Alors que le Mali fait face à une crise énergétique persistante, les panneaux solaires se multiplient chez les particuliers et les entreprises. Mais cet engouement cache un angle mort : l’absence de techniciens formés à l’entretien des installations. Au-delà du cas malien, c’est toute la transition énergétique ouest-africaine qui risque de buter sur un déficit de compétences.

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La ruée solaire malienne : une réponse à la crise

Au Mali, pays parmi les moins électrifiés d’Afrique de l’Ouest avec un taux d’accès à l’électricité d’à peine 50 % en 2020, les coupures et le coût du gazole poussent ménages et commerçants à se tourner vers le solaire. Djouma Jitteye, cliente de l’entreprise Neutron-Mali, résume le sentiment général : « Les panneaux solaires permettent de s’éclairer proprement et de réduire la facture. » Comme elle, des milliers de Maliens investissent dans des kits photovoltaïques, voyant dans cette technologie une échappatoire à l’instabilité du réseau public. Mais l’acquisition n’est qu’une première étape.

La maintenance, angle mort de la transition

L’entretien des panneaux, onduleurs et batteries requiert des compétences spécifiques que le marché local ne fournit pas encore. Les clients ignorent souvent que les installations solaires nécessitent un suivi régulier : nettoyage, vérification des connexions, remplacement des composants défectueux. Faute de techniciens qualifiés, les pannes se multiplient, réduisant la durée de vie des équipements et décourageant les nouveaux adeptes. Neutron-Mali, fondée par un Malien formé à la maintenance industrielle, tente de combler ce vide, mais reste une exception. L’absence de cursus de formation technique dans le solaire constitue un frein structurel à l’essor de la filière.

Un enjeu régional : le chaînon formation

La situation malienne n’est pas isolée. Dans toute l’Afrique de l’Ouest, la transition énergétique s’accélère, portée par des projets hydroélectriques, éoliens et solaires. Mais les investissements dans les infrastructures ne s’accompagnent pas toujours d’un effort équivalent dans la formation des ressources humaines. Le récent forum d’Abidjan sur les minéraux critiques, où Washington a présenté ses ambitions pour les chaînes de valeur régionales, montre que les grandes puissances misent sur les ressources naturelles ouest-africaines. Pourtant, comme au Mali, l’exploitation de ces ressources – qu’il s’agisse du solaire ou des batteries – dépend de compétences locales qui font défaut. Parallèlement, les tarifs de l’électricité conventionnelle, comme ceux pratiqués par la CIE en Côte d’Ivoire, restent élevés, renforçant l’attrait du solaire, mais sans garantie de qualité de service sans maintenance.

Un appel à structurer la filière

Les acteurs du secteur, des installateurs aux clients, réclament une politique nationale de formation aux métiers du solaire. Sans elle, le risque est double : d’une part, des installations mal entretenues qui dégradent la confiance des consommateurs ; de l’autre, une dépendance accrue aux équipements importés et aux techniciens étrangers. Le Mali, comme ses voisins, doit intégrer la composante humaine dans sa planification énergétique, en partenariat avec les écoles techniques et les entreprises privées.

L’essor du solaire au Mali illustre une vérité plus large : la transition énergétique ne se décrète pas, elle se construit avec des hommes et des femmes formés. Alors que les projets d’énergies renouvelables se multiplient en Afrique de l’Ouest, la question de la maintenance et des compétences devient centrale. Faute d’y répondre, le risque est de voir se creuser un nouveau fossé entre l’ambition des politiques et la réalité du terrain.