En renforçant les infrastructures de sécurité du mégaprojet Mozambique LNG, avec 120 caméras et 30 km de fibre optique, TotalEnergies relance un chantier suspendu depuis 2021. Simultanément, la Russie propose son aide militaire à Maputo pour contrer l'insurrection dans la province de Cabo Delgado. Cette double dynamique illustre les enjeux géopolitiques et sécuritaires qui entourent le développement du gaz naturel liquéfié en Afrique.

Infographie — Gaz naturel

Le 10 juillet 2026, TotalEnergies a lancé un appel d'offres pour l'installation d'un système de surveillance dernier cri sur le site de son mégaprojet de GNL à Palma, dans la province de Cabo Delgado, au Mozambique. Ce système comprend 120 caméras de surveillance, 28 mini-sous-stations, 30 kilomètres de fibre optique et un anneau électrique de 11 kV. Il s'agit de protéger le périmètre de haute sécurité du complexe industriel, situé dans une région en proie à une insurrection armée depuis octobre 2017, qui a causé plus de 6 600 morts et 1,1 million de déplacés. Ces travaux s'inscrivent dans la reprise, entamée en janvier 2026, du projet Mozambique LNG, interrompu en avril 2021 après une attaque djihadiste près du site.

Cette reprise intervient dans un contexte sécuritaire toujours fragile. L'offre d'aide militaire russe, formulée par le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'une visite à Maputo le 10 juillet, témoigne de l'intérêt renouvelé des grandes puissances pour la région. Lavrov a déclaré que Moscou était prêt à aider le Mozambique à éliminer la « menace terroriste » dans le nord du pays, si le gouvernement en faisait la demande. Cette proposition ne modifie pas immédiatement les arrangements sécuritaires existants, mais elle signale l'ambition de la Russie d'approfondir son empreinte dans un pays qui pourrait devenir l'un des plus rapides exportateurs de GNL au monde.

Le golfe du Rovuma, où se concentrent les découvertes de gaz, est devenu l'une des frontières énergétiques les plus surveillées de la planète. Outre TotalEnergies, ExxonMobil et Eni y détiennent des blocs majeurs. L'enjeu est colossal : si tous les projets sont menés à bien, le Mozambique pourrait intégrer le club des grands exportateurs de GNL, approvisionnant l'Europe et l'Asie à un moment où la diversification des sources d'énergie est devenue une priorité stratégique. Pourtant, l'instabilité chronique de Cabo Delgado a freiné les investissements et provoqué le départ de certains opérateurs.

Les leçons de l'Afrique de l'Ouest

Cette situation rappelle les défis rencontrés en Afrique de l'Ouest, notamment au Sénégal et en Mauritanie, où le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) de BP et Kosmos Energy a connu des retards liés à des différends frontaliers et à des problèmes techniques. La région a aussi vu émerger des tensions sécuritaires, comme au Burkina Faso et au Mali, où l'Alliance des États du Sahel (AES) tente de coordonner la lutte contre le terrorisme. Cependant, contrairement au Mozambique, les projets gaziers ouest-africains n'ont pas subi de suspension pour cause d'insurrection directe.

La récente flambée des prix du gaz après l'invasion de l'Ukraine a relancé l'attrait pour les ressources africaines. En mai 2026, la Banque africaine de développement et les institutions financières ont souligné l'importance d'accélérer les projets énergétiques pour renforcer la sécurité énergétique mondiale. Mais l'équation sécuritaire reste le maillon faible. Au Mozambique, le gouvernement de Daniel Chapo, héritier d'une longue tradition politique, doit jongler entre les exigences des investisseurs, les pressions des partenaires étrangers et la souveraineté nationale.

Un jeu d'influence global

La proposition russe s'inscrit dans une stratégie plus large de Moscou visant à étendre son influence en Afrique, en offrant des services de sécurité et de coopération militaire. Cela fait écho à la présence croissante de la Russie dans la région du Sahel, où elle supplante parfois les anciennes puissances coloniales. Pour le Mozambique, accepter l'aide russe pourrait compliquer les relations avec les partenaires occidentaux, notamment les États-Unis et l'Union européenne, qui soutiennent également la lutte antiterroriste dans le pays. La Chine, autre acteur majeur en Afrique, observe aussi cette évolution.

Le renforcement de la sécurité par TotalEnergies, de son côté, vise à rassurer les investisseurs et à permettre une reprise effective de la construction, dont le coût total est estimé à plus de 20 milliards de dollars. Le système de surveillance, couplé à la présence de troupes mozambicaines et d'une mission régionale de la SADC, pourrait constituer un bouclier suffisant. Mais l'histoire récente montre que l'insurrection a su s'adapter et frapper là où on ne l'attend pas.

Une dynamique temporelle

Comparé à l'année dernière, le contexte a évolué. En mai 2026, des articles mentionnaient la hausse de l'inflation en UEMOA, la dette publique au Sénégal et en Côte d'Ivoire, et les tensions autour de l'AES. Ces éléments, bien que distincts, dessinent un tableau de fragilité économique et sécuritaire en Afrique de l'Ouest, qui contraste avec l'urgence de développer les ressources gazières pour répondre à la demande mondiale. Le Mozambique, de son côté, semble entrer dans une phase de consolidation sécuritaire, mais les risques persistent.

Le projet Mozambique LNG est ainsi un test pour l'ensemble du continent : peut-on développer des mégaprojets gaziers dans des zones de conflit actif ? La réponse dépendra de la capacité des États et des compagnies à conjuguer investissements massifs, sécurité locale et géopolitique mondiale. L'offre russe et le déploiement de technologies de surveillance de pointe sont les deux faces d'une même médaille : la nécessité de sécuriser une ressource devenue stratégique.

Alors que le monde cherche à diversifier ses approvisionnements en gaz, le Mozambique illustre les paradoxes de la transition énergétique : des gisements prometteurs mais une insécurité tenace, des convoitises internationales mais des souverainetés fragiles. L'issue de ce projet influencera non seulement l'avenir énergétique du Mozambique, mais aussi la crédibilité des investissements gaziers dans les régions instables d'Afrique.