Daystar Power, filiale de Shell, a achevé le déploiement de 6,9 MWc de centrales solaires sur quatre sites de Nestlé en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Sénégal. Cette annonce, faite le 23 juin, illustre l’appétit croissant des industriels pour l’énergie solaire décentralisée. Pourtant, elle intervient dans un contexte où l’Afrique de l’Ouest voit simultanément émerger une véritable révolution du raffinage pétrolier, portée par le Nigeria et l’Angola. Cette dualité interroge sur la stratégie énergétique régionale, tiraillée entre engagements climatiques et impératifs économiques.
Solaire & pétrole :
la double face énergétique
Daystar Power (filiale Shell) déploie 6,9 MWc solaire pour Nestlé en Côte d'Ivoire, Ghana et Sénégal. Pendant ce temps, le raffinage pétrolier explose au Nigeria et en Angola. Deux trajectoires qui s'entrechoquent.
— Global Solar Council, fév. 2026
part de l'Afrique dans la
capacité de raffinage mondiale
barils/jour de capacité
supplémentaire en projet
Source : Pressafrik · rapport 2026
6,9 MWc solaires déployés sur 4 sites : Abidjan (3,4 MWc), Tema/Ghana (2,5 MWc), Dakar (890 kWc).
Contrats signés avec : Ciment de Côte d'Ivoire (5,2 MWc), Olam Agri Ghana (1,9 MWc), GZ Industries Nigeria (2,6 MWc).
L'Afrique de l'Ouest investit massivement dans le solaire décentralisé et dans le raffinage pétrolier. Une double stratégie qui interroge.
📊 Contexte ivoirien (données récentes)
Les investissements solaires captifs s'inscrivent dans une économie en forte croissance, mais encore dépendante des énergies fossiles.
📍 Corridor solaire ouest-africain
Sites solaires Daystar Power & clients industriels — 4 pays, 6,9 MWc déployés
⚖️ Tension stratégique : solaire vs pétrole
44 % solaire captif (2025) vs 15,7 % raffinage Afrique — deux priorités qui cohabitent
« Cette dualité interroge sur la stratégie énergétique régionale, tiraillée entre engagements climatiques et impératifs économiques. »
— Cauris · juin 2026
Les installations de Daystar Power pour Nestlé couvrent des sites clés : deux centrales à Abidjan (3,4 MWc cumulés), une à Tema au Ghana (2,5 MWc) et une à Dakar (890 kWc). Selon le communiqué, chaque installation est dimensionnée pour générer un impact environnemental mesurable, notamment par la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large : depuis le début de l’année, Daystar a aussi signé des contrats avec la Société de Ciment de Côte d’Ivoire (5,2 MWc), Olam Agri Ghana (1,9 MWc) et le fabricant nigérian GZ Industries (2,6 MW). Le Global Solar Council estimait en février 2026 que près de 44 % des nouvelles capacités solaires installées en Afrique en 2025 provenaient de systèmes en toiture, commerciaux ou captifs – une tendance que confirme ce déploiement ouest-africain.
Cependant, cette avancée solaire ne doit pas occulter l’autre réalité énergétique du continent. Selon un rapport récent de Pressafrik, l’Afrique s’impose comme un nouveau moteur du raffinage pétrolier, porté par le Nigeria et l’Angola. Plusieurs raffineries, dont la gigantesque raffinerie de Dangote au Nigeria (650 000 barils/jour), montent en puissance et redessinent les flux pétroliers régionaux. Cette double évolution – solaire captif et raffinage en expansion – reflète une approche pragmatique où chaque pays cherche à sécuriser son approvisionnement énergétique, sans exclusive idéologique.
Le contexte macroéconomique accentue cette urgence. En avril 2026, l’inflation en Afrique de l’Ouest atteignait 15,7 % selon les données de la Banque mondiale, ce qui renchérit le coût de l’énergie fossile importée. Le solaire en toiture permet aux industriels de stabiliser leurs coûts et de réduire leur dépendance aux réseaux nationaux instables. Dans le même temps, la valorisation du pétrole brut local par le raffinage répond à une logique de souveraineté économique et de création de valeur ajoutée, alors que les cours de l’or noir restent soutenus par la demande mondiale.
La présence de Shell via Daystar Power illustre les stratégies ambivalentes des majors pétrolières. D’un côté, elles investissent dans les énergies renouvelables pour verdir leur image et anticiper les régulations; de l’autre, elles continuent d’exploiter et de raffiner les hydrocarbures. Pour les États ouest-africains, cette ambivalence n’est pas un problème mais une opportunité : attirer les capitaux étrangers sur les deux segments sans avoir à choisir. La mise en œuvre du gazoduc africain atlantique (AAGP), mentionnée lors du sommet Africa Forward en mai 2026, s’inscrit dans cette même logique de diversification des ressources.
Parallèlement, le projet de barrage de Souapiti en Guinée et le programme de formation d’ingénieurs hydroélectriques lancé en mai 2026 montrent que l’hydroélectricité reste un pilier de la transition régionale. Mais les aléas climatiques et les tensions sur l’eau en limitent la prévisibilité. Le solaire décentralisé offre une flexibilité que les grands barrages ne peuvent pas garantir. Les industriels, confrontés à des coupures récurrentes et à des factures élevées, deviennent ainsi les moteurs d’une transition discrète mais réelle.
Cette pluralité de trajectoires n’est pas contradictoire; elle est la marque d’une région qui aborde la transition énergétique sous l’angle de l’efficacité et de la résilience, plus que de l’idéologie. L’enjeu n’est pas tant de remplacer le pétrole par le solaire que de combiner les deux pour répondre à une demande en forte croissance, dans un environnement économique contraint par l’inflation et les déficits d’infrastructures.
Le 24 juin 2026, l’Afrique de l’Ouest incarne ainsi un laboratoire énergétique où se mêlent logiques industrielles, contraintes climatiques et réalités budgétaires. La coexistence du solaire de toiture et du raffinage pétrolier n’est pas un signe d’incohérence, mais le reflet d’une adaptation pragmatique aux besoins immédiats de développement. Reste à savoir si cette dualité pourra durablement tenir la promesse d’une réduction des émissions tout en soutenant la croissance.