Le Mali a pris la présidence tournante de l’Organisation pour le développement et la promotion de l’artisanat africain (ODEPA) pour 2026-2027, à l’issue d’une conférence à Bamako. Ce mandat intervient alors que le pays cherche à diversifier ses leviers de croissance dans un contexte régional marqué par des fragilités macroéconomiques. En nommant le président de la Transition, le général Assimi Goïta, « Champion de l’Artisanat africain », Bamako affiche une ambition : faire du secteur informel un pilier du développement.
L’artisanat, levier de croissance pour le Mali
Bamako prend la tête de l’ODEPA et veut faire du secteur informel un pilier du développement.
Mali en chiffres (2026)
Chronologie & repositionnement
En bref
Un secteur sous-estimé mais vital
L’artisanat représente, selon les pays membres de l’ODEPA, entre 30 % et 60 % des actifs urbains et contribue de 5 % à 30 % du PIB. Ces chiffres, rappelés lors de la conférence, soulignent le poids d’un secteur souvent négligé dans les politiques publiques. Au Mali, où l’économie informelle domine, cette reconnaissance officielle pourrait changer la donne. La réunion des 16 pays, dont neuf ministres, a validé une feuille de route pour structurer la filière, améliorer l’accès aux marchés et mobiliser des financements.
Un repositionnement stratégique dans un contexte régional tendu
La prise de fonction malienne à la tête de l’ODEPA intervient dans un environnement géopolitique complexe. Le Mali, membre de l’Alliance des États du Sahel et en retrait de la CEDEAO, cherche à renforcer ses partenariats économiques via d’autres canaux. L’organisation panafricaine, créée en 1992 au Burkina Faso, offre un cadre de coopération Sud-Sud qui contourne les instances classiques. Ce choix n’est pas neutre : il permet à Bamako de rester actif sur la scène continentale tout en cultivant une image de champion du développement local.
Les défis de la mise en œuvre
Si les intentions sont claires, la concrétisation bute sur des obstacles structurels. Le dernier rapport de l’Infrastructure Consortium for Africa évoquait un déficit de 118 milliards de dollars pour la région, et une inflation à 15,7 % en avril 2026 selon la Banque mondiale. Dans ce contexte, financer la modernisation de l’artisanat suppose des investissements publics et privés que le Mali peinera à mobiliser sans un environnement des affaires attractif. S&P vient de relever la note du Nigeria, mais le Mali reste sous sanctions et son accès aux marchés financiers est limité.
Une vitrine pour le modèle Goïta
La nomination du général Goïta comme « Champion de l’Artisanat africain » n’est pas anodine. Elle vise à ancrer la transition malienne dans une légitimité économique, au-delà de la sécurité. Alors que le pays fait face à des critiques sur le plan démocratique, cette initiative met en avant une facette constructive de son action. Elle pourrait aussi servir à attirer des financements de fonds arabes ou chinois, intéressés par les filières artisanales.
L’entrée du Mali à la tête de l’ODEPA ouvre une fenêtre d’opportunité pour repenser le rôle de l’artisanat dans les économies ouest-africaines. Mais pour que ce mandat ne reste pas symbolique, il faudra des réformes concrètes et un suivi rigoureux. Le pari de Bamako est de transformer une tradition en levier de croissance inclusive. L’évolution de cette dynamique sera à suivre dans les prochains mois, alors que d’autres pays de la région, comme le Burkina Faso ou le Niger, observent avec intérêt.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 4.9% (FMI) · Inflation : 2.3% (FMI)