Le 29 janvier 2026, TotalEnergies a officiellement repris la construction de son projet Mozambique LNG, après la levée du cas de force majeure en novembre 2025. Parallèlement, l'African Energy Chamber (AEC) et la compagnie nationale mozambicaine ENH ont scellé un partenariat stratégique pour accélérer les investissements et le contenu local. Ce double signal, qui intervient dans un contexte de mobilisation de plus de 50 milliards de dollars dans le bassin du Rovuma, interroge directement les ambitions gazières du Sénégal et de la Mauritanie, dont les projets peinent à atteindre une maturité comparable.

Infographie — Gaz naturel

Un géant africain du gaz se réveille

L'annonce de la reprise des travaux sur le site de Mozambique LNG, d'une capacité de 13,1 millions de tonnes par an, marque un tournant pour le secteur gazier africain. Après des années d'incertitude liées à l'insécurité dans la province de Cabo Delgado, le retour de plus de 4 000 travailleurs sur le chantier confirme que le Mozambique est entré dans l'un des plus grands cycles de construction énergétique au monde. Le partenariat entre l'AEC et l'ENH, officialisé en juillet 2026, vient renforcer cette dynamique en misant sur la montée en compétence des acteurs locaux et l'amélioration du climat des affaires.

Des parallèles avec l'Afrique de l'Ouest

Cette renaissance mozambicaine n'est pas sans rappeler les espoirs placés dans les gisements de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), à cheval entre le Sénégal et la Mauritanie. Porté par BP et Kosmos Energy, ce projet devait faire des deux pays des exportateurs de GNL dès 2023. Mais les retards s'accumulent, liés aux défis techniques et aux négociations complexes sur le partage de la production. Aujourd'hui, le Sénégal et la Mauritanie voient émerger un concurrent de poids : le Mozambique, avec des volumes bien supérieurs et un opérateur historique, TotalEnergies, qui connaît déjà bien la sous-région.

Souveraineté énergétique : le modèle mozambicain

L'accord AEC-ENH met l'accent sur le contenu local et le renforcement des chaînes d'approvisionnement nationales. C'est un élément clé de la souveraineté énergétique : il ne suffit pas d'exporter du gaz, il faut que les retombées économiques bénéficient à l'économie locale. Pour le Sénégal et la Mauritanie, cette approche interroge leurs propres stratégies. Jusqu'à présent, les accords de partage de production et les clauses de contenu local restent souvent insuffisamment contraignants, comme l'ont montré les débats autour du code pétrolier sénégalais révisé en 2025.

Concurrence pour les investissements et les marchés

Avec plus de 50 milliards de dollars mobilisés, le Mozambique capte une part significative des capitaux disponibles pour le GNL africain. Dans un contexte de transition énergétique mondiale où les financements fossiles se raréfient, chaque mégaprojet entre en compétition. Les banques de développement et les investisseurs privés arbitrent désormais entre les différentes opportunités. Le Mozambique, grâce à une stabilité retrouvée et à des réserves massives, semble avoir une longueur d'avance. Le Sénégal et la Mauritanie doivent donc accélérer la mise en production de GTA pour ne pas perdre leur fenêtre de tir.

Revenus d'État : des enjeux budgétaires cruciaux

Pour ces deux pays, le gaz représente une manne budgétaire essentielle. Le Sénégal, qui a lancé sa production de pétrole en 2024, espère que le gaz viendra diversifier ses recettes. La Mauritanie, elle, mise sur le GNL pour sortir de sa dépendance aux mines. Mais les retards dans le projet GTA pèsent sur les équilibres macroéconomiques. À l'inverse, le Mozambique, après des années de crise, voit enfin des revenus gaziers se profiler. D'ici 2030, le pays pourrait devenir l'un des premiers exportateurs mondiaux de GNL, ce qui modifiera en profondeur les équilibres régionaux.

La nécessité d'une stratégie régionale

Face à l'émergence du Mozambique, l'Afrique de l'Ouest ne peut plus se permettre d'avancer en ordre dispersé. Une coordination entre le Sénégal, la Mauritanie et leurs partenaires pourrait permettre de mutualiser les infrastructures, de négocier des conditions plus avantageuses et de renforcer le pouvoir de négociation des États. Le partenariat AEC-ENH montre que les alliances stratégiques entre compagnies nationales et organismes internationaux peuvent accélérer les projets tout en préservant les intérêts locaux.

Un test pour la gouvernance gazière

La renaissance du Mozambique LNG pose aussi la question de la gouvernance des ressources. Les leçons de Cabo Delgado – où l'insurrection armée a été alimentée par l'exclusion sociale – doivent être méditées. Au Sénégal et en Mauritanie, les populations riveraines des futurs terminaux gaziers attendent des retombées tangibles. Le partenariat AEC-ENH, en mettant l'accent sur le contenu local, offre une piste que les gouvernements ouest-africains pourraient explorer.

Alors que le Mozambique accélère, l'Afrique de l'Ouest doit repenser sa stratégie gazière. La course à la souveraineté énergétique ne se gagne pas uniquement sur le terrain des réserves, mais aussi sur celui de la capacité à transformer ces richesses en développement concret. Le partenariat entre l'AEC et l'ENH pourrait bien servir de révélateur : dans un monde où chaque projet compte, la coopération régionale et l'appropriation locale deviennent des atouts décisifs.