Le 29 avril 2026, les premières molécules de gaz du gisement transfrontalier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) devraient être commercialisées, marquant une étape historique pour le Sénégal et la Mauritanie. Ce projet, porté par le tandem BP-Kosmos, cristallise les espoirs de transformation économique de deux pays classés parmi les moins avancés. Il pose également la question de la redistribution des richesses et de la place de l’Afrique de l’Ouest dans la nouvelle géopolitique du gaz.
Le GTA, situé à la frontière maritime entre la Mauritanie et le Sénégal, est l’un des plus grands projets gaziers en eaux profondes au monde. Avec une capacité de production de 2,5 millions de tonnes de GNL par an, il devrait générer des revenus significatifs pour les deux États. Mais au-delà des recettes budgétaires, l’enjeu majeur est la capacité de ces pays à utiliser cette ressource pour renforcer leur souveraineté énergétique.
Côté sénégalais, le gaz doit permettre de réduire la dépendance aux importations de fioul lourd pour la production d’électricité, tout en attirant des investissements dans la pétrochimie. La Mauritanie, moins industrialisée, espère un effet d’entraînement sur son tissu économique. Cependant, la gestion des revenus gaziers reste un défi : les précédents nigérian et angolais rappellent les risques de la malédiction des ressources.
Les contrats de partage de production prévoient une répartition équilibrée, mais la transparence dans la gestion des fonds sera cruciale pour éviter les détournements. Les deux pays ont mis en place des fonds souverains, mais leur efficacité dépendra de la qualité de la gouvernance. Par ailleurs, l’arrivée de ce gaz sur le marché mondial coïncide avec une demande croissante en Asie et en Europe, offrant des débouchés intéressants.
Pour les investisseurs, le GTA est un test. Si le projet tient ses promesses, il pourrait débloquer d’autres gisements dans le bassin mauritanio-sénégalais. Mais les compagnies doivent composer avec des coûts de production élevés et une concurrence régionale, notamment du Mozambique et du Nigeria. À terme, la monétisation du gaz passe par le développement d’infrastructures locales, comme des centrales électriques et des usines de fertilisants.
La réussite du GTA dépendra aussi de la stabilité politique et de la capacité des États à négocier des contrats équilibrés avec les majors. Le Sénégal a montré une certaine rigueur dans la renégociation de ses contrats pétroliers, un signal positif pour les partenaires internationaux.
Alors que la première production du GTA approche, la sous-région ouest-africaine observe avec attention ce projet pionnier. Si le gaz peut être un levier de développement, il n’efface pas les défis structurels : dépendance aux cours mondiaux, faiblesse des chaînes de valeur locales et impératif de transition énergétique. La véritable souveraineté énergétique viendra peut-être moins de l’extraction que de la capacité à transformer cette ressource sur place.