La Côte d’Ivoire a inauguré le 3 juillet 2026 sa centrale solaire de Ferkessédougou, d’une puissance de 52,4 MW. Cette infrastructure, portée par le groupe ivoirien PFO Africa, marque une étape dans la stratégie nationale de diversification du mix électrique, encore dominé par le gaz et le pétrole. Alors que les pays ouest-africains multiplient les appels à projets renouvelables, ce projet révèle une double ambition : accroître la part des énergies propres et corriger les déséquilibres territoriaux hérités de l’histoire énergétique.

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Un projet solaire au nord pour corriger un déséquilibre historique

La mise en service de la centrale Ferke Solar, dans la région de Ferkessédougou, n’est pas un simple ajout de capacité. Avec 52,4 MWc, elle devient l’une des plus grandes installations photovoltaïques du pays, aux côtés de Boundiali. Son implantation dans le nord ivoirien est stratégique : cette zone bénéficie d’un ensoleillement supérieur à la moyenne nationale, mais souffre d’un sous-équipement électrique chronique par rapport au sud, où se concentrent Abidjan, les centrales thermiques et les barrages hydroélectriques. En injectant sa production dans le réseau interconnecté, Ferke Solar contribue à sécuriser l’alimentation des régions agricoles et industrielles du nord, tout en réduisant les pertes liées au transport longue distance.

Le solaire comme levier de diversification d’un mix carboné

Avec une capacité installée d’environ 3 000 MW, la Côte d’Ivoire est l’un des premiers producteurs d’électricité en Afrique de l’Ouest. Mais cette puissance repose encore très largement sur les centrales au pétrole et au gaz, qui assurent l’essentiel de la production. Le pays exporte également vers ses voisins (Ghana, Burkina Faso, Bénin, Togo, Mali), et entend devenir un fournisseur régional majeur. Dans ce cadre, la transition vers les renouvelables est apparue comme une nécessité pour respecter les engagements climatiques pris en 2021 et maintenir la compétitivité de ses exportations. L’objectif affiché est de porter la part des énergies renouvelables à 45 % de la production en 2030, puis 46 % en 2035. Ferke Solar s’inscrit dans ce pipeline, tout comme les projets à venir de biomasse à partir des résidus agricoles (cacao, palmier à huile).

Un financement ivoirien et un modèle BOOT pour sécuriser l’investissement

Le coût de la centrale n’a pas été divulgué, mais son montage financier est révélateur des tendances actuelles. Le projet a été développé par PFO Energies, filiale du groupe d’investissement ivoirien PFO Africa, sur un modèle « construction-possession-exploitation-transfert » (BOOT). Ce schéma, courant dans les projets renouvelables en Afrique de l’Ouest, permet de mobiliser des capitaux privés tout en garantissant à l’investisseur une rentabilité sur le long terme, via un contrat d’achat d’électricité conclu avec l’État ou la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE). L’actionnariat 100 % ivoirien de PFO Africa distingue ce projet d’autres réalisations souvent portées par des multinationales étrangères, et témoigne d’une volonté de renforcer les capacités locales.

Un contexte régional favorable aux énergies renouvelables

L’inauguration de Ferke Solar intervient dans un contexte où les institutions financières régionales accélèrent leur soutien à la transition énergétique. En juin 2026, la BOAD (Banque Ouest-Africaine de Développement) tenait à Lomé la deuxième édition de ses Development Days, consacrés au financement des infrastructures durables. Quelques jours plus tard, la Société ivoirienne de raffinage (SIR) obtenait un prêt de 254 milliards FCFA de la BOAD pour produire un gasoil aux normes CEDEAO, illustrant le double mouvement de la stratégie ivoirienne : mettre à niveau les hydrocarbures tout en développant massivement les renouvelables. Ce n’est pas un paradoxe, mais plutôt une approche réaliste visant à gérer la transition sans rupture brutale des approvisionnements.

Vers un rééquilibrage de la carte énergétique ouest-africaine

Au-delà des frontières ivoiriennes, Ferke Solar pose la question de la coordination régionale des politiques énergétiques. La Côte d’Ivoire exporte déjà vers six pays voisins, et l’ajout de capacités renouvelables pourrait renforcer son rôle de pôle régional. Mais cela suppose que les réseaux interconnectés soient suffisamment robustes pour absorber une production intermittente, et que les mécanismes d’échanges transfrontaliers soient harmonisés. La montée en puissance du solaire en Afrique de l’Ouest est aussi une réponse aux défis de l’insécurité énergétique des États sahéliens, dont certains, comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ont vu leurs approvisionnements perturbés par les sanctions et l’isolement diplomatique (Alliance des États du Sahel). Dans ce contexte, la diversification des sources et des fournisseurs devient un enjeu géopolitique autant qu’économique.

La centrale Ferke Solar est donc bien plus qu’un projet photovoltaïque de plus dans la région. Elle cristallise les ambitions ivoiriennes de transition énergétique, de rééquilibrage territorial et de leadership régional, tout en s’appuyant sur des modèles de financement innovants et locaux. Reste à voir si le rythme de mise en service des futures centrales solaires, biomasse et hydroélectriques permettra d’atteindre l’objectif de 45 % de renouvelables en 2030, alors que la demande électrique continue de croître portée par la démographie et l’industrialisation.