Le président mozambicain Daniel Chapo a réaffirmé cette semaine l’ambition de son pays de devenir une plaque tournante énergétique régionale, portée par des projets GNL de 50 milliards de dollars. Cette déclaration intervient alors que les premiers jalons de l’exploitation du bassin de Rovuma se concrétisent, après des années de retards sécuritaires et financiers. Elle pose la question de l’équilibre géopolitique du gaz en Afrique, alors que le Sénégal et la Mauritanie peinent à lancer leur propre production.

Infographie — Gaz naturel

La promesse mozambicaine : entre industrialisation et hub régional

Intervenant lors du Sommet des PDG du Mozambique, le président Chapo a insisté sur la capacité du pays à tirer parti de ses 100 000 milliards de pieds cubes de gaz dans le bassin de Rovuma. Les projets phares – le FLNG Coral South déjà opérationnel, le FLNG Coral North attendu en 2028, le Mozambique LNG de TotalEnergies prévu pour 2029 et le Rovuma LNG d’ExxonMobil dont la décision finale d’investissement est imminente – totalisent une capacité de plus de 40 millions de tonnes par an. Cette feuille de route vise à transformer l’économie nationale grâce à l’industrialisation, au renforcement des capacités locales et à la création d’emplois qualifiés.

De la promesse à la mise en œuvre

Il y a quelques mois encore, les alertes sur l’avancement du projet Mozambique LNG faisaient état de « phase de mise en œuvre » sans calendrier précis. Aujourd’hui, les déclarations présidentielles confirment une accélération tangible. TotalEnergies, qui avait suspendu ses activités en 2021 après les attaques djihadistes dans le Cabo Delgado, semble avoir repris le chemin du chantier, tandis que les autorités locales multiplient les efforts sécuritaires. Ce passage de la promesse à la concrétisation marque un tournant pour le pays, longtemps perçu comme un géant endormi du gaz.

Un défi pour l’Afrique de l’Ouest ?

Le positionnement du Mozambique comme hub énergétique régional n’est pas neutre pour l’Afrique de l’Ouest. Le Sénégal et la Mauritanie, qui misent sur le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) pour amorcer leur propre décollage gazier, connaissent des retards récurrents. La mise en production du GTA, initialement prévue en 2023, a été repoussée à 2026-2027. Pendant ce temps, le Mozambique avance sur plusieurs fronts, attirant les investisseurs et sécurisant des contrats d’approvisionnement à long terme avec des clients asiatiques et européens.

Souveraineté énergétique : le contenu local en question

Le discours de Chapo a mis l’accent sur la nécessité de prioriser les sous-traitants et les entreprises mozambicaines dans la chaîne d’approvisionnement. Cette insistance révèle une volonté d’ancrer la richesse gazière dans l’économie réelle, plutôt que de laisser les majors capter l’essentiel des retombées. Au Sénégal, des préoccupations similaires émergent autour du GTA, où la part du contenu local fait débat. La comparaison entre les deux pays montre que la souveraineté énergétique ne se décrète pas : elle se construit à travers des politiques industrielles et de formation qui doivent précéder l’extraction.

Enjeux géopolitiques : une compétition régionale

Au-delà des aspects économiques, l’émergence d’un hub gazier mozambicain redessine la carte énergétique africaine. Le Nigeria, traditionnel leader gazier du continent, voit son hégémonie contestée. L’Afrique de l’Est, avec le Mozambique et la Tanzanie, pourrait capter une part croissante des investissements gaziers, au détriment de l’Ouest. Pour le Sénégal et la Mauritanie, le temps presse : chaque année de retard renforce l’attractivité du Mozambique et réduit leur fenêtre d’opportunité sur un marché mondial de plus en plus concurrentiel.

La dynamique mozambicaine illustre une tendance plus large : la ruée vers le gaz africain redessine les dépendances et les alliances sur le continent. Entre la course aux financements, les impératifs sécuritaires et la quête de souveraineté, chaque pays cherche sa voie. Le succès du Mozambique pourrait bien servir de modèle – ou de miroir – pour les producteurs ouest-africains encore en quête de leur propre décollage.