines, le commissaire-colonel Abarchi Ousmane, avait détaillé sur la RTN les ressources en uranium et la volonté de renégocier les contrats avec les opérateurs historiques, notamment Orano. En contrôlant l’information, le régime cherche à maîtriser le récit sur ses ressources naturelles et à éviter toute pression médiatique extérieure lors des futures négociations.

Cette stratégie comporte des risques économiques. Les investisseurs internationaux, en particulier ceux du secteur extractif, intègrent la liberté de la presse comme un indicateur de stabilité politique et de prévisibilité juridique. La suspension des médias français pourrait refroidir les compagnies minières occidentales, déjà prudentes face à l’instabilité sahélienne. Parallèlement, le Niger renforce ses liens avec des acteurs comme la Russie, moins regardants sur la gouvernance médiatique, mais dont les capacités d’investissement dans l’uranium restent floues.

L’alignement avec le Mali et le Burkina Faso au sein de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) accentue le phénomène. Le Burkina a interdit TV5 Monde le 5 mai, et le Mali a déjà suspendu plusieurs médias occidentaux. Ce front commun offre une force de négociation face aux partenaires étrangers, mais il crée aussi une zone d’incertitude réglementaire qui complique les décisions d’investissement. Les opérateurs miniers doivent désormais composer avec des régimes qui contrôlent sévèrement l’information.

Les conséquences sur les revenus de l’uranium ne sont pas immédiates, mais elles pourraient se matérialiser à moyen terme. Orano, qui exploitait historiquement les mines d’Arlit et d’Imouraren, a vu ses relations se tendre depuis le putsch. Si la suspension des médias est perçue comme une escalade, Paris pourrait envisager de nouvelles sanctions, affectant les flux financiers et techniques. En revanche, des partenaires comme la Chine pourraient voir une opportunité de renforcer leur présence dans le secteur, sans les contraintes médiatiques occidentales.

Il serait réducteur de n’y voir qu’un signal négatif. La junte consolide son pouvoir interne en éliminant les voix critiques, ce qui peut lui donner la marge de manœuvre nécessaire pour imposer des réformes structurelles dans le secteur minier. Le ministre des Mines a clairement affiché la volonté de capter une plus grande part de la valeur ajoutée de l’uranium. Couplée à la hausse des cours mondiaux – due à la relance du nucléaire en Asie et en Europe – cette posture souveraine pourrait, à court terme, renforcer la position du Niger dans les négociations.

Néanmoins, l’équilibre est fragile. L’économie nigérienne dépend à 40 % des recettes d’exportation de l’uranium, et toute perturbation des relations avec les opérateurs historiques ou les bailleurs de fonds peut peser sur les finances publiques. La suspension des médias français, en accroissant le sentiment de risque pays, pourrait également compromettre les discussions avec le FMI et la Banque mondiale, qui conditionnent leur appui à des progrès en matière de gouvernance et de liberté d’expression.

Le geste du 8 mai n’est pas un simple épisode de communication : il s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté tous azimuts, où le contrôle des récits médiatiques va de pair avec la renégociation des contrats miniers. La région ouest-africaine observe avec attention cette démonstration de force, qui pourrait redéfinir les termes de l’échange entre États sahéliens et investisseurs étrangers. Reste à savoir si cette approche, cohérente sur le plan politique, saura préserver les équilibres économiques nécessaires au développement des ressources en uranium et à la stabilité budgétaire du Niger.