Le Niger a signé le 20 août une convention de partenariat public-privé de 225 millions de dollars pour la construction d'une centrale solaire de 200 MWc avec stockage par batteries. Ce projet, qui doit être réalisé en 24 mois, vise à réduire la dépendance du pays aux importations d'électricité et à améliorer un taux d'accès parmi les plus faibles de la région. Il illustre l'accélération des investissements dans les énergies renouvelables en Afrique de l'Ouest, où la demande explose.

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Un tournant pour le mix électrique nigérien

La convention signée entre l'État nigérien et Niger Electricity Power Production (NEPP) porte sur une centrale photovoltaïque de 200 MWc, soit près de la moitié de la capacité installée totale du pays, estimée à 420 MW fin juin 2026. Avec un tarif de 35 francs CFA le kilowattheure et une durée de concession de vingt ans selon le modèle BOT, le projet prévoit un transfert de l'infrastructure à l'État au terme du contrat. Ce montage, inédit à cette échelle au Niger, reflète une tendance régionale où le secteur privé devient un acteur clé de l'expansion électrique.

Le choix du solaire couplé à du stockage par batteries n'est pas anodin. Il répond à la fois à l'irradiation exceptionnelle du Sahel et aux limites du réseau existant, principalement thermique et vétuste. En associant production et stockage, la centrale pourra lisser sa production et contribuer à la stabilité du réseau, un enjeu crucial dans un pays où les délestages sont fréquents. Ce projet s'inscrit dans la dynamique observée ailleurs en Afrique de l'Ouest, où les solutions hybrides solaire-stockage se multiplient, comme au Cameroun avec les centrales de Guider et Maroua (36 MWc et 19 MWh de stockage).

Un contexte de rattrapage régional

Le Niger part de très bas : le taux d'accès à l'électricité n'était que de 21,3 % en 2024, avec un fossé marqué entre villes (69,1 %) et campagnes (10,8 %). Cette réalité contraste avec les ambitions affichées par les pays voisins. La Côte d'Ivoire, par exemple, mobilise des financements internationaux pour renforcer son réseau, tandis que le Sénégal mise sur le gaz naturel de GTA et le pétrole de Sangomar pour accroître sa production. Dans ce contexte, le Niger accuse un retard structurel, mais les projets solaires pourraient permettre un bond capacitaire à moindre coût et plus rapidement que les grands barrages hydroélectriques.

La capacité installée nigérienne, essentiellement thermique (377 MW sur 420 MW), est en effet peu diversifiée et dépendante des importations de combustibles. Le solaire offre une opportunité de diversification et de réduction de la facture énergétique. Le projet de 200 MWc, s'il est mené à terme, porterait la capacité installée à plus de 600 MW, soit une augmentation de près de 50 % en deux ans. Une évolution qui, si elle se confirme, placerait le Niger sur une trajectoire comparable à celle du Cameroun entre 2020 et 2025, où la capacité a progressé de 50 % grâce notamment au barrage de Nachtigal.

Les défis du transport et de la distribution

Reste que l'augmentation de la production ne résout pas tout. Comme le montre l'expérience camerounaise, les réseaux de transport et de distribution peinent souvent à absorber les nouvelles capacités. Au Niger, le réseau interconnecté est limité et les zones rurales, où le taux d'accès est inférieur à 11 %, sont rarement desservies. La centrale de NEPP, prévue probablement près de Niamey, devra s'accompagner d'investissements dans les lignes et les postes de transformation pour que l'électricité produite atteigne effectivement les ménages et les industries.

Par ailleurs, la question de l'orpaillage illégal, qui sévit au Burkina Faso et au Mali, et qui alimente des économies parallèles énergivores, rappelle que l'accès à l'électricité est aussi un enjeu de développement et de gouvernance. Le Niger, frontalier de ces pays, pourrait voir des retombées indirectes si la stabilité énergétique s'améliore.

La réussite de ce projet dépendra de la capacité du gouvernement à tenir les délais et à assurer la viabilité financière du modèle BOT. Le tarif de 35 FCFA/kWh, relativement compétitif, devra être garanti par Nigelec, dont la santé financière est fragile. Mais le précédent de la BOAD, qui a validé en juin 2026 une enveloppe de 344,6 milliards FCFA pour des projets d'infrastructures, montre que les bailleurs de fonds régionaux sont prêts à accompagner la transition énergétique.

Au-delà du Niger, ce projet illustre une tendance lourde : les pays d'Afrique de l'Ouest, confrontés à une demande en forte croissance, se tournent massivement vers le solaire et le stockage pour combler leur déficit. Entre 2020 et 2025, la région a vu fleurir des centrales solaires au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali et au Tchad, souvent avec l'appui de la Banque mondiale et de l'IFC. La course aux minéraux critiques, qui replace l'Afrique au centre de la rivalité géopolitique, pourrait également attirer des investissements dans les chaînes de valeur locales, à condition que l'électricité soit disponible et abordable.

Le projet nigérien de 200 MWc s'inscrit dans une dynamique régionale où le solaire devient la pierre angulaire des stratégies d'électrification. Il révèle une prise de conscience des gouvernements : la sécurité énergétique est un préalable au développement économique et à l'attractivité des investissements. Mais il soulève aussi des questions sur la soutenabilité financière des modèles PPP et sur la capacité des réseaux à suivre. L'Afrique de l'Ouest est à un tournant : les investissements dans la production doivent s'accompagner d'une modernisation des infrastructures de transport et de distribution, sous peine de voir les nouvelles capacités rester sous-utilisées.