L’Afrique de l’Ouest connaît un regain d’intérêt pour son sous-sol aurifère, mais les dynamiques d’accès aux permis et d’acceptation sociale divergent fortement. Au Gabon, un proche du président Oligui Nguema s’est imposé comme le principal détenteur de licences de recherche et d’exploitation d’or, tandis qu’au Sénégal, le groupe français Eramet fait face à une campagne d’alerte sur les dégâts de sa mine itinérante. Ces deux cas illustrent les tensions entre attractivité des investissements et exigences de transparence.
Or ouest-africain : concentration des permis au Gabon, contestation au Sénégal
Deux modèles miniers, deux tensions : accès privilégié aux permis vs. pression citoyenne.
Karl Rolly, proche du président Oligui Nguema, concentre la majorité des licences aurifères. Une mainmise qui interroge sur la transparence et les retombées fiscales.
Le groupe français ouvre sa mine mobile aux députés et attaque en justice un entrepreneur pour diffamation. La société civile dénonce les dégâts de l’exploitation.
Deux cas qui illustrent le dilemme ouest-africain : comment attirer les investisseurs sans sacrifier la transparence ni l’acceptation sociale ?
Valeur cumulée des permis détenus par Karl Rolly au Gabon. Une concentration record qui soulève des questions sur le partage de la rente.
⚖️ Deux modèles, deux défis
Concentration des permis
Un proche du président détient la majorité des licences. Risque de capture de la rente et de faible contrôle environnemental.
Contestation citoyenne
Eramet attaqué en justice et sur le terrain. La mine mobile sous surveillance des députés et de la société civile.
« La ruée vers l’or ouest-africain ne faiblit pas, mais ses modalités et ses conséquences varient selon les pays. »
— Cauris · Analyse
🔗 Acteurs clés
Source : Cauris · Données vérifiées · Infographie Cauris
La ruée vers l’or ouest-africain ne faiblit pas, mais ses modalités et ses conséquences varient selon les pays. Au Gabon, l’entrepreneur libanais Karl Rolly, associé à son beau-fils français, a constitué un portefeuille de permis miniers qui en fait, directement ou indirectement, le plus grand détenteur de licences aurifères du pays. Proche conseiller informel du président Brice Clotaire Oligui Nguema, il bénéficie d’un accès privilégié aux décisions d’attribution. Cette concentration des titres miniers dans les mains d’un seul opérateur interroge sur la capacité de l’État à capter les retombées fiscales et à garantir une exploitation respectueuse des normes environnementales et sociales.
Au Sénégal, le débat prend une autre forme. Le groupe minier français Eramet, dirigé par Christel Bories, a ouvert les portes de sa mine mobile à des députés et à des représentants de la société civile pour tenter de dissiper les critiques. En parallèle, il attaque en justice pour diffamation un entrepreneur français très actif sur les réseaux sociaux. Élus proches du parti au pouvoir, le Pastef, et entrepreneurs locaux ont lancé une campagne d’alerte sur les dégâts de cette exploitation itinérante. La mine, qui se déplace au gré des gisements, est accusée de dégrader les sols et de polluer les nappes phréatiques, sans compensations suffisantes pour les communautés.
Ces controverses s’inscrivent dans un contexte où les États ouest-africains cherchent à renforcer leur souveraineté sur les ressources extractives. La pression sur les opérateurs étrangers s’accentue, comme en témoigne la révision des codes miniers dans plusieurs pays de la région. Au Gabon, la proximité entre l’exécutif et certains acteurs privés complique toute tentative de régulation indépendante. Au Sénégal, la mobilisation politique et médiatique autour d’Eramet illustre une sensibilité croissante aux externalités négatives de l’exploitation minière.
Par ailleurs, la situation financière des États pèse sur leurs marges de manœuvre. Au Gabon, l’opérateur public d’électricité s’apprête à verser 30 milliards de francs CFA à un producteur turc grâce à un prêt de l’État, révélant des contraintes budgétaires qui pourraient limiter les investissements dans le secteur minier. Or, une partie des revenus attendus de l’or est censée contribuer au financement des infrastructures et des services publics. Si les permis sont détenus par un cercle restreint, les recettes fiscales risquent d’être moindres que prévu.
La question de la transparence des procédures d’attribution des permis devient centrale. Dans le cas gabonais, le cumul des licences par un même opérateur, sans mise en concurrence apparente, pose la question de la captation des rentes. Dans le cas sénégalais, l’absence d’étude d’impact indépendante avant le démarrage de la mine mobile a alimenté la défiance. Les deux situations appellent un renforcement des mécanismes de contrôle, tant au niveau national que régional, pour éviter que la ruée vers l’or ne se traduise par une perte de substance pour les économies locales.
Ces épisodes illustrent un paradoxe : alors que la demande mondiale d’or reste soutenue et que les cours se maintiennent à des niveaux élevés, les bénéfices pour les pays producteurs ouest-africains dépendent moins de la quantité extraite que de la qualité des institutions qui encadrent l’exploitation. La bataille pour la souveraineté minière se joue autant dans les tribunaux et les assemblées que sur les sites d’extraction. Et elle pourrait rebattre les cartes de l’attractivité de la région pour les investisseurs miniers.