West Wits Mining recentre ses activités sur son projet sud-africain Qala Shallows, une première mine souterraine dans le pays depuis quinze ans. Ce choix, à contre-courant du désengagement des majors, illustre un regain d'intérêt pour le Witwatersrand. Mais au-delà du symbole, il met en lumière les défis structurels que partagent l'Afrique du Sud et l'Ouest africain : coût de l'énergie, profondeur des gisements et souveraineté sur les ressources.
La décision de West Wits Mining de céder son actif australien Mt Cecelia pour se concentrer sur Qala Shallows, dans le bassin du Witwatersrand, est une illustration de la résilience du secteur aurifère sud-africain. Alors que des géants comme AngloGold Ashanti ont quitté le pays depuis 2020, ce projet annonce une production initiale de 70 000 onces par an, avec un potentiel de 200 000 onces. Il s'inscrit dans une dynamique plus large : Theta Gold Mines prépare sa mine TGME pour 2027, et Sibanye-Stillwater pourrait relancer Burnstone. Ces investissements surviennent malgré une production nationale en baisse à 88,5 tonnes en 2025, contre 605 tonnes en 1990. La hausse des coûts énergétiques et la profondeur croissante des gisements expliquent ce déclin historique.
Ce contexte fait écho aux réalités ouest-africaines. Au Ghana, premier producteur d'or du continent, le coût de l'électricité pèse lourdement sur les exploitants miniers. Au Mali et au Burkina Faso, l'instabilité sécuritaire et les révisions des codes miniers créent un climat d'incertitude. Pourtant, les cours de l'or restent élevés, poussant les États à renégocier les contrats pour capter une part plus importante de la rente. La question de la souveraineté sur les ressources minières est centrale : comment attirer les investisseurs tout en assurant des retombées équitables pour les populations?
L'énergie est le maillon faible commun. L'Afrique du Sud souffre de blackouts récurrents (load shedding) qui contraignent les mines à investir dans des capacités de production autonomes, alourdissant les coûts. En Afrique de l'Ouest, le mix énergétique est dominé par les combustibles fossiles importés, exposant les mines aux fluctuations des prix du pétrole. Certains pays, comme le Sénégal avec ses projets gaziers, tentent de tourner cette contrainte en opportunité. Mais pour l'industrie aurifère, la fiabilité et le coût de l'électricité restent des facteurs clés de compétitivité.
Face à ces défis, la région peut-elle tirer des leçons du renouveau sud-africain? Celui-ci repose sur une main-d'œuvre qualifiée, une infrastructure minière historique et un cadre juridique stable. En Afrique de l'Ouest, l'absence de ces atouts est compensée par des gisements moins profonds et une réglementation plus flexible. Mais la volatilité des politiques fiscales et la montée du sentiment anti-minier dans certains pays (comme le code minier 2023 au Mali) freinent les investissements à long terme.
Les projets sud-africains montrent aussi que les mines souterraines ne sont pas obsolètes si le contexte énergétique s'améliore. Pour l'Afrique de l'Ouest, cela implique de diversifier les sources d'énergie, renforcer la gouvernance minière et favoriser le traitement local du minerai. La demande mondiale d'or, dopée par les tensions géopolitiques, offre une fenêtre d'opportunité que les États ouest-africains doivent saisir sans répéter les erreurs du passé.
Le paradoxe est clair : alors que l'Afrique du Sud tente de ranimer un secteur vieillissant, l'Afrique de l'Ouest cherche à consolider une industrie en plein essor mais fragile. La clé réside peut-être dans une approche régionale intégrée, où les pays mutualisent leurs atouts – énergie, capital humain, stabilité – pour créer un écosystème minier résilient. Reste à savoir si les volontés politiques suivront cette vision.