Le 3 juillet 2026, la centrale photovoltaïque Ferké Solar est officiellement inaugurée à Ferkessédougou. Avec 52,4 MWc de capacité et une production annuelle de plus de 90 GWh, elle devient la première centrale solaire développée par un producteur indépendant d’énergie (IPP) privé ivoirien. Cet événement, salué par les autorités, s’inscrit dans la stratégie de diversification énergétique du pays, mais soulève des questions récurrentes sur le coût réel de l’énergie solaire et l’intégration au réseau.
Solaire privé ivoirien : le pari de Ferké
Première centrale solaire IPP 100% ivoirienne, 52,4 MWc, 90 GWh/an. Une avancée dans la stratégie énergétique nationale, entre promesses et fragilités.
Centrale solaire publique de Boundiali (37,5 MWc) mise en service. Premier jalon solaire à grande échelle en Côte d’Ivoire.
Inauguration de Ferké Solar (52,4 MWc) — première centrale solaire développée par un IPP privé ivoirien (PFO Énergies).
Objectif national de diversification énergétique : intégration massive du solaire et des IPP locaux dans le mix électrique ivoirien.
Centrale de Ferké Solar, localité de Sokoro 2
Soit environ 2 millions de personnes
Boundiali
37,5 MWc · 2023
Centrale publique, premier projet solaire national.
Ferké Solar
52,4 MWc · 2026
Premier IPP 100% ivoirien, sans partenaire étranger majoritaire.
Inauguration présidée par Téné Birahima Ouattara & Mamadou Sangafowa-Coulibaly
- Diversification du mix électrique
- Modèle IPP local reproductible
- Alimentation de 370 000 foyers
- Coût réel du solaire en question
- Intégration au réseau électrique
- Dépendance aux conditions climatiques
Contexte macroéconomique
Selon la Banque mondiale, Côte d’Ivoire : solde courant à -4,5 % du PIB, inflation à 0,1 %. Un environnement qui pousse à l’investissement privé dans l’énergie.
Développée par PFO Énergies, filiale du groupe PFO AFRICA, la centrale couvre une surface de 140 hectares dans la localité de Sokoro 2. Selon les chiffres officiels, elle alimentera directement plus de 370 000 foyers, soit environ deux millions de personnes. La cérémonie d’inauguration a réuni le vice-Premier ministre Téné Birahima Ouattara, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie Mamadou Sangafowa-Coulibaly, et l’administrateur général de PFO AFRICA, Clyde Fakhoury, signe de l’importance politique du projet.
Ce projet n’est pas le premier du genre en Côte d’Ivoire. Une centrale solaire publique, celle de Boundiali (37,5 MWc), avait déjà été mise en service en 2023. Mais Ferké Solar innove par son statut : il s’agit de la première centrale solaire construite et exploitée par un acteur privé ivoirien, sans recours à un partenaire étranger majoritaire. Cette configuration reflète une tendance régionale où les gouvernements encouragent les IPP locaux pour accélérer les investissements renouvelables, tout en réduisant la pression sur les finances publiques.
Le modèle économique repose sur un contrat d’achat d’électricité (PPA) signé avec la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), garantissant un tarif préférentiel sur une longue durée. Toutefois, les détails financiers n’ont pas été divulgués. Dans un contexte où le coût de l’électricité solaire a fortement baissé (entre 3 et 5 centimes USD/kWh dans les meilleurs cas), la question de la compétitivité par rapport au gaz ou à l’hydroélectricité reste centrale. La Côte d’Ivoire dispose d’importantes ressources hydroélectriques (barrages de Soubré, Taabo, etc.) et mise aussi sur le gaz pour sa production thermique. L’intégration d’une production solaire intermittente nécessite des investissements complémentaires dans le stockage et le réseau, coûts rarement inclus dans les bilans initiaux.
Par ailleurs, la région du Tchologo, où est implantée la centrale, est l’une des moins électrifiées du pays. Ferké Solar contribue donc à réduire les disparités territoriales, mais son impact effectif dépendra de la capacité des lignes de transport à acheminer l’électricité vers les zones rurales. Le gouvernement a annoncé des travaux de renforcement du réseau, mais leur calendrier reste flou.
À l’échelle ouest-africaine, ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large. Plusieurs pays (Sénégal, Ghana, Burkina Faso) multiplient les initiatives solaires, souvent avec le soutien de partenaires internationaux comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement. La semaine précédant l’inauguration, la Banque mondiale annonçait un nouveau programme de financement en monnaie locale pour les énergies renouvelables en UEMOA, facilitant l’accès aux capitaux pour des IPP comme PFO Énergies. Ce mécanisme pourrait réduire le risque de change et attirer davantage d’investisseurs privés.
Cependant, le développement du solaire en Afrique de l’Ouest bute sur des obstacles structurels : la faiblesse des réseaux, le manque de solutions de stockage à grande échelle, et la dépendance aux importations d’équipements. Le groupe PFO AFRICA, pour sa part, mise sur une intégration verticale et des partenariats avec des fournisseurs asiatiques, mais la volatilité des prix des panneaux solaires reste un facteur de risque.
En définitive, Ferké Solar est une réussite technique et un signal fort pour le secteur privé ivoirien. Mais la vraie mesure de son succès dépendra de sa capacité à délivrer une électricité abordable et fiable à long terme, tout en servant de modèle reproductible.
La mise en service de Ferké Solar illustre la confiance croissante des investisseurs privés dans le solaire ouest-africain. Mais elle rappelle aussi que la transition énergétique ne se résume pas à la multiplication de centrales : elle exige des réseaux robustes, des politiques tarifaires cohérentes et un accompagnement financier adapté. La Côte d’Ivoire, qui vise 45 % d’énergies renouvelables dans son mix en 2030, doit désormais prouver que ces projets peuvent tenir leurs promesses sans grever l’équilibre budgétaire. La région observe.