En l'espace de quelques semaines, deux affaires judiciaires et contractuelles ont mis en lumière la détermination des États ouest-africains à redéfinir les termes de l'exploitation minière sur leur sol. Au Gabon, l'accord signé le 20 juillet avec Eramet fixe un calendrier contraint de transformation locale du manganèse. Au Burkina Faso, un tribunal a annulé un contrat d'achat d'or jugé léonin, infligeant 5,2 milliards de FCFA de dommages à deux sociétés canadiennes. Ces décisions, bien que distinctes, révèlent une dynamique commune : la fin du laissez-faire minier.

Infographie — Mines · Mauritanie

Le Gabon : la transformation locale sous conditions

Le protocole d'accord signé à Paris entre l'État gabonais et le groupe minier français Eramet illustre une approche contractuelle de la souveraineté. Libreville avait décrété en mai 2025 l'interdiction d'exporter du minerai brut de manganèse à partir de 2029. Le texte du 20 juillet ne mentionne pas cette mesure, mais il en constitue la mise en œuvre concrète : trois scénarios industriels sont proposés, avec des échéances échelonnées de fin 2028 à 2031. Le plus modeste prévoit une usine d'oxyde de manganèse de 10 000 tonnes par an près de Libreville ; le plus ambitieux, une capacité de 265 000 tonnes d'alliages, conditionné à la sécurisation de l'accès à l'énergie par l'État.

Ces projets restent toutefois suspendus à des décisions finales d'investissement (DFI) de la part d'Eramet. Tant que ces feux verts financiers ne sont pas donnés, ils ne sont que des intentions. Le message est clair : l'État impose un calendrier, mais le partenaire industriel conserve une marge de manœuvre. Un comité de suivi trimestriel devra arbitrer les retards éventuels. Ce mécanisme de négociation permanente reflète un rapport de force où chaque partie teste ses limites.

Le Burkina Faso : la rupture judiciaire comme outil

À Ouagadougou, la démarche est plus radicale. Le tribunal de commerce a annulé, le 10 juin 2026, un contrat d'achat d'or liant la mine de Karma aux sociétés Franco-Nevada et Sandstorm Gold. Cet accord, hérité de l'ancien propriétaire Endeavour Mining, prévoyait la livraison d'une partie de la production à 80 % de réduction, puis une redevance de 5,2 %, avec une durée initiale de 40 ans renouvelable par tranches de 15 ans. Riverstone Karma, le repreneur burkinabè, estimait que le contrat était devenu un carcan financier, d'autant que le prêt de 100 millions de dollars qui le justifiait avait été remboursé dès 2021.

La décision judiciaire ordonne le paiement de 5,2 milliards de FCFA (environ 9,3 millions de dollars) de dommages. Franco-Nevada a déjà annoncé son rejet du verdict. L'affaire pourrait durer des années en appel, mais le symbole est fort : un tribunal national ose défaire un contrat signé par un prédécesseur étranger, au nom de l'équité et de l'intérêt national. Cette voie contentieuse, risquée pour l'attractivité du pays, s'inscrit dans une tendance régionale où les États réexaminent les accords passés.

Une lame de fond régionale

Ces deux événements ne sont pas isolés. Ils font écho aux réformes des codes miniers en cours, comme en Guinée où les consultations avec le FMI autour de Simandou 2040 avancent, ou au Mali et au Burkina Faso où les productions d'or sont sous pression. La dernière mise à jour des listes de surveillance financière internationale montre que six économies africaines sont sous le radar pour leurs flux illicites, dont plusieurs ouest-africaines. La volonté de capter davantage de valeur ajoutée sur place et de réguler les contrats miniers s'inscrit dans une quête de souveraineté économique plus large.

Pourtant, la voie est étroite. Comme le montre l'accord gabonais, les industriels conditionnent leurs investissements à des garanties techniques et financières. La décision burkinabè, si elle est confirmée en appel, pourrait refroidir les apporteurs de capitaux. Les États doivent naviguer entre affirmation de souveraineté et maintien d'un climat des affaires attractif. La bataille pour le contrôle des ressources se gagne désormais contrat par contrat, tribunal par tribunal.

Le double mouvement observé au Gabon et au Burkina Faso illustre une mutation profonde des relations entre États miniers et compagnies étrangères en Afrique de l'Ouest. La négociation et le contentieux deviennent des outils aussi importants que les réformes législatives. Reste à savoir si cette vague de souveraineté saura préserver l'investissement nécessaire à l'exploitation des ressources, ou si elle provoquera un repli des acteurs internationaux vers des cieux plus cléments.