Le 18 juin 2026, le ministère égyptien du Pétrole annonçait la signature de plusieurs accords avec des compagnies internationales, dont Harbour Energy et Eni, visant à relancer l’exploration gazière dans le delta du Nil et en mer Méditerranée. Cette offensive intervient alors que le Sénégal et la Mauritanie tentent de valoriser leurs ressources, notamment via le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), dans un contexte de concurrence accrue pour les investissements énergétiques en Afrique. L’évolution des stratégies des États et des majors pétrolières redessine la carte gazière du continent et interroge la souveraineté énergétique régionale.
⚡ Concurrence gazière : l’Égypte signe de nouveaux accords
Le Caire relance l’exploration dans le delta du Nil et en Méditerranée. Quels impacts pour l’Afrique de l’Ouest et le projet GTA ?
Le 18 juin 2026, l’Égypte signe avec Harbour Energy (zone Desouk, delta du Nil) et un protocole avec Eni (concession offshore Port-Fouad). L’investissement initial d’Harbour est de 6 millions $, avec une prime à la signature d’1 million, et pourrait atteindre 18 millions $ en cas de découvertes commerciales.
L’Égypte, déjà premier producteur africain de gaz, consolide sa position face au projet GTA (Sénégal/Mauritanie) et aux nouveaux gisements ouest-africains. La compétition pour les investissements énergétiques s’intensifie.
Les stratégies des États et des majors pétrolières redessinent la carte gazière du continent. L’enjeu : l’autonomie énergétique de l’Afrique de l’Ouest face à l’offensive égyptienne.
🌍 Corridor gazier : concurrence Méditerranée vs Atlantique
📌 EN BREF
L’Égypte verrouille l’exploration en Méditerranée avec des montants modestes mais stratégiques (6 à 18 millions $). Pendant ce temps, le Sénégal et la Mauritanie misent sur GTA pour capter les investissements. La carte gazière africaine se redessine entre l’Est et l’Ouest.
L’Égypte a conclu ce jeudi 18 juin un accord avec Harbour Energy pour l’exploration de la zone de Desouk, dans le delta du Nil, ainsi qu’un protocole d’accord avec Eni pour le renouvellement de la concession offshore de Port-Fouad. L’investissement initial d’Harbour Energy est estimé à 6 millions de dollars, avec une prime à la signature d’un million, et pourrait atteindre 18 millions en cas de découvertes commerciales. Ces montants, modestes au regard des investissements requis pour les grands projets gaziers, témoignent néanmoins d’une volonté affirmée du Caire de maintenir l’attractivité de son secteur énergétique face à une compétition régionale de plus en plus vive.
Une concurrence qui s’intensifie avec l’Afrique de l’Ouest
L’Égypte, déjà premier producteur de gaz en Afrique, cherche à consolider sa position à l’heure où de nouveaux gisements entrent en production ou sont en développement, notamment en Méditerranée orientale et en Afrique de l’Ouest. Le projet GTA, à cheval entre le Sénégal et la Mauritanie, figure parmi les plus prometteurs du continent. Mais son démarrage, initialement prévu pour 2023, a connu des retards. Pendant ce temps, les autorités égyptiennes multiplient les incitations pour les compagnies internationales, renforçant ainsi la pression concurrentielle sur les États ouest-africains.
Une réponse sénégalaise déjà amorcée
Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, avait annoncé dès le 7 mai 2026, en Conseil des ministres, une accélération de la valorisation des ressources naturelles du pays. Cette déclaration intervient dans un contexte où le Sénégal et la Mauritanie doivent non seulement attirer des investisseurs, mais aussi négocier des contrats avantageux pour leurs finances publiques. La signature des accords égyptiens, quelques semaines plus tard, souligne l’urgence pour ces deux pays de concrétiser leurs projets gaziers afin de ne pas perdre en attractivité.
Enjeux de souveraineté et de revenus
Pour les États ouest-africains, les recettes tirées du gaz représentent un levier clé pour financer le développement économique et réduire la dépendance énergétique. Mais la concurrence égyptienne pourrait contraindre Dakar et Nouakchott à revoir leurs conditions fiscales et contractuelles. Si l’Égypte offre des conditions plus souples, les majors pourraient rediriger leurs capitaux vers la Méditerranée, ralentissant les investissements dans le bassin sénégalo-mauritanien. À l’inverse, une valorisation réussie de GTA pourrait servir de modèle pour la région et renforcer le pouvoir de négociation des États.
Dynamiques géopolitiques régionales
Au-delà des aspects économiques, cette compétition gazière a des implications géopolitiques. L’Égypte, alliée historique de l’Occident, bénéficie d’un soutien technique et financier important de la part d’acteurs comme Eni. Le groupe italien, présent également au Sénégal et en Mauritanie, se trouve au cœur de cette rivalité. Sa stratégie d’engagement simultané dans plusieurs zones d’Afrique lui permet de diversifier ses risques, mais aussi d’arbitrer entre les différents projets en fonction des conditions offertes.
Perspectives pour l’intégration énergétique régionale
L’essor gazier en Afrique de l’Ouest pourrait à terme favoriser une intégration énergétique régionale, via la construction de pipelines ou l’exportation de GNL. Cependant, l’accélération égyptienne pousse les pays ouest-africains à agir vite. La question n’est plus seulement de savoir si le gaz sera exploité, mais à quel rythme et à quelles conditions. La souveraineté énergétique régionale dépendra de la capacité des États à coordonner leurs politiques et à négocier collectivement face aux compagnies internationales.
Les récents accords égyptiens rappellent que l’Afrique est entrée dans une nouvelle phase de compétition gazière. Pour le Sénégal et la Mauritanie, l’enjeu est de transformer l’avantage que constitue le potentiel du Grand Tortue Ahmeyim en un projet réellement structurant, capable de générer des revenus et de renforcer leur autonomie énergétique. Plus largement, cette situation interroge la capacité de l’Afrique de l’Ouest à s’imposer comme un pôle gazier crédible face à des voisins méditerranéens bien établis.