Le protocole d'accord signé le 20 juillet 2026 entre Eramet et l'État gabonais ne se résume pas à un partenariat industriel. En lançant une filière locale de biocharbon destinée à remplacer le coke métallurgique importé, il pose les bases d'une stratégie de souveraineté énergétique pour la transformation du manganèse. Ce faisant, le Gabon esquisse une réponse aux défis de volatilité des cours et de pression ESG qui pèsent sur l'ensemble du secteur extractif ouest-africain. L'initiative intervient dans un contexte où les bourses régionales, comme la BRVM, ont récemment atteint des records, signalant une confiance retrouvée dans les valeurs minières.

Infographie — Mines · Guinée

Une dépendance coûteuse au coke métallurgique

Le coke métallurgique, indispensable à la transformation du manganèse, est intégralement importé au Gabon. Début 2026, son prix avoisinait 200 USD la tonne, exposant le complexe de Moanda à une volatilité qui pèse sur la compétitivité de la filière. En développant le biocharbon à partir de déchets forestiers, le protocole Eramet-État vise à sécuriser un intrant stratégique tout en réduisant la facture d'importation.

Un double bénéfice : économique et environnemental

La substitution du coke par du biocharbon permet une décarbonation partielle du processus métallurgique, un argument de poids face aux exigences ESG des investisseurs internationaux. Par ailleurs, la pyrolyse valorise des résidus de l'exploitation forestière qui étaient jusqu'alors peu exploités, créant une synergie entre deux secteurs clés de l'économie gabonaise.

Des débouchés alternatifs sous-exploités

Le biocharbon peut également servir d'amendement agricole ou être vendu sur le marché des crédits carbone, grâce à sa capacité de séquestration du CO2. Le protocole choisit toutefois de concentrer son usage sur l'industrie métallurgique, laissant en suspens ces potentiels de diversification.

Un calendrier encore incertain

Une unité pilote a démarré en juillet 2026 à Lastourville, en partenariat avec la société forestière Precious Woods. Une installation de 10 000 tonnes par an est à l'étude pour une mise en service visée en 2029, mais la décision finale d'investissement n'est pas encore prise. Le modèle économique repose pour l'instant sur l'économie de substitution plutôt que sur la vente directe du biocharbon.

Une tendance régionale émergente

Ce partenariat s'inscrit dans une dynamique plus large : plusieurs pays miniers d'Afrique de l'Ouest explorent des alternatives au charbon importé pour réduire leur dépendance énergétique. L'initiative gabonaise, bien que modeste dans ses volumes immédiats, pourrait servir de test pour des projets similaires dans la région, notamment dans les pays producteurs de minerais ferreux comme la Guinée voisine.

Les limites d'une approche encore balbutiante

Le projet reste fragile : il nécessite un approvisionnement stable en déchets forestiers, une logistique de collecte et une maturation technologique. Le cadre temporel (2029) laisse entrevoir des défis de rentabilité et d'acceptabilité sociale. Néanmoins, il témoigne d'une volonté politique de lier transformation minière et développement durable.

Le protocole Eramet-Gabon ne résout pas à lui seul la dépendance énergétique du secteur minier, mais il en dessine une voie possible. En connectant exploitation forestière et métallurgie, il amorce un modèle intégré que d'autres États d'Afrique de l'Ouest pourraient adapter à leurs propres contraintes extractives, à l'heure où la pression climatique et la volatilité des marchés redéfinissent les stratégies de souveraineté.