Alors que plus de 80 % des migrants africains demeurent sur le continent, la question de leur contribution aux secteurs extractifs ouest-africains émerge. Dans un contexte où le Ghana, le Mali et le Sénégal cherchent à maximiser leurs revenus miniers et pétroliers, la mobilité régionale de la main-d'œuvre qualifiée et non qualifiée devient un facteur clé de souveraineté. L’adoption du Pacte mondial pour des migrations sûres (GCM) par 17 pays africains, dont plusieurs de la CEDEAO, offre un cadre pour structurer ces flux au bénéfice du développement.

Infographie — Or · Production

Une main-d'œuvre mobile au service de l'extraction

Les mines d'or et les champs pétroliers d'Afrique de l'Ouest dépendent historiquement d'expatriés et de travailleurs locaux, mais la mobilité intra-africaine tend à remodeler ce paysage. Selon l'Institute for Security Studies, plus de 80 % des migrations africaines se font à l'intérieur du continent. Pour le secteur minier, cela signifie un réservoir de compétences accessible depuis les pays voisins : ingénieurs ghanéens au Burkina Faso, foreurs nigérians au Sénégal, techniciens ivoiriens au Mali. Cette circulation réduit la dépendance vis-à-vis d'une main-d'œuvre extra-africaine et abaisse les coûts opérationnels, améliorant ainsi la rentabilité des projets.

Revenus d'État et transferts : un lien discret mais réel

Les travailleurs migrants dans les mines et le pétrole envoient chaque année des centaines de millions de dollars en remises à leurs pays d'origine. Ces flux renforcent les réserves de change et la stabilité macroéconomique des États de la région. Par exemple, le Nigeria, premier producteur de pétrole d'Afrique, accueille des travailleurs du Bénin, du Togo et du Ghana dont les envois de fonds soutiennent les économies locales. À l'inverse, des pays comme le Mali bénéficient de l'expertise nigériane dans l'exploration pétrolière. Le GCM, en facilitant la reconnaissance des qualifications et la régularisation des statuts, pourrait amplifier ces retombées fiscales.

Souveraineté énergétique et intégration régionale

L'accès à une main-d'œuvre mobile qualifiée est un levier de souveraineté : il permet aux États de négocier plus librement avec les compagnies étrangères, en réduisant le recours aux experts internationaux. Au-delà, la migration intra-africaine favorise une intégration régionale des compétences, alignée sur l'Agenda 2063 de l'Union africaine. Le Sénégal, qui développe son pétrole et son gaz, recrute déjà massivement au Nigeria et au Ghana, tandis que la Côte d'Ivoire forme des mineurs qui travaillent ensuite dans toute l'UEMOA. Ce maillage humain renforce la résilience des chaînes de valeur extractives face aux chocs extérieurs.

Des défis réglementaires persistants

Malgré ces opportunités, la mise en œuvre du GCM reste inégale. Sur les 17 champions africains identifiés, plusieurs pays ouest-africains (Ghana, Gambie, Guinée-Bissau, Mali, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone) ont évalué leurs progrès en avril 2026. Toutefois, des obstacles subsistent : absence de cadres bilatéraux de reconnaissance des diplômes, coûts de migration élevés, et réticences politiques face à la mobilité. Le récent durcissement des politiques migratoires en Afrique du Sud montre que le sujet reste sensible. Pour les États miniers ouest-africains, tirer parti de la migration nécessite une harmonisation des normes et une volonté politique soutenue.

Une dynamique à suivre

La conjonction entre la hausse de production d'or et de pétrole dans la région (Iamgold au Burkina, Nigeria à son plus haut niveau depuis cinq ans) et l'engagement de 17 États africains dans le GCM ouvre une fenêtre pour repenser la mobilité du travail comme un atout et non un fardeau. Reste à savoir si les gouvernements sauront convertir l'engouement diplomatique en politiques concrètes de circulation des compétences.

Alors que le deuxième Forum international d’examen des migrations (IMRF) se tient à New York en mai 2026, l'Afrique de l'Ouest a l'occasion de démontrer que la migration intra-continentale, loin d'être une contrainte, est un accélérateur de développement pour les secteurs clés que sont les mines et les hydrocarbures. La question n'est plus de savoir si la mobilité est bénéfique, mais comment les États peuvent en encadrer les flux pour en maximiser les retombées en termes de souveraineté économique et de revenus publics.