En 2025, le Mali a enregistré un record de recettes fiscales et de dividendes issus de l'exploitation aurifère, atteignant 888,5 milliards de francs CFA, soit une hausse de 6,4% par rapport à 2024. Pourtant, la production industrielle d’or a chuté de 23% sur la même période, passant de 54,8 à 42,2 tonnes. Ce paradoxe illustre l’influence des cours élevés de l’or – qui ont compensé la baisse des volumes – mais aussi les fragilités structurelles d’un secteur minier confronté à des contentieux récurrents avec les opérateurs internationaux.
Record des recettes aurifères maliennes : le paradoxe
Production en baisse de 23 %, mais recettes en hausse de 6,4 % grâce aux cours historiques de l’or.
Ventilation des recettes aurifères 2025
⚖️ Le paradoxe en chiffres
Les cours élevés de l’or ont compensé la baisse des volumes. L’État malien a aussi renforcé son rôle d’actionnaire (23,3 % de dividendes).
Contexte macroéconomique (Mali)
Le Mali a engrangé un record de recettes aurifères en 2025 malgré une production en forte baisse. Les cours élevés de l’or et la hausse des dividendes versés à l’État expliquent ce paradoxe. Le secteur reste toutefois fragilisé par des contentieux avec les opérateurs internationaux.
Selon les données du ministère des Mines malien, consultées par Reuters, la contribution du secteur aurifère au budget de l’État a atteint 888,5 milliards de FCFA (1,57 milliard de dollars) en 2025, contre 835,1 milliards l’année précédente. Les taxes ont représenté 66,1% de ce montant, les droits de douane 10,5%, tandis que les revenus qualifiés de « domaines » – principalement les dividendes versés à l’État en tant qu’actionnaire des compagnies minières – ont constitué 23,3% du total. Cette ventilation témoigne du rôle croissant de l’État malien comme actionnaire, une tendance observée dans plusieurs pays de la région où les gouvernements cherchent à capter une part plus importante de la rente minière.
La performance financière remarquable de 2025 s’explique d’abord par la vigueur des cours de l’or sur les marchés internationaux. En moyenne annuelle, le prix de l’once a atteint des sommets historiques, soutenu par les tensions géopolitiques, l’inflation et la demande des banques centrales. Ce contexte favorable a permis de compenser partiellement la baisse de 23% de la production industrielle, tombée à 42,2 tonnes. Sans l’envolée des cours, l’impact de la chute des volumes aurait été bien plus sévère pour les finances publiques maliennes.
Le recul de la production trouve sa principale cause dans la suspension des opérations de Barrick Gold, premier producteur du pays, durant plus de six mois. Le différend entre le géant canadien et les autorités maliennes, portant sur le partage des bénéfices et les conditions fiscales, a paralysé la mine de Loulo-Gounkoto, l’une des plus grandes d’Afrique de l’Ouest. Cet épisode s’inscrit dans une tendance régionale de renégociation des contrats miniers, observée au Burkina Faso, au Niger et au Sénégal, où les gouvernements exigent davantage de retombées locales. Si ces tensions permettent parfois d’augmenter la part de l’État, elles peuvent aussi décourager les investissements et perturber la production, comme le montre le cas malien.
Au-delà de Barrick, le Mali abrite une quinzaine de mines industrielles opérées par des multinationales telles que B2Gold, Resolute Mining, Endeavour Mining et Hummingbird Resources. La diversité des acteurs n’a pas suffi à maintenir le niveau de production, ce qui souligne la vulnérabilité du secteur face aux conflits avec un opérateur majeur. Par ailleurs, la baisse de production n’est pas seulement conjoncturelle : elle reflète aussi l’épuisement progressif de certains gisements et le manque de nouveaux projets, conséquence d’un climat des affaires jugé instable.
Dans le contexte ouest-africain, les performances maliennes contrastent avec les ambitions affichées ailleurs. Au Burkina Faso, les prévisions pour 2026 tablaient sur 220 000 à 255 000 onces pour la mine de Houndé et 155 000 à 180 000 onces pour Mana, avec une contribution totale attendue de 2,8 milliards de dollars aux pays hôtes. Au Nigeria, l’État s’efforce de valoriser son potentiel aurifère aux côtés de plus de quarante autres substances minérales. Le Cameroun, quant à lui, tente de structurer un secteur longtemps dominé par l’exploitation informelle. En revanche, le Mali, pourtant l’un des plus grands producteurs de la région, voit sa production stagner en raison de litiges récurrents.
La hausse des recettes en 2025 masque donc une fragilité sous-jacente : la dépendance excessive aux prix internationaux et à quelques opérateurs clés. Le record financier est certes une bonne nouvelle pour le Trésor malien, mais il ne doit pas occulter la nécessité de diversifier les sources de croissance et d’apaiser les relations avec les investisseurs. La part des dividendes dans les recettes (23,3%) montre que l’État, en tant qu’actionnaire, profite directement des bénéfices des compagnies ; mais ce mécanisme est inefficace si les mines suspendent leur activité.
Le paradoxe malien – des recettes records sur fond de production en berne – interroge la stratégie des États miniers ouest-africains. Alors que les cours de l’or restent élevés, la tentation est grande d’accroître la pression fiscale ou de renégocier les contrats. Mais l’exemple du Mali montre que ces approches peuvent se retourner contre leurs objectifs si elles découragent l’investissement. La question centrale, pour l’ensemble de la région, est de savoir comment concilier souveraineté sur les ressources et stabilité du cadre d’investissement, afin de transformer une conjoncture favorable en développement durable.