Le Maroc cumule 3,47 GW de capacités renouvelables attribuées par appels d’offres publics, selon un rapport de la Chambre africaine de l’énergie publié en juillet 2025. Ce chiffre, qui place le royaume en tête du Maghreb et troisième sur le continent, interroge les pays d’Afrique de l’Ouest sur leur propre rythme de transition. Alors que la région cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures et à améliorer l’accès à l’électricité, l’exemple marocain révèle autant d’opportunités que de défis structurels, un an après la compilation des données.
Maroc : un modèle pour la transition ouest-africaine ?
Le royaume cumule 3,47 GW de capacités renouvelables attribuées par appels d’offres publics. Un chiffre qui interroge les pays d’Afrique de l’Ouest sur leur propre rythme de transition.
Projet gazier de Tendrara
Investissement structurant dans la stratégie mixte marocaine : éolien, solaire, gaz et interconnexion.
Réserve méthodologique
Les 3,47 GW n’incluent que des projets attribués par appels d’offres publics, pas ceux ayant atteint la clôture financière.
Tous ces mégawatts ne sont pas encore opérationnels. La portée des chiffres est donc à relativiser.
Classement Afrique (GW attribués)
Source : Chambre africaine de l’énergie / S&P Global (2025)
En bref — Opportunités & défis pour l’Afrique de l’Ouest
Mix énergétique — Le Maroc combine éolien, solaire, gaz et interconnexion. Une approche pragmatique pour sécuriser l’approvisionnement.
Appels d’offres publics — Un mécanisme transparent qui attire les investisseurs. L’Afrique de l’Ouest peut s’en inspirer.
Défis structurels — Dépendance au charbon, délais de mise en œuvre, financement. Des obstacles communs à toute la région.
Selon le rapport de la Chambre africaine de l’énergie (CAE) établi à partir des données de S&P Global Commodity Insights, le Maroc figure parmi les trois premiers marchés africains pour les achats publics d’électricité verte, avec 3,47 GW attribués. Il devance l’Algérie (3,32 GW) et l’Égypte (1,57 GW), mais reste derrière l’Afrique du Sud (9,01 GW) et le Nigeria (4,21 GW). Le document souligne également l’accès universel à l’électricité, l’interconnexion avec l’Espagne (appelée à passer de 1 400 à 2 100 MW) et le projet gazier de Tendrara, d’un montant de 283 millions de dollars. Ces éléments dessinent une stratégie mixte où l’éolien, le solaire et le gaz coexistent encore avec une dépendance au charbon.
Le rapport précise toutefois que les 3,47 GW n’incluent que des projets attribués par appels d’offres publics, et non ceux ayant atteint la clôture financière. Cette réserve méthodologique tempère la portée des chiffres : tous ces mégawatts ne sont pas encore opérationnels. La CAE classe néanmoins le Maroc, avec l’Afrique du Sud et l’Égypte, parmi les « chefs de file » des grands programmes renouvelables africains, grâce à des appels d’offres concurrentiels et à une participation conjointe des secteurs public et privé. Cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus large où les contrats privés d’achat d’électricité ont sécurisé près de 11 GW à l’échelle continentale.
Enjeux pour l’Afrique de l’Ouest
L’écart entre le Maroc et les pays d’Afrique de l’Ouest est significatif. Si le Nigeria domine le classement ouest-africain avec 4,21 GW, il reste marqué par une forte dépendance aux hydrocarbures et des défis d’accès. La Côte d’Ivoire, le Ghana et le Sénégal affichent des ambitions – notamment dans le solaire et l’éolien – mais aucun n’atteint les volumes marocains. Le Sénégal, par exemple, mise sur le gaz et le solaire, mais ses capacités renouvelables publiquement attribuées restent faibles. Le rapport ne fournit pas de chiffres détaillés pour ces pays, ce qui souligne une transparence encore limitée dans la région.
La souveraineté énergétique ouest-africaine est au cœur des débats. La région importe une part importante de ses produits pétroliers raffinés, tandis que les recettes d’exportation d’hydrocarbures (pétrole, gaz, or) restent vulnérables aux fluctuations des cours mondiaux. Une transition vers les renouvelables pourrait réduire cette dépendance, mais elle exige des investissements massifs dans les réseaux, le stockage et la régulation. L’exemple marocain montre que des appels d’offres publics bien conçus peuvent attirer des capitaux privés, mais la taille du marché marocain et sa proximité avec l’Europe sont des atouts difficilement reproductibles en l’état.
Le gaz comme pont, le financement comme verrou
Le projet gazier de Tendrara (283 millions de dollars) illustre le rôle du gaz naturel dans la transition : combustible de transition, il permet de stabiliser un réseau dépendant des énergies intermittentes. En Afrique de l’Ouest, le gaz est aussi une ressource clé, notamment au Sénégal avec le projet Grand Tortue Ahmeyim, mais son exploitation est lente et confrontée à des enjeux de financement et de gouvernance. Le rapport de la CAE ne couvre pas directement ces projets, mais il souligne que la sécurité d’approvisionnement reste un défi majeur pour l’ensemble du continent.
Sur le plan géopolitique, l’interconnexion Maroc-Espagne rappelle l’importance des liens avec l’Europe. Pour l’Afrique de l’Ouest, des initiatives similaires – comme le projet d’interconnexion Côte d’Ivoire-Mali ou le West African Power Pool – sont en cours, mais leur avancement est lent. La compétition pour attirer les investisseurs verts s’intensifie, et le Maroc bénéficie d’une stabilité politique et d’un cadre réglementaire jugé favorable, deux éléments que les pays ouest-africains cherchent à consolider.
Le rapport de la CAE offre un instantané du leadership marocain en 2025, mais il invite à réfléchir aux disparités régionales et aux conditionnalités de la transition. En Afrique de l’Ouest, la route vers la souveraineté énergétique passe par une articulation fine entre ressources fossiles locales, développement renouvelable et intégration régionale. L’exemple marocain ne peut être copié, mais il éclaire les leviers – appels d’offres publics, partenariats public-privé, interconnexions – sur lesquels la région peut s’appuyer pour accélérer sa propre transformation.