Ce mardi 21 juillet, l'Algérie a engagé des discussions avec la Bosnie-Herzégovine pour exporter du GNL, confirmant sa stratégie d'expansion en Europe. Cette offensive intervient alors que le Sénégal, pourtant entré en production pétrolière et gazière, annonçait il y a deux mois une hausse probable des prix des carburants, signe d'une gestion budgétaire sous tension. Entre concurrence sur les marchés d'exportation et défis de souveraineté énergétique, l'Afrique de l'Ouest doit repenser sa place dans le nouvel ordre gazier mondial.

Infographie — Gaz naturel

L'entretien entre Mohamed Arkab et son homologue bosnien n'est pas un simple échange diplomatique. Il s'inscrit dans une stratégie algérienne de diversification des débouchés du GNL, alors que l'Europe cherche à réduire sa dépendance au gaz russe. En ciblant la Bosnie-Herzégovine, l'Algérie étend son réseau vers les Balkans, un marché encore peu pénétré par les fournisseurs africains. Sonatrach, le géant national des hydrocarbures, est appelé à jouer un rôle central, aux côtés d'Energoinvest, pour développer un partenariat industriel global allant au-delà de la simple livraison d'hydrocarbures.

Cette offensive intervient dans un contexte régional complexe. En Afrique de l'Ouest, le Sénégal et la Mauritanie viennent tout juste de démarrer l'exploitation de leurs ressources gazières, avec le champ Grand Tortue Ahmeyim et le pétrole de Sangomar. Mais les bénéfices attendus se font attendre. En mai 2026, le ministre sénégalais des Finances, Cheikh Diba, a mis en garde contre l'explosion des dépenses de soutien aux prix des carburants, tandis que le Premier ministre Ousmane Sonko annonçait une hausse probable des prix à la pompe. Un paradoxe pour un pays qui produit désormais du pétrole.

La concurrence algérienne sur le marché européen du GNL pourrait exacerber les difficultés des nouveaux producteurs ouest-africains. Ces derniers doivent négocier des contrats de vente à long terme dans un contexte de volatilité des prix, alors que l'Algérie dispose d'une infrastructure mature et de relations commerciales établies. Les projets comme Grand Tortue Ahmeyim, bien que prometteurs, n'ont pas encore la flexibilité nécessaire pour s'adapter aux fluctuations de la demande européenne.

Au-delà de la concurrence commerciale, c'est la question de la souveraineté énergétique régionale qui est posée. L'Afrique de l'Ouest, riche en gaz, continue d'importer des produits raffinés et de subventionner les carburants, ce qui pèse sur les budgets publics. Le Sénégal, par exemple, pourrait utiliser son gaz pour alimenter ses centrales électriques et réduire sa dépendance aux importations, mais les contrats d'exportation signés avec les majors pétrolières l'en empêchent partiellement. La tentation est grande de suivre le modèle algérien, où la rente gazière finance des subventions et des investissements publics, mais cela expose à la même vulnérabilité aux chocs de prix.

Les enjeux géopolitiques sont également importants. L'Algérie, membre de l'OPEP+, cherche à maintenir son influence sur le continent africain et à contrer l'émergence de nouveaux pôles gaziers. En Afrique de l'Ouest, la CEDEAO et l'UEMOA n'ont pas encore élaboré de stratégie énergétique commune face à des voisins comme l'Algérie ou le Nigeria. Sans coordination, les pays ouest-africains risquent de se faire concurrence entre eux pour attirer les investisseurs, affaiblissant leur pouvoir de négociation.

La situation du Sénégal, coincé entre des dépenses de subventions croissantes et une production qui peine à se traduire en recettes budgétaires, illustre les défis de la transition énergétique dans la région. Les annonces de hausse des prix des carburants en mai 2026 ont provoqué des tensions sociales, rappelant que la gestion de la rente est aussi un enjeu politique. L'Algérie, de son côté, capitalise sur son expérience pour offrir un modèle de partenariat industriel, mais celui-ci reste centré sur l'exportation.

Dans ce jeu d'échecs énergétique, l'Afrique de l'Ouest doit faire un choix stratégique : soit continuer à exporter ses ressources brutes, en subissant la concurrence des producteurs établis, soit développer une véritable intégration régionale pour valoriser son gaz localement. La pression est d'autant plus forte que les marchés européens, bien que prometteurs, ne sont pas infinis et que l'Algérie semble déterminée à y garder une place prépondérante.

Alors que l'Algérie verrouille ses débouchés européens, les producteurs ouest-africains doivent accélérer leur intégration énergétique régionale pour éviter de rester de simples fournisseurs marginaux. La question n'est plus seulement de produire, mais de maîtriser sa propre chaîne de valeur, du puits à la consommation locale. L'avenir dira si les pays du bassin sédimentaire de MSGBC sauront transformer cette contrainte concurrentielle en opportunity de coopération.