Le ministère égyptien de l'Investissement a lancé le 22 avril une campagne de trois mois pour promouvoir ses zones d'investissement. Avec 1,39 milliard de dollars d'investissements cumulés et un taux d'occupation de 90%, ces pôles industriels et de services illustrent une stratégie de captation des capitaux qui interpelle l'écosystème d'affaires ouest-africain. Ce modèle, adossé à la loi n°72 de 2017, combine infrastructures avancées et flexibilité réglementaire pour attirer investisseurs nationaux et étrangers.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 12 zones réparties sur des sites stratégiques, 77 500 emplois directs et indirects générés, et un volume d'investissement global de 1,39 milliard de dollars. Ces résultats, publiés par le ministère, traduisent une confiance des investisseurs dans un dispositif qui s'ajoute aux zones franches et technologiques. La campagne vise à mieux faire connaître ce cadre aux milieux d'affaires, signe que l'Égypte entend capitaliser sur ce succès pour accélérer l'implantation de nouveaux projets et renforcer sa compétitivité exportatrice. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette offensive égyptienne intervient dans un contexte où plusieurs pays, comme le Sénégal avec le Pôle industriel de Diamniadio ou la Côte d'Ivoire avec la Zone industrielle de PK 24, développent également leurs propres zones économiques spéciales (ZES). Mais les défis restent nombreux : lenteurs administratives, insuffisance d'infrastructures de base, instabilité politique ou encore coût de l'énergie. Le taux d'occupation de 90% affiché par l'Égypte contraste avec des taux souvent inférieurs à 60% dans certaines zones ouest-africaines, selon des études récentes de la Banque africaine de développement. Ce décalage interroge la capacité de la région à retenir les investissements directs étrangers (IDE) dans un environnement concurrentiel accru. L'enjeu pour les décideurs ouest-africains est double : d'une part, comprendre les ressorts de l'attractivité égyptienne – simplification administrative, guichet unique, infrastructures logistiques – et d'autre part, éviter un effet de détournement des flux vers l'Afrique du Nord. L'Égypte bénéficie en outre d'accords commerciaux privilégiés avec l'Union européenne et le Moyen-Orient, ce qui en fait une plateforme d'exportation attractive pour les investisseurs internationaux. Les groupes ouest-africains cherchant à s'implanter dans la zone MENA pourraient ainsi être tentés de privilégier ces zones égyptiennes plutôt que des options régionales. Par ailleurs, la campagne égyptienne met en avant le rôle de ces zones dans l'amélioration des compétences de la main-d'œuvre et la création de communautés de production intégrées. C'est un argument fort face aux critiques fréquentes sur le manque de formation et d'ancrage local des ZES. Pour l'Afrique de l'Ouest, cela souligne l'urgence de renforcer les politiques de formation professionnelle et d'encourager les partenariats public-privé pour créer des écosystèmes industriels complets, au-delà de la simple mise à disposition de terrains.

Cette campagne égyptienne révèle une tendance plus large : la compétition entre pays africains pour attirer les IDE s'intensifie, et les zones économiques spéciales en sont le principal champ de bataille. L'Afrique de l'Ouest devra innover non seulement dans ses infrastructures, mais aussi dans son cadre réglementaire et ses services aux investisseurs pour rester dans la course. La question qui se pose est de savoir si l'intégration régionale via la CEDEAO permettra de mutualiser les efforts ou si chaque pays devra rivaliser seul face à des géants comme l'Égypte.