Le 19 juillet 2026, la CEDEAO a donné son feu vert au Nigeria-Morocco Gas Pipeline, un projet de 6 000 kilomètres et 23 milliards d'euros. Cette infrastructure, qui doit acheminer le gaz nigérian vers le Maroc puis l'Europe, redessine les équilibres énergétiques ouest-africains. Mais au-delà de l'ambition, elle soulève des questions cruciales sur la souveraineté régionale et la répartition des revenus.
Gazoduc Nigeria-Maroc : les clés du projet
Feu vert de la CEDEAO le 19 juillet 2026. 6 000 km, 23 milliards €. Le NMGP relie le Nigeria au Maroc, puis à l’Europe. Décryptage des enjeux de souveraineté.
① Parcours du gazoduc
② Deux poids lourds, deux rôles
③ 4 enjeux clés pour l’Afrique de l’Ouest
Un mégaprojet qui change la donne
L'approbation du Nigeria-Morocco Gas Pipeline (NMGP) lors du sommet de Freetown marque une étape décisive pour l'intégration énergétique ouest-africaine. Ce gazoduc de 6 000 kilomètres, dont le coût est estimé à 23 milliards d'euros, vise à connecter les réserves de gaz nigérianes – les plus importantes d'Afrique – au réseau marocain, puis à l'Europe via le gazoduc existant Maghreb-Europe. Le projet, porté par la Nigerian National Petroleum Company (NNPC) et l'Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc (ONHYM), promet de transformer le paysage énergétique régional.
De multiples enjeux géopolitiques
Le NMGP n'est pas qu'une simple infrastructure de transport. Il s'inscrit dans une compétition géopolitique croissante pour l'accès au gaz africain. En offrant une alternative au gazoduc transsaharien (Nigeria-Algérie), le projet renforce le rôle du Maroc comme hub énergétique, au détriment de l'Algérie. Par ailleurs, il crée une dépendance des pays de transit – Bénin, Togo, Ghana, Côte d'Ivoire, Liberia, Sierra Leone, Guinée, Guinée-Bissau, Gambie, Sénégal et Mauritanie – vis-à-vis d'une unique artère. La question de la sécurité de l'approvisionnement et de la maintenance d'un tracé aussi long devient centrale.
Un pari financier risqué
Avec 23 milliards d'euros, le NMGP est l'un des projets les plus coûteux du continent. Alors que les États ouest-africains font face à des contraintes budgétaires croissantes et à une dette souveraine élevée, le financement du projet repose largement sur des partenariats public-privé et des bailleurs internationaux. La Banque africaine de développement et la Banque mondiale pourraient être sollicitées, mais les conditions de financement restent floues. Par ailleurs, la baisse tendancielle des coûts des énergies renouvelables interroge la rentabilité à long terme d'un investissement aussi massif dans les hydrocarbures.
Quels bénéfices pour les États de la CEDEAO ?
Le projet promet des recettes de transit pour les pays traversés, mais leur part exacte n'a pas été divulguée. Historiquement, les grands pipelines en Afrique ont souvent profité davantage aux pays producteurs et aux investisseurs étrangers qu'aux nations de transit. Par exemple, le pipeline Tchad-Cameroun n'a généré qu'une faible proportion des revenus espérés pour le Cameroun. De plus, le gazoduc pourrait détourner une partie du gaz nigérian qui aurait pu être utilisé pour la production d'électricité locale, aggravant le déficit énergétique de la région.
Un test pour la souveraineté énergétique régionale
L'approbation du NMGP intervient alors que la CEDEAO peine à harmoniser ses politiques énergétiques. Le projet, bien que soutenu par l'institution régionale, est avant tout le fruit d'une initiative bilatérale entre le Nigeria et le Maroc. Cela pose la question de la souveraineté collective : les pays ouest-africains acceptent-ils de devenir de simples corridors pour une ressource destinée à l'Europe ? Ou peuvent-ils négocier des clauses garantissant un approvisionnement domestique prioritaire et des retombées équitables ? Les discussions en cours au sein de la CEDEAO devront trancher.
Le Nigeria-Morocco Gas Pipeline cristallise les tensions entre exportation et développement local, entre intégration régionale et rivalités nationales. Son avenir dépendra de la capacité des États ouest-africains à imposer leurs conditions dans un contexte où la demande énergétique européenne renforce leur pouvoir de négociation, mais aussi où la transition énergétique globale rend chaque investissement fossile plus risqué. Une dynamique à suivre de près.