Le 26 juin, les ministres de l'Énergie mauritanien et sénégalais se sont réunis à Nouakchott pour faire le point sur le projet gazier commun Grande Tortue Ahmeyime (GTA). Alors que les premières livraisons de gaz naturel liquéfié ont débuté, l'accent est désormais mis sur l'utilisation du gaz pour la production d'électricité et les industries locales. Cette rencontre traduit une volonté partagée de transformer une ressource extractive en levier de souveraineté énergétique régionale, au-delà des simples recettes d'exportation.
Sénégal & Mauritanie : le gaz offshore au service de la souveraineté régionale
Le 26 juin 2026, les ministres de l'Énergie des deux pays ont acté un virage stratégique : faire du gaz de GTA un levier pour l'électricité et l'industrie locales, et non plus seulement une ressource d'exportation.
⏱ Chronologie du projet GTA
Conception initiale du projet tournée vers les marchés internationaux (GNL). Retombées locales limitées.
Début des exportations de GNL. Prise de conscience : la volatilité des cours et la pression sociale imposent un recentrage.
Réunion ministérielle à Nouakchott : priorité au raccordement du réseau gazier sénégalais et à l’industrialisation locale.
⚡ Les trois piliers de la stratégie GTA
Alimenter les centrales électriques sénégalaises et mauritaniennes pour réduire les coupures et le coût de l’énergie.
Utiliser le gaz comme matière première pour les engrais, la pétrochimie et les industries locales.
Réduire la dépendance aux importations de produits pétroliers et aux marchés volatils du GNL.
📊 Contexte macro-économique du Sénégal
Population : 18,5 millions (Banque mondiale). Le gaz de GTA peut transformer ces indicateurs en réduisant le déficit courant et en attirant davantage d’IDE.
« Faire du gaz un vecteur de développement industriel et électrique, et non plus seulement une marchandise destinée aux marchés internationaux. »
🌍 Corridor gazier : du offshore vers l’intérieur
Le projet de raccordement du réseau gazier sénégalais à l’infrastructure offshore permettra d’acheminer le gaz vers les centrales électriques et les zones industrielles de Dakar, Thiès et Saint-Louis.
La réunion ministérielle du 26 juin à Nouakchott marque un tournant dans la coopération énergétique entre la Mauritanie et le Sénégal. Les discussions ont porté sur le développement du projet GTA, l'un des plus grands gisements de gaz naturel liquéfié d'Afrique de l'Ouest, mais aussi sur son intégration dans les économies locales. Le projet de raccordement du réseau gazier sénégalais à l'infrastructure offshore illustre cette nouvelle priorité : faire du gaz un vecteur de développement industriel et électrique, et non plus seulement une marchandise destinée aux marchés internationaux.
Un recentrage stratégique sur la demande intérieure
Historiquement, les grands projets gaziers en Afrique de l'Ouest ont été conçus pour l'exportation, avec des retombées limitées pour les populations locales. Le cas du GTA ne dérogeait pas à cette règle jusqu'à récemment. Mais la baisse des coûts des infrastructures de distribution, la pression sociale pour un accès à l'énergie et la volatilité des cours mondiaux poussent Nouakchott et Dakar à reconsidérer leurs priorités. Le ministre mauritanien Mohamed Ould Khaled a souligné que le projet GTA doit être un pilier de l'intégration économique bilatérale, tandis que son homologue sénégalais a insisté sur l'importance d'une approche commune pour répondre aux besoins énergétiques domestiques.
Les défis techniques et financiers de la valorisation locale
Transformer un projet d'exportation en un outil de développement local implique des investissements supplémentaires. La construction de gazoducs terrestres, de centrales électriques et d'unités de traitement du gaz pour les industries nécessite des capitaux importants et une coordination entre les deux pays et l'opérateur, constitué par bp, Kosmos Energy et les sociétés nationales. Les discussions techniques ont porté sur le raccordement du réseau sénégalais, un chantier complexe qui devrait permettre d'acheminer le gaz vers les zones industrielles et les centrales thermiques existantes. Pour la Mauritanie, des projets similaires sont à l'étude, mais leur faisabilité dépend des accords de partage des coûts et des risques.
Un enjeu géopolitique et de modèle de développement
Au-delà des aspects techniques, le GTA incarne une nouvelle forme de coopération sud-sud. Les deux pays ont choisi de gérer ensemble cette ressource frontalière, ce qui contraste avec les tensions observées dans d'autres régions pour le partage des hydrocarbures. Ce modèle pourrait faire école en Afrique de l'Ouest, où plusieurs gisements gaziers restent en développement. Cependant, il expose aussi les fragilités : la dépendance à un seul projet pour la stratégie énergétique nationale, l'impact de la transition énergétique mondiale sur la demande future de gaz, et les défis de gouvernance pour éviter une malédiction des ressources.
L'extension des utilisations locales du gaz – production d'électricité, engrais, cimenterie – est présentée comme un moyen de créer des emplois et de réduire les importations énergétiques. Mais cela exige des politiques industrielles cohérentes et une main-d'œuvre qualifiée. Le programme de formation d'ingénieurs lancé au pied du barrage de Souapiti en Guinée (évoqué dans les sources) montre que la région investit dans le capital humain pour ses grands projets, une tendance qui pourrait bénéficier au secteur gazier.
En filigrane, la réunion de Nouakchott interroge la place du gaz dans le mix énergétique ouest-africain. Alors que les énergies renouvelables progressent, le gaz apparaît comme un combustible de transition, mais son exploitation à grande échelle risque de verrouiller des infrastructures carbonées pour des décennies. Les choix faits aujourd'hui par la Mauritanie et le Sénégal détermineront leur trajectoire de développement à long terme.
La coordination entre les deux pays devra aussi composer avec les exigences des partenaires internationaux et les fluctuations du marché. Le démarrage des premières livraisons de GNL est une étape, mais la pleine valorisation locale du gaz reste un chantier de longue haleine, qui exigera une gouvernance transparente et une vision partagée.
Le projet GTA se trouve à un carrefour : entre son potentiel de transformation pour les deux pays et les risques inhérents à l'exploitation des ressources non renouvelables. Son évolution sera scrutée comme un indicateur de la capacité des États ouest-africains à faire de leurs richesses naturelles un levier de développement durable et inclusif, dans un contexte climatique et géopolitique en mutation.