Le Nigeria a annoncé en juin 2026 la découverte d'un gisement polymétallique de classe mondiale dans l'État de Kaduna, contenant nickel, cuivre, or, platine et terres rares. Confirmé par l'Agence géologique nigériane, ce gisement s'ajoute à 3,3 millions de tonnes de lithium découvertes par la même société, Steron Mining, près d'Abuja. Cette annonce s'inscrit dans une stratégie de sortie du tout-pétrole, mais soulève des questions sur la capacité du pays à transformer localement ses ressources et à concurrencer ses voisins sahéliens.

Infographie — Mines · Guinée

La découverte, localisée dans la région pegmatitique de Gidan Waya, a été réalisée par Steron Mining et validée par la Nigerian Geological Survey Agency (NGSA). Elle porte sur un concentré de minéraux stratégiques : nickel, cuivre, or, platine et terres rares. Kaduna est déjà réputé pour la pureté de son lithium et de son platine. En une seule annonce, le Nigeria se dote d'un potentiel minier susceptible de rivaliser avec les grands producteurs africains de métaux critiques, alors que la demande mondiale explose pour la transition énergétique.

Ce succès s'inscrit dans une politique volontariste : Abuja a introduit des réformes pour développer les plus de 40 ressources minérales commercialement viables du pays. En 2025, les recettes fiscales du secteur minier ont atteint 63,92 milliards de nairas (46,3 millions de dollars) sur onze mois, contre 38 milliards en 2024. Le gouvernement impose désormais aux demandeurs de permis de soumettre des plans de traitement et de raffinage local du minerai, au lieu d'exporter le minerai brut. L'objectif est de retenir davantage de valeur ajoutée et d'emplois sur le territoire.

L'évolution temporelle est notable : alors que les projets d'uranium au Niger — comme celui de Dasa par Global Atomic — sont reportés à 2028, le Nigeria accélère sur les métaux de la transition. Ce contraste révèle un basculement géopolitique : les investisseurs miniers délaissent les zones d'instabilité sahélienne au profit de pays réputés plus sûrs, comme le Nigeria, malgré ses propres défis sécuritaires. La découverte de Kaduna pourrait ainsi redessiner les flux d'investissements miniers en Afrique de l'Ouest.

Enjeux de souveraineté et de transformation locale

La condition de transformation locale est une arme à double tranchant. D'un côté, elle promet des retombées économiques plus fortes pour le Nigeria, qui dépend encore du pétrole pour l'essentiel de ses revenus d'exportation (20,22 billions de nairas, soit 14,66 milliards de dollars, en cinq mois). De l'autre, elle risque de freiner l'empressement des compagnies étrangères, habituées à exporter du minerai brut. Steron Mining, junior canadienne, pourrait être le test grandeur nature de cette politique.

Une concurrence régionale accrue

Les voisins ouest-africains ne sont pas en reste : le Mali, le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire exploitent déjà de l'or et des métaux de base. Mais le Nigeria, avec son marché intérieur colossal et son infrastructure portuaire, offre un débouché logistique unique. La découverte de Kaduna pourrait attirer des investissements chinois ou européens en quête de sécurisation des chaînes d'approvisionnement en terres rares et en nickel, actuellement dominées par la Chine et l'Indonésie.

Par ailleurs, la région du Sahel connaît une recrudescence de l'insécurité, ce qui pénalise les projets miniers au Niger et au Burkina. Le Nigeria, bien que confronté à des défis dans le nord, dispose d'une capacité militaire et d'un cadre réglementaire plus prévisible. Cela pourrait en faire une plaque tournante du raffinage régional, si les projets de transformation locale aboutissent.

Une trajectoire à confirmer

Reste à savoir si le Nigeria parviendra à concrétiser cette découverte en production. Les annonces de gisements majeurs sont fréquentes en Afrique, mais les délais de mise en exploitation sont souvent longs. L'obligation de transformation locale pourrait ralentir les investissements, tandis que la dépendance aux financements étrangers demeure élevée. Par ailleurs, la gouvernance du secteur minier nigérian devra prouver sa transparence pour éviter les dérives observées dans le pétrole.

La découverte de Kaduna est un signal fort : le Nigeria veut exister dans le nouvel ordre minier mondial. Mais elle pose une question plus large pour l'Afrique de l'Ouest : les États parviendront-ils à coordonner leurs politiques minières pour créer une filière régionale de transformation, ou la compétition l'emportera-t-elle sur la coopération ?