Alors qu'Exxaro Resources inaugure une centrale solaire de 68 MW pour alimenter sa mine de charbon, l'Agence internationale de l'énergie revoit à la baisse ses prévisions de pénurie de cuivre, grâce aux nouveaux projets africains. Ces deux annonces des 15 et 16 juillet 2026 illustrent le double rôle du continent dans la transition énergétique : consommateur d'énergies propres et fournisseur de métaux critiques. Pour l'Afrique de l'Ouest, riche en minerais et en potentiel solaire, ce mouvement ouvre des perspectives, mais interroge sur la capacité à capter la valeur ajoutée.

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Une dépendance qui se réduit : les mines se tournent vers le solaire

Le cas Exxaro : un modèle pour l'Afrique de l'Ouest ?

Le sud-africain Exxaro Resources a mis en service le 15 juillet la centrale solaire de Lephalale, dans le Limpopo, pour alimenter sa mine de charbon de Grootegeluk. Développée par sa filiale Cennergi, l'installation de 68 MWc (129 024 panneaux sur 185 hectares) produira 176 GWh par an, soit l'équivalent de la consommation de plusieurs milliers de foyers. L'investissement de 1,7 milliard de rands (103 millions USD) est couvert par un contrat d'achat d'électricité de 25 ans. Cette initiative permet à Exxaro de réduire ses coûts énergétiques de plus de 100 millions de rands par an et ses émissions indirectes de scope 2 d'environ 17 %. Pendant la construction, 808 emplois ont été créés, dont 557 pour les habitants de la région.

Ce modèle d'autoconsommation solaire pourrait être transposé en Afrique de l'Ouest, où les mines d'or, de bauxite ou de fer sont souvent dépendantes de réseaux électriques fragiles ou de groupes diesel coûteux. Au Burkina Faso, au Mali ou en Guinée, les compagnies minières expérimentent déjà des projets solaires, mais à plus petite échelle. La stratégie d'Exxaro, alliant réduction des coûts, moindre empreinte carbone et impact local, démontre la viabilité économique des renouvelables pour le secteur minier, même lié au charbon. Elle pose aussi la question de l'ancrage territorial : les retombées en emplois et en infrastructures peuvent bénéficier aux communautés, à condition que les États encadrent ces investissements.

Des économies et une réduction d'empreinte

Au-delà de l'image, le projet de Lephalale est rentable. L'économie annuelle de 6 millions de dollars sur la facture électrique représente un retour sur investissement attractif. Exxaro prévoit d'ajouter un système de stockage par batteries, ce qui renforcerait l'autonomie de la mine face aux fluctuations du réseau sud-africain, toujours marqué par des délestages. Cette tendance n'est pas isolée : en Afrique du Sud, les groupes miniers (Anglo American, Sibanye-Stillwater) multiplient les partenariats pour sécuriser leur approvisionnement électrique. En Afrique de l'Ouest, où le coût de l'électricité est souvent plus élevé et l'approvisionnement irrégulier, le solaire offre une alternative crédible. Les centrales solaires minières pourraient aussi injecter le surplus dans les réseaux nationaux, contribuant ainsi à la transition énergétique régionale.

Le cuivre africain, clé de la transition mondiale

L'AIE revoit ses prévisions à la baisse

Le 16 juillet, l'Agence internationale de l'énergie a publié son « Global Critical Minerals Outlook 2026 ». Elle estime désormais le déficit mondial d'offre de cuivre à 25 % à l'horizon 2035, contre 30 % dans son scénario de référence de 2025. Cette amélioration de 5 points est principalement attribuée aux avancées de projets miniers en Afrique, notamment en République démocratique du Congo. Le cuivre est essentiel à l'électrification des transports, au déploiement des énergies renouvelables et à la croissance des centres de données. La révision à la baisse confirme le rôle stratégique du continent dans la sécurisation des chaînes d'approvisionnement mondiales.

Cette nouvelle dynamique est portée par l'entrée en production de gisements majeurs (Kamoa-Kakula, etc.) et par l'extension de capacités existantes. Toutefois, les défis restent considérables : baisse des teneurs, coûts d'investissement élevés, délais de développement longs et instabilité politique. L'Afrique de l'Ouest, bien que moins dotée en cuivre que la RDC ou la Zambie, possède des ressources en bauxite (Guinée), en fer (Liberia, Guinée) et potentiellement en lithium (Mali, Ghana). La demande mondiale pour ces métaux, également critiques pour la transition, pourrait offrir une fenêtre d'opportunité similaire.

L'Afrique de l'Ouest dans la course aux métaux critiques

La région ouest-africaine n'est pas en reste. En mai 2026, un atelier à Ouagadougou validait une étude sur l'état de l'énergie au Burkina, tandis que le mégaprojet de gazoduc Maroc-Nigeria avançait avec le soutien américain. Parallèlement, des projets miniers (or, bauxite, fer) se multiplient, souvent associés à des besoins énergétiques colossaux. La conjonction des deux dynamiques – adoption des renouvelables par les mines et production de métaux critiques – dessine une double transition propre à l'Afrique. Pour en tirer profit, les États doivent mettre en place des cadres réglementaires incitatifs, investir dans les infrastructures et négocier des clauses de contenu local. L'exemple d'Exxaro montre que l'industrie minière peut être un moteur de la transition, à condition que les bénéfices soient partagés.

L'Afrique est à la fois consommateur et fournisseur clé de la transition énergétique mondiale. Les mines sud-africaines montrent la voie en matière d'autoconsommation solaire, tandis que les gisements de cuivre du continent contribuent à réduire le risque de pénurie. Pour l'Afrique de l'Ouest, l'enjeu est double : capter une part de la chaîne de valeur des métaux critiques et verdir son propre secteur minier. Cela suppose une coordination régionale et des politiques industrielles volontaristes, seules à même de transformer cette double transition en opportunité de développement durable.