Le 24 mai 2026, l’effondrement d’une mine artisanale dans la province de Bengo, en Angola, a fait plus de trente morts, dont treize membres d’une même famille. Cet accident tragique intervient alors que l’industrie minière africaine est secouée par un scandale de fraude présumée de 145 millions de dollars chez Jinchuan Group en RDC, et que le développeur aurifère Cora Gold avance son projet Sanankoro au Mali. Deux visions de l’or africain se confrontent : l’artisanat informel, source de revenus mais aussi de drames récurrents, et l’industrie minière, porteuse d’espoirs de production mais vulnérable aux dérives de gouvernance.

Infographie — Or · Production

**L’accident d’Angola illustre les failles de l’artisanat minier.** L’orpaillage clandestin, localement appelé « garimpo », est particulièrement actif dans les provinces du nord et du nord-ouest du pays. La province de Bengo attire des milliers de mineurs, souvent des jeunes Angolais sans emploi ou des migrants congolais. L’absence de contrôle, l’usage de techniques rudimentaires et la recherche du gain immédiat transforment ces sites en pièges mortels. Selon les autorités, 87 personnes soupçonnées d’exploitation illégale ont été interpellées, mais le phénomène dépasse les seules mesures répressives. Il s’enracine dans une précarité économique que la manne aurifère ne parvient pas à endiguer. En Côte d’Ivoire, un rapport du Centre ivoirien antipollution (CIAPOL) pointait déjà en 2023 la dégradation des ressources hydriques par l’orpaillage clandestin, preuve que le problème dépasse les frontières angolaises.

**À l’opposé, l’industrie minière structurée affiche ses ambitions mais trébuche sur la gouvernance.** La fraude présumée chez Jinchuan Group en RDC, bien que située en Afrique centrale, trouve des échos en Afrique de l’Ouest. Le montant de 145 millions de dollars, issu de failles dans les contrôles internes entre 2019 et 2024, rappelle que les grandes mines ne sont pas à l’abri des détournements. Dans un contexte où les compagnies internationales se tournent vers la région pour ses ressources, la transparence et la supervision restent des défis majeurs. Les systèmes de passation de marchés, les paiements aux intermédiaires et les négociations fiscales offrent des brèches que des employés locaux, mais aussi parfois des cadres, peuvent exploiter. La suspension des actions de Jinchuan International à Hong Kong depuis mars 2025 témoigne de la sévérité des conséquences.

**Pourtant, l’industrialisation progresse, comme en témoigne le projet Sanankoro de Cora Gold au Mali.** Situé dans le sud du pays, ce gisement à ciel ouvert bénéficie d’un financement complet et d’une étude de faisabilité avancée. Il incarne l’espoir d’une production structurée, créatrice d’emplois et de recettes fiscales. Le Mali, troisième producteur d’or d’Afrique, voit dans ce projet une façon de maintenir son rang malgré l’instabilité politique et sécuritaire. Mais la coexistence avec l’artisanat minier, qui emploie des centaines de milliers de personnes dans la région, pose la question de l’intégration et de la régulation. Les chocs récents – accident d’Angola, fraude en RDC – soulignent l’urgence d’un cadre réglementaire robuste, capable de protéger les vies et les capitaux.

**Les événements de cette fin mai 2026 s’inscrivent dans une tendance plus large.** La ruée vers l’or en Afrique de l’Ouest s’accélère, portée par des cours élevés et une demande mondiale soutenue. Mais les bénéfices de cette manne sont inégalement répartis. Tandis que les compagnies juniors multiplient les levées de fonds et les études, les communautés locales subissent les externalités négatives : pollution, accidents, criminalisation. Les États, souvent dépourvus de moyens de contrôle, oscillent entre répression et laisser-faire. Les investisseurs, eux, surveillent les risques de réputation et de gouvernance avant d’engager des capitaux.

**L’or africain reste un paradoxe.** Il est à la fois une promesse de richesse et un révélateur de fragilités structurelles. Les drames humains et les scandales financiers ne sont pas des accidents isolés ; ils sont le symptôme d’un secteur en mutation, où l’exploitation artisanale et industrielle coexistent sans véritable pont. La question qui se pose aux gouvernements ouest-africains est de savoir comment transformer cette ressource en moteur de développement durable, sans laisser sur le carreau des centaines de vies ou des millions de dollars.

Au-delà des drames et des scandales, le secteur aurifère ouest-africain est à un carrefour. La modernisation des filières artisanales, le renforcement des contrôles internes dans les entreprises minières et une meilleure redistribution des richesses sont autant de chantiers ouverts. Les investisseurs, les États et les communautés devront trouver un équilibre entre exploitation rapide et durabilité, sous peine de voir se multiplier les crises. L’or ne brille que si l’on sait en partager la lumière.