Le 17 juillet 2026, deux événements aux allures de signaux forts ont marqué le secteur gazier ouest-africain. En Mauritanie, le directeur général de la Société Mauritanienne des Hydrocarbures (SMH) recevait un haut responsable américain pour discuter des projets Grand Tortue Ahmeyim (GTA) et Banda. Au même moment, à Dakar, l’Institut national du pétrole et du gaz (INPG) remettait des diplômes à quatorze stagiaires destinés à opérer sur le champ pétrolier de Sangomar, au Sénégal. Ces deux actualités, bien que distinctes, révèlent une dynamique commune : celle d’une région qui cherche à conjuguer exploitation des hydrocarbures et montée en compétence de ses ressources humaines.
Sénégal-Mauritanie : gaz, coopération et formation au cœur de la stratégie régionale
Deux événements parallèles révèlent une dynamique commune : conjuguer exploitation des hydrocarbures et montée en compétence des ressources humaines.
Le Dr Mohamed Lemine Raghani (SMH) reçoit Paul Hueper (département d’État américain). Discussions sur les projets GTA (Grand Tortue Ahmeyim) et Banda.
L’Institut national du pétrole et du gaz (INPG) diplôme 14 stagiaires de Woodside Energy. Ils opéreront sur le champ pétrolier de Sangomar.
Deux signaux forts le même jour : la Mauritanie consolide ses partenariats américains pour GTA et Banda, tandis que le Sénégal mise sur la formation locale avec Woodside. Une double stratégie — coopération internationale et ressources humaines — pour ancrer le gaz dans l’économie régionale.
La rencontre à Nouakchott entre le Dr Mohamed Lemine Raghani et Paul Hueper, directeur du Bureau de la Chaîne d’Approvisionnement Énergétique au département d’État américain, s’inscrit dans un partenariat de longue date. Les discussions ont porté sur les projets structurants GTA et Banda, qui concentrent les espoirs d’industrialisation du pays. GTA, projet gazier transfrontalier avec le Sénégal, est déjà en phase de production, tandis que Banda représente une nouvelle frontière pour l’approvisionnement énergétique mauritanien. L’accent mis par la SMH sur la sécurité énergétique à long terme et le développement industriel montre que la Mauritanie ne se contente pas d’exporter du gaz : elle cherche à intégrer cette ressource dans une stratégie de transformation économique.
De l’autre côté de la frontière, le Sénégal avance sur un volet complémentaire : la formation des opérateurs locaux. Les quatorze diplômés de l’INPG, issus de la société australienne Woodside Energy, ont suivi un programme développé avec MODEC et IFP Training. Le directeur général de l’INPG, Fall Mbaye, a clairement lié cette initiative à la souveraineté nationale : « Former, c’est investir dans notre souveraineté », a-t-il déclaré. Cette phrase résume l’enjeu : alors que le Sénégal et la Mauritanie entrent dans une phase d’exploitation intense de leurs ressources, la capacité à disposer de talents locaux conditionne la pérennité des bénéfices économiques.
Des temporalités qui s’articulent
Ces deux annonces ne sont pas isolées. Elles interviennent dans un contexte régional marqué par une accélération des projets hydrocarbures. Les articles récents faisaient état de l’entrée de Petrobras en Côte d’Ivoire et de la relance pétrolière angolaise. Mais le gaz ouest-africain suit une trajectoire différente, plus axée sur la coopération internationale et la formation. La visite du responsable américain en Mauritanie confirme l’intérêt de Washington pour le gaz africain comme source d’approvisionnement alternative, tandis que la remise de diplômes à Dakar illustre une volonté politique de « sénégaliser » les postes techniques.
Le contraste entre les deux pays est instructif. La Mauritanie mise sur un partenariat étatique avec les États-Unis pour sécuriser ses projets et attirer l’expertise technique. Le Sénégal, de son côté, met l’accent sur la formation locale via des programmes ciblés. Mais ces approches sont en réalité complémentaires : les compétences développées au Sénégal pourront à terme servir les projets communs comme GTA, et la coopération américaine peut apporter des technologies nécessaires à l’exploitation.
L’enjeu de la montée en puissance
Si ces initiatives sont prometteuses, leur ampleur reste à la mesure des défis. Les quatorze diplômés ne représentent qu’une infime fraction des besoins en main-d’œuvre qualifiée pour l’ensemble des projets gaziers de la région. L’INPG et ses partenaires devront amplifier ces formations pour répondre à la demande des champs de Sangomar, GTA, et bientôt Banda. De même, le partenariat américano-mauritanien devra se concrétiser par des investissements et des transferts de technologies tangibles.
L’évolution depuis les premières annonces de découvertes gazières il y a dix ans est nette : on est passé de la phase de prospection à celle de la production, puis aujourd’hui à celle de la valorisation locale. Les gouvernements ont compris que les ressources souterraines ne créent pas automatiquement du développement. La formation de capital humain est devenue un pilier des stratégies énergétiques nationales.
Les événements du 17 juillet 2026 montrent que le gaz ouest-africain n’est plus seulement une affaire de concessions et de contrats. Il s’inscrit désormais dans une logique de construction de souveraineté, où la coopération internationale et la formation locale sont les deux faces d’une même pièce. La question qui demeure est celle du rythme et de l’échelle : les dispositifs actuels permettront-ils de former suffisamment de cadres pour que la richesse du sous-sol irrigue durablement les économies sénégalo-mauritanienne ?