La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a lancé le 21 juin un appel d'offres pour l'installation de panneaux solaires photovoltaïques sur ses sites au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire, au Niger et au Togo. Cette initiative, prévue pour être finalisée d'ici juillet 2026, s'inscrit dans un contexte où la région cherche à réduire sa dépendance aux énergies fossiles tout en faisant face à des défis de souveraineté énergétique. Alors que des projets hydroélectriques majeurs comme Souapiti et le recours aux centrales thermiques persistent, ce geste de la BCEAO pourrait préfigurer une accélération des investissements renouvelables à l'échelle institutionnelle.
Solaire institutionnel : la BCEAO donne le ton
Appel d'offres lancé le 21 juin pour équiper cinq sites ouest-africains. Livraison prévue d'ici juillet 2026.
Visite obligatoire des sites · 30 juin · Attribution à prix forfaitaire non révisable
5 lots · entreprises de la zone UMOA
Bénin, Burkina, Côte d'Ivoire, Niger, Togo
Marché à prix forfaitaire non révisable
Réduction de la dépendance aux énergies fossiles (gaz, diesel) encore dominantes dans la région.
La banque centrale elle-même investit dans le solaire photovoltaïque, technologie mature et modulaire.
Calendrier serré (21 juin → juillet 2026) motivé par la hausse des coûts de l'électricité.
Alors que des projets hydroélectriques majeurs (Souapati) et des centrales thermiques persistent, la BCEAO mise sur le solaire. Un signal pour accélérer les investissements renouvelables à l'échelle institutionnelle en Afrique de l'Ouest.
Une institution régionale donne l'exemple
L'appel d'offres de la BCEAO porte sur cinq lots distincts, chacun correspondant à un pays membre de l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Les entreprises spécialisées dans le solaire photovoltaïque, issues de la zone, sont invitées à soumissionner après une visite obligatoire des sites prévue le 30 juin. Le marché, attribué à prix forfaitaire non révisable, doit être remis avant le 31 juillet 2026. Ce calendrier serré témoigne d'une volonté de déploiement rapide, sans doute motivée par la hausse des coûts de l'électricité et la nécessité de sécuriser l'alimentation des bâtiments de la banque centrale.
Le choix du solaire n'est pas anodin. Dans une région où les centrales thermiques au gaz ou au diesel représentent encore une part importante du mix électrique – comme au Togo où les autorités maintiennent ces installations malgré une poussée des renouvelables – l'institution monétaire fait le pari d'une technologie mature et modulaire. Ce faisant, elle envoie un signal fort aux marchés et aux autres acteurs publics : la transition énergétique peut commencer à l'échelle d'un bâtiment, sans attendre les grands projets de barrage.
Un enjeu de souveraineté énergétique
Au-delà de la simple opération immobilière, ce projet interroge la dépendance énergétique des États de l'UEMOA. Les centrales thermiques, encore nombreuses, consomment des produits pétroliers importés, ce qui pèse sur les réserves de change et expose les économies aux fluctuations des cours mondiaux. En installant du solaire sur ses propres sites, la BCEAO réduit sa facture énergétique et envoie un signal de diversification. C'est aussi une manière de montrer que les institutions financières régionales peuvent être des moteurs de la transition, sans attendre les financements internationaux.
Cette démarche s'inscrit dans une tendance plus large, mais encore timide, de déploiement du solaire en Afrique de l'Ouest. Selon les données disponibles, la capacité solaire installée dans la zone reste faible comparée à l'hydroélectricité ou au gaz, mais les coûts des panneaux ne cessent de baisser. Le programme de formation d'ingénieurs lancé au pied du barrage de Souapiti en Guinée montre que la région mise aussi sur le hydroélectrique, mais le solaire offre une complémentarité évidente, surtout pour les zones non connectées au réseau.
La clause exigeant que les entreprises soient domiciliées dans l'UMOA et aient effectué une visite des lieux n'est pas anodine. Elle vise à favoriser le développement d'une filière locale d'installateurs et de mainteneurs, renforçant ainsi la souveraineté technologique. Cela rejoint les ambitions du "Pacte d'avenir" dévoilé par la CEDEAO en mai 2026, qui consacre l'intégration régionale comme levier de développement. La BCEAO, en tant qu'institution clé de l'UEMOA, contribue concrètement à cet objectif.
Quelles retombées pour le secteur extractif ?
Le virage solaire de la BCEAO a aussi des implications pour les États miniers de la région. Au Burkina Faso, au Niger et au Mali – bien que ce dernier ne soit pas dans le lot – l'or est une ressource majeure, mais son extraction est gourmande en énergie. Les mines utilisent souvent des groupes électrogènes au diesel, ce qui alourdit leurs coûts et leur empreinte carbone. Un déploiement plus large du solaire, catalysé par l'exemple de la BCEAO, pourrait inciter les compagnies minières à investir dans l'autoconsommation photovoltaïque, réduisant leur dépendance au pétrole importé. À terme, cela améliorerait la balance commerciale des pays producteurs et limiterait les pressions sur le franc CFA.
Toutefois, le chemin est long. L'appel d'offres de la BCEAO ne concerne que quelques sites et une puissance modeste. Il n'en reste pas moins un indicateur de changement de paradigme. Alors que les centrales thermiques continuent de fonctionner au Togo et que le barrage de Souapiti forme ses ingénieurs, la BCEAO choisit le solaire, démontrant qu'il n'y a pas une seule voie de transition, mais des complémentarités à construire.
L'initiative de la BCEAO pose une question plus large : dans quelle mesure les institutions régionales peuvent-elles entraîner le secteur privé et les États vers une énergie plus propre ? Si le solaire photovoltaïque reste marginal dans le mix ouest-africain, des signaux comme celui-ci pourraient accélérer son adoption. La région semble entrer dans une phase de diversification énergétique où chaque acteur, du central bank au minier, doit trouver sa place entre thermique, hydro et solaire.