En 2024, seules 11 000 voitures électriques ont été vendues en Afrique, contre 17 millions dans le monde. Pendant que l'Éthiopie interdisait les moteurs thermiques et que le Maroc devenait un hub de production, l'Afrique de l'Ouest reste quasi absente de la mobilité propre. Ce retard, dans une région qui mise encore largement sur le pétrole et les mines, soulève des interrogations sur sa capacité à anticiper les mutations du marché mondial.
Transition électrique : l'Afrique de l'Ouest à la traîne
Un paradoxe économique : la région mise encore sur le pétrole et les mines, tandis que le monde bascule vers la mobilité propre.
Contre 17 millions dans le monde. L'équivalent de 2 jours de ventes en Chine.
⚡ Infrastructures de recharge : un déséquilibre régional
📅 Mesures en Afrique : un continent à deux vitesses
🔧 Les freins structurels en Afrique de l'Ouest
« Un paradoxe économique : l'Afrique de l'Ouest risque de rater la mutation du marché mondial. »
Un continent à deux vitesses
Le cap des 25 millions de véhicules électriques dans le monde a été franchi en 2022 et les projections tablent sur 175 millions en 2030. L'Afrique, elle, n'a écoulé que 11 000 unités en 2024 – l'équivalent de deux jours de ventes en Chine. Ce contraste est d'autant plus frappant que plusieurs pays africains ont pris des mesures fortes : l'Éthiopie a interdit l'importation de voitures thermiques, le Cap-Vert et l'Égypte ont annoncé des interdictions de vente de véhicules neufs à essence. En Afrique de l'Ouest, aucune initiative comparable n'a vu le jour, malgré l'engagement de la CEDEAO sur le climat.
Les freins structurels ouest-africains
L'absence d'infrastructures de recharge est le premier obstacle. Sur les 1 500 bornes publiques recensées en Afrique subsaharienne hors Afrique du Sud, la quasi-totalité se trouve en Afrique de l'Est. Le coût d'acquisition reste prohibitif pour une population où le revenu médian est inférieur à 2 dollars par jour. Surtout, les politiques publiques n'offrent ni incitations fiscales ni subventions. Au Nigeria, premier marché automobile régional, les droits de douane sur les véhicules électriques importés sont les mêmes que pour les thermiques, alors que le Maroc a supprimé la TVA sur ces importations.
Le paradoxe des ressources fossiles
Les annonces récentes de la Nigeria National Petroleum Corporation (NNPC) – une production pétrolière à 1,71 million de barils par jour, son plus haut depuis cinq ans – illustrent le dilemme. La région tire une part significative de ses recettes fiscales et de ses exportations des hydrocarbures et de l’or (comme en témoigne la solidité des opérations d’Iamgold en Afrique de l’Ouest). Or, la transition électrique mondiale menace à terme la demande de pétrole. En retardant l’adoption des véhicules électriques, les États ouest-africains ne protègent pas leur économie ; ils prolongent une dépendance qui pourrait devenir dramatique lorsque les marchés européens et asiatiques basculeront.
Une opportunité industrielle manquée ?
Le Maroc, grâce à ses accords de libre-échange et à ses investissements dans les batteries, exporte désormais plus de voitures que la Chine. En Afrique de l'Ouest, le seul pays ayant une industrie automobile naissante est le Nigeria, avec l'usine d'Innoson, mais celle-ci produit encore exclusivement des véhicules thermiques. Aucune stratégie régionale de montage de véhicules électriques n’est en place, alors que le potentiel existe : le Ghana et le Sénégal disposent de zones franches et d’une main-d’œuvre qualifiée. La guerre en Ukraine et la flambée des carburants auraient pu accélérer la prise de conscience, mais l'essence reste subventionnée dans plusieurs pays, ce qui réduit l'attrait du tout-électrique.
Le facteur minier : une épée à double tranchant
Les progrès de l’exploitation aurifère (Iamgold a confirmé ses prévisions de production pour 2026) montrent que le secteur extractif reste dynamique. Mais l’or n’est pas un intrant clé des batteries. En revanche, le lithium, le cobalt et le graphite le sont, et l’Afrique de l’Ouest en possède des réserves encore peu exploitées. La Côte d’Ivoire et le Mali ont entamé des prospections, mais sans cadre d’industrialisation. L’enjeu n’est pas seulement d’utiliser des voitures électriques, mais de s’insérer dans la chaîne de valeur mondiale de la mobilité propre, de l’extraction des minerais à la fabrication de batteries.
Un réveil tardif mais possible
Le retard ouest-africain n’est pas une fatalité. Le Cap-Vert, membre de la CEDEAO, a déjà montré la voie en annonçant l’interdiction des ventes de véhicules thermiques neufs. Mais les grands pays comme le Nigeria, le Ghana et la Côte d’Ivoire doivent harmoniser leurs politiques, investir dans les infrastructures et réviser leurs fiscalités. La transition énergétique est en marche, et les décisions prises aujourd'hui détermineront la place de la région dans l'économie mondiale de demain.
Alors que le monde accélère vers l'électromobilité, l'Afrique de l'Ouest semble figée dans un modèle économique hérité du XXe siècle. Pourtant, les ressources existent – minerais stratégiques, main-d'œuvre, potentiel solaire – pour rattraper le retard. La question n'est plus de savoir si la transition aura lieu, mais quand et comment la région décidera de l'embrasser.


