Le 26 mai 2026, l’australien PhosCo a annoncé un procédé de flottation simplifié qui réduit drastiquement le coût de production du phosphate en Tunisie. Au même moment, au Sénégal, des habitants d’Agnam Thiodaye contestent l’exploitation du phosphate sur leurs terres, mobilisant forces de l’ordre et inquiétudes. Ce double événement interroge la capacité des pays d’Afrique de l’Ouest à tirer parti de leurs ressources phosphatées dans un marché en mutation.

Infographie — Phosphate

La nouvelle est tombée le 26 mai 2026 : PhosCo, un explorateur minier australien listé à l’ASX, a dévoilé des résultats de tests métallurgiques prometteurs sur son projet Gasaat, dans le nord de la Tunisie. Le procédé simplifié de flottation permet de produire un concentré de phosphate de qualité commerciale en une seule étape, contre quatre auparavant. Les tests non optimisés ont livré des concentrés titrant entre 29,5 % et 31,4 % de P₂O₅, avec des taux de récupération de 75,1 % à 83,7 %. L’eau saumâtre locale peut être utilisée avec un traitement minimal. Le directeur général, Taz Aldaoud, a qualifié cette avancée de « majeure ».

Une innovation qui abaisse les barrières Cette simplification technique réduit considérablement les coûts d’investissement et d’exploitation. Pour un projet comme Gasaat, cela signifie une viabilité accrue dans un marché du phosphate où la compétitivité est cruciale. Le phosphate tunisien, déjà bien positionné géographiquement, pourrait voir sa rentabilité s’améliorer face aux concurrents du Maroc, de la Chine ou des États-Unis. Mais qu’en est-il des producteurs ouest-africains, notamment le Sénégal et le Togo ? Ces pays disposent de réserves importantes mais font face à des défis techniques, logistiques et sociaux.

Tensions sociales et défis de souveraineté Au Sénégal, les tensions autour du phosphate ne sont pas nouvelles. Début mai 2026, des habitants d’Agnam Thiodaye ont manifesté contre l’exploitation sur leurs terres, dénonçant des menaces armées et l’incompatibilité avec l’avenir de leurs sols. Les forces de l’ordre sont intervenues. Ces contestations s’inscrivent dans un climat de méfiance envers les projets miniers, souvent perçus comme extractivistes sans retombées locales suffisantes. L’État sénégalais, via la société ICS (Industries Chimiques du Sénégal), cherche à valoriser le phosphate, mais les blocages sociaux et environnementaux freinent les investissements.

La réduction des coûts annoncée en Tunisie pourrait indirectement pénaliser les projets ouest-africains, en rendant le phosphate tunisien plus attractif sur les marchés internationaux. Inversement, elle offre une piste technologique pour les mines de la région. Les procédés de flottation simplifiés pourraient être adoptés par les opérateurs sénégalais ou togolais, mais leur mise en œuvre nécessite des capitaux et un environnement stable. Or, les tensions locales comme à Agnam Thiodaye compliquent l’obtention d’un permis social.

L’évolution récente montre que la contestation s’intensifie : les articles du 16-17 mai 2026 décrivent une escalade, avec des habitants mobilisés et des forces de l’ordre dépêchées. Ce n’est pas un incident isolé, mais le reflet d’un malaise plus large vis-à-vis de l’exploitation minière en Afrique de l’Ouest. La souveraineté énergétique et les revenus des États sont en jeu, mais la question sociale reste centrale.

Alors que la Tunisie semble prendre une longueur d’avance technologique, les pays ouest-africains doivent naviguer entre innovations de procédés et opposition locale. La question n’est plus seulement de posséder des réserves, mais de savoir comment les valoriser durablement, sur le plan économique comme social.