Le Niger a lancé un emprunt obligataire de 160 milliards de francs CFA sur le marché régional, alors que les rivalités entre généraux paralysent le ministère du pétrole et que la commercialisation de l'or noir d'Agadem reste sous le contrôle exclusif de la China National Petroleum Corp. Cette situation, qui intervient dans un contexte de dégradation sécuritaire et de relations tendues avec Pékin, éclaire les dynamiques complexes qui entravent la souveraineté énergétique et minière des États de la région. Alors que les cours de l'or et du pétrole offrent des opportunités, les fragilités politiques internes et les dépendances externes limitent les bénéfices pour les économies ouest-africaines.

Infographie — Or · Production

L'emprunt obligataire de 160 milliards FCFA lancé par le Niger sur le marché financier régional de l'UEMOA, piloté par plusieurs sociétés de gestion et d'intermédiation, intervient dans un climat de tensions internes et externes. L'opération vise à lever des fonds pour l'État, mais elle révèle surtout l'urgence de financer un appareil d'État fragilisé par les rivalités entre généraux et la marginalisation du ministre du pétrole, Hamadou Tini, depuis sa prise de fonction début 2026. Ce dernier se retrouve écarté des décisions stratégiques, alors même que le secteur pétrolier est crucial pour les recettes budgétaires du pays.

La relation tendue entre la junte nigérienne et son partenaire chinois, China National Petroleum Corp (CNPC), illustre la dépendance persistante du pays. Malgré les velléités d'émancipation affichées par les autorités, la commercialisation de l'or noir d'Agadem reste exclusivement dans les mains de la compagnie chinoise, faute d'alternative crédible. Ce constat n'est pas propre au pétrole : dans le secteur minier, notamment pour l'or, des schémas similaires de dépendance vis-à-vis d'investisseurs étrangers, souvent chinois, se reproduisent à travers l'Afrique de l'Ouest.

Les récentes informations sur la formation d'ingénieurs au pied du barrage de Souapiti en Guinée ou sur le rôle de hub logistique du Port de Lomé pour le commerce régional rappellent que des investissements dans les infrastructures et le capital humain existent. Mais ils peinent à produire des effets structurants tant que la gouvernance des ressources extractives reste entravée par des luttes de pouvoir internes. Au Niger, les rivalités entre principaux généraux à la tête de l'État ont des répercussions directes sur le pilotage du ministère du pétrole, un secteur stratégique qui nécessite une continuité et une vision à long terme.

La tentative du chef de l'État de soigner son image écornée par la dégradation sécuritaire en s'appuyant sur un tandem de journalistes proches de l'écosystème russe ajoute une dimension géopolitique supplémentaire. Ce recours à l'influence russe, alors que les groupes djihadistes progressent, pourrait ouvrir la voie à de nouveaux partenariats dans le secteur extractif, mais aussi exacerber les tensions avec les partenaires occidentaux et chinois. L'enjeu pour le Niger, comme pour d'autres pays de la région, est de diversifier ses alliances sans tomber dans de nouvelles dépendances.

Le cas nigérien met en lumière un paradoxe : alors que les cours de l'or et du pétrole restent favorables, les bénéfices pour les États ouest-africains sont limités par des déficits de gouvernance et des chaînes de valeur dominées par des acteurs étrangers. Les 160 milliards FCFA levés sur le marché régional sont une bouffée d'oxygène, mais ils ne résolvent pas la question fondamentale de la souveraineté sur les ressources. Au contraire, cet emprunt pourrait accroître l'endettement sans garantir une meilleure maîtrise des recettes extractives.

La situation actuelle s'inscrit dans une tendance plus large observée depuis plusieurs années en Afrique de l'Ouest : la multiplication des coups d'État et l'instabilité politique ont fragilisé les institutions chargées de gérer les ressources naturelles. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les transitions militaires ont souvent renforcé le contrôle des juntes sur les secteurs miniers et pétroliers, au détriment de la transparence et de l'efficacité. Les investisseurs, quant à eux, hésitent entre opportunités et risques sécuritaires.

En définitive, l'emprunt obligataire nigérien et les tensions autour de l'Agadem rappellent que la souveraineté extractive ne se décrète pas par des discours, mais se construit par des institutions solides et des partenariats équilibrés. Tant que les rivalités internes et les dépendances externes persisteront, les richesses du sous-sol ouest-africain – qu'il s'agisse d'or ou de pétrole – continueront de profiter davantage aux acteurs étrangers qu'aux populations locales.

Alors que la région cherche des voies vers une intégration économique plus forte, le Niger illustre les obstacles structurels à une gestion souveraine des ressources. La mise en place d'un « Pacte d'avenir » en six piliers par la CEDEAO pour consolider l'intégration régionale pourrait offrir un cadre, mais les États membres devront d'abord résoudre leurs contradictions internes. L'extractif ouest-africain reste un champ de bataille où se jouent à la fois la prospérité économique et la stabilité politique.