Le 23 juin 2026, le ministre djiboutien de l’Énergie, Djama Mohamed Hassan, a officialisé un partenariat avec le Maroc pour construire une centrale solaire avec stockage. Ce projet vise à briser un paradoxe : Djibouti consomme déjà près de 80% d’électricité d’origine renouvelable, mais cette énergie provient presque entièrement de barrages éthiopiens. Le pays cherche à acquérir une véritable souveraineté énergétique, un enjeu qui fait écho aux défis de l’Afrique de l’Ouest, où la transition verte ne rime pas toujours avec indépendance.

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Le paradoxe djiboutien : vert mais dépendant

Avec 80% de son électricité issue de sources renouvelables, Djibouti affiche l’un des taux de pénétration verte les plus élevés d’Afrique. Pourtant, cette performance masque une fragilité : l’essentiel de cette électricité est importé depuis l’Éthiopie voisine, via les barrages du Nil bleu. En 2023, Djibouti a ainsi acheté plus de 60% de ses besoins à l’Ethiopian Electric Power, un approvisionnement soumis aux aléas climatiques et politiques. Ce modèle illustre un phénomène plus large sur le continent : une part élevée de renouvelables ne garantit pas la maîtrise du système énergétique.

Le projet annoncé avec la Banque islamique de développement, l’Agence marocaine de coopération internationale et Masen rompt avec cette logique. En misant sur le solaire photovoltaïque couplé à un stockage par batteries, Djibouti entend produire localement une électricité pilotable, adaptée à son climat aride. Le ministre a insisté sur la recherche et l’innovation pour “répondre à la demande nationale et soutenir les ambitions de développement économique”. Le choix du Maroc comme partenaire technologique n’est pas anodin : Rabat a développé une expertise reconnue dans le solaire, avec des centrales comme Noor, et promeut activement la coopération Sud-Sud.

Un miroir pour l’Afrique de l’Ouest

Ce cas djiboutien résonne avec les dynamiques ouest-africaines. Dans la région, plusieurs pays affichent des taux d’électrification modeste mais une part croissante d’énergies renouvelables, souvent portée par l’hydroélectricité. Le barrage de Souapiti en Guinée, dont la mise en service a été suivie d’un programme de formation d’ingénieurs en mai 2026, illustre une volonté de maîtrise technique. Mais à l’instar de Djibouti, la dépendance aux flux transfrontaliers reste forte : le Ghana importe de l’électricité de la Côte d’Ivoire, le Sénégal dépend du gaz de Saint-Louis, et le pool énergétique ouest-africain peine à équilibrer offres et demandes.

Parallèlement, des États comme le Togo, qui a renforcé ses capacités thermiques en 2025-2026, montrent que le chemin vers la souveraineté peut passer par des solutions fossiles. Le contraste avec Djibouti est frappant : le pays choisit le solaire-stockage, alors que l’Afrique de l’Ouest hésite entre gaz, hydroélectricité et énergies intermittentes. Le partenariat maroco-djiboutien suggère qu’une autre voie est possible, fondée sur le transfert technologique et le stockage.

Le rôle des coopérations Sud-Sud

La réunion tripartite BID-AMCI-MASEN à Djibouti s’inscrit dans un mouvement plus large de coopération intra-africaine dans l’énergie. Le Maroc, fort de son plan solaire, se positionne comme un fournisseur de solutions clé en main. Pour l’Afrique de l’Ouest, cela pourrait être un modèle : pourquoi ne pas s’appuyer sur les champions régionaux (Maroc, Afrique du Sud, Kenya) plutôt que sur des partenaires traditionnels ? Les annonces récentes de la Cedeao, avec son “Pacte d’avenir” en six piliers – dont l’énergie –, laissent entrevoir une volonté de coordination, mais la concrétisation est lente.

Le cas djiboutien révèle aussi un paradoxe structurel : la souveraineté énergétique ne se mesure pas en pourcentage de renouvelables, mais en capacité de décision et de contrôle sur la production. Un pays peut être “vert” sans être libre. À l’inverse, un mix plus carboné peut offrir une plus grande autonomie, comme le montrent les centrales thermiques togolaises. La leçon pour l’Afrique de l’Ouest est claire : la transition doit être pensée comme un outil de souveraineté, pas comme un simple indicateur de performance environnementale.

L’initiative djiboutienne, bien que localisée dans la Corne de l’Afrique, pose une question universelle pour le continent : comment concilier décarbonation et indépendance énergétique ? Alors que les centrales solaires avec stockage deviennent plus compétitives, elles pourraient offrir aux États ouest-africains une alternative aux grands barrages ou aux imports. Mais les obstacles – coût, maintenance, formation – restent élevés. Le pari de Djibouti avec le Maroc sera suivi de près à Ouagadougou, Bamako ou Dakar.