Le 23 juin, Iluka Resources a annoncé avoir obtenu la totalité du prêt de 1,14 milliard de dollars du gouvernement australien pour achever sa raffinerie d'Eneabba. Celle-ci traitera une partie de la production de Kangankunde, future mine de terres rares au Malawi, dont le démarrage est prévu fin 2026. Ce financement illustre la course aux minéraux critiques et pose la question de la souveraineté des États africains sur leurs ressources.

Infographie — Mines · Guinée

La confirmation du prêt australien de 1,14 milliard de dollars à Iluka Resources marque une étape décisive pour le projet Eneabba. Cette raffinerie, située en Australie-Occidentale, doit transformer des concentrés de terres rares, dont une partie proviendra de Kangankunde, au Malawi. L'accord de 15 ans signé en août 2025 entre Iluka et Lindian Resources prévoit l'acheminement de 6 000 tonnes de concentré par an, soit environ 10 % des besoins de la raffinerie. Ce flux garanti offre une visibilité inédite sur les revenus futurs de Kangankunde, un atout crucial pour tout projet minier en développement.

Un signal pour la filière africaine des terres rares

Kangankunde s'apprête à devenir la première mine de terres rares opérationnelle en Afrique depuis la fermeture de Gakara au Burundi en 2021. Ce redémarrage témoigne d'un regain d'intérêt pour les actifs africains dans un contexte de tensions sur les chaînes d'approvisionnement mondiales. La dépendance actuelle à la Chine pour le traitement des terres rares pousse les pays occidentaux à diversifier leurs sources. L'Australie, avec Eneabba, se positionne comme un hub de raffinage alternatif, mais la matière première africaine y joue un rôle clé.

Des défis sécuritaires et infrastructurels persistants

Pourtant, l'essor des mines en Afrique de l'Ouest et centrale se heurte à des obstacles. Les récents incidents sécuritaires au Mali et au Burkina Faso, rapportés dans les dépêches de mai 2026, montrent que l'instabilité menace les projets extractifs. L'explosion d'une mine artisanale au Mali et les frappes à Kidal rappellent que l'environnement sécuritaire conditionne l'investissement. Pour Kangankunde, situé au Malawi, un pays relativement stable, le risque est moindre, mais la leçon vaut pour d'autres gisements du Sahel.

Par ailleurs, la question du traitement local se pose. Contrairement au modèle australien, où la valeur ajoutée reste au pays producteur, les minéraux africains sont souvent exportés bruts. Le contrat entre Iluka et Lindian prévoit un flux vers l'Australie, renforçant un schéma classique d'extraction sans transformation locale. Certains États, comme le Mali ou la Guinée, cherchent à imposer un raffinage sur place, mais les capacités industrielles et énergétiques font défaut.

Quelles implications pour la Guinée et le Simandou ?

La Guinée, avec son gigantesque projet Simandou (fer), et d'autres pays de la région observent cette dynamique. Le financement d'Eneabba montre que des accords de long terme peuvent sécuriser des investissements massifs. Pour Simandou, qui nécessite des financements colossaux, la leçon est double : d'une part, la nécessité de partenaires fiables et d'infrastructures ; d'autre part, le risque de voir la valeur ajoutée captée ailleurs. Alors que les négociations autour du fer guinéen avancent, l'exemple des terres rares illustre les compromis entre souveraineté et attractivité.

Une visibilité à confirmer

Si le prêt australien apporte une certitude financière, la réussite d'Eneabba dépendra du calendrier de construction. Iluka prévoit une mise en service mi-2027. En attendant, Kangankunde devra orienter une partie de sa production vers une installation existante au Kazakhstan, selon un accord antérieur. Cette double dépendance montre la complexité des chaînes de valeur des minéraux critiques. Pour l'Afrique, l'enjeu est de ne pas rester un simple fournisseur de minerai brut, mais de peser dans les négociations sur le raffinage et la transformation.

Le financement intégral d'Eneabba confirme l'émergence d'une filière terres rares africaine connectée aux marchés asiatiques et australiens. Mais il soulève aussi des interrogations sur la capacité des États africains à capter une part plus substantielle de la valeur ajoutée. Alors que les projets miniers se multiplient sur le continent, la question de la souveraineté énergétique et minière reste centrale, particulièrement dans des pays comme la Guinée, où les ressources convoitées font l'objet d'arbitrages complexes entre intérêts nationaux et partenaires étrangers.