Le 9 juillet 2026, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a proposé à Maputo un renforcement de l'aide militaire pour lutter contre l'insurrection dans la province de Cabo Delgado, où se concentrent les grands projets gaziers du pays, dont Mozambique LNG détenu par TotalEnergies. Cette offre s'inscrit dans une stratégie plus large de Moscou visant à étendre ses partenariats de sécurité en Afrique, via l'Africa Corps, successeur du groupe Wagner. Alors que l'embargo occidental sur les hydrocarbures russes pousse le Kremlin à chercher de nouvelles alliances, le Mozambique devient un terrain majeur de compétition géopolitique pour l'accès aux ressources énergétiques africaines.

Infographie — Gaz naturel

Une insurrection persistante qui paralyse les investissements gaziers

Depuis la première attaque jihadiste en octobre 2017 à Mocímboa da Praia, la province de Cabo Delgado est en proie à une violence chronique. Selon l'ACLED, plus de 6 500 personnes ont été tuées et plus de 2 400 incidents violents recensés. Cette instabilité a contraint TotalEnergies à suspendre son projet Mozambique LNG, dont la mise en œuvre devait transformer l'économie mozambicaine. Malgré la présence de forces rwandaises (environ 1 000 soldats) et tanzaniennes (dans le district de Nangade), ainsi que l'ancienne mission de la SADC retirée depuis, la sécurité reste précaire.

L'offre russe intervient alors que Maputo cherche à relancer le projet gazier, estimé à 20 milliards de dollars. TotalEnergies a conditionné sa reprise à une amélioration significative de la sécurité. Le soutien militaire russe, via l'Africa Corps déjà actif dans plusieurs pays sahéliens, pourrait offrir au président Daniel Chapo une alternative aux partenaires occidentaux, mais au prix d'une dépendance accrue envers Moscou.

La stratégie russe : sécuriser l'accès aux ressources ?

La proposition de Lavrov ne se limite pas à la lutte antiterroriste. Les discussions ont aussi porté sur la coopération économique et les projets de modernisation, en prélude à la commission intergouvernementale russo-mozambicaine. La Russie, dont les exportations d'hydrocarbures sont entravées par les sanctions occidentales, voit dans le gaz mozambicain un relais potentiel pour ses intérêts énergétiques mondiaux. En offrant une couverture sécuritaire, Moscou pourrait espérer un accès privilégié aux ressources ou un rôle dans les infrastructures gazières.

Cette offensive s'inscrit dans une concurrence plus large avec les puissances occidentales. La France, via TotalEnergies, est directement impliquée ; les États-Unis et l'Union européenne ont également soutenu les efforts de stabilisation. L'entrée en jeu de la Russie pourrait compliquer les négociations entre Maputo et les investisseurs, et fragiliser les conditions de reprise du projet.

Une souveraineté énergétique régionale en jeu

Au-delà du Mozambique, cette dynamique interroge la souveraineté des États ouest-africains producteurs de gaz, comme le Sénégal et la Mauritanie, qui doivent également gérer des tensions sécuritaires et des pressions géopolitiques. Si Moscou parvient à s'imposer comme garant de la sécurité des zones gazières, il pourrait affaiblir l'influence des partenaires traditionnels et redessiner les équilibres régionaux. Pour l'instant, Maputo reste prudent : Lavrov a seulement proposé une aide en réponse à une demande formelle, que le Mozambique n'a pas encore formulée. Mais l'option russe est désormais sur la table, et elle pèse lourd sur les calculs des compagnies pétrolières.

L'offre de Moscou à Maputo illustre la montée des enjeux sécuritaires dans les zones d'extraction d'hydrocarbures en Afrique. Alors que les majors occidentales conditionnent leurs investissements à la stabilité, les puissances rivales proposent des solutions alternatives qui pourraient redéfinir les chaînes de valeur énergétiques. Le Mozambique devient ainsi un laboratoire des nouvelles dépendances africaines, où la sécurité se négocie au prix de l'influence.