Le Burkina Faso a inauguré le 21 juillet la centrale thermique de Pabré, 50 MW pour 18 milliards FCFA, réalisée en 90 jours par l’émiratie Al Ahram Taqa. Cette infrastructure, première d’un programme de 220 MW, traduit la volonté de Ouagadougou de réduire une dépendance électrique jugée intenable. Mais ce choix du thermique interroge sur la durabilité de la stratégie et ses répercussions sur l’équilibre énergétique ouest-africain.

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Le symbole est fort. En inaugurant la centrale de Pabré le 21 juillet, le Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a insisté sur la « souveraineté énergétique » retrouvée. Pendant des années, le Burkina Faso a importé une part significative de son électricité depuis le Ghana et la Côte d’Ivoire, une dépendance devenue vulnérable face aux tensions régionales et aux aléas des réseaux voisins. La mise en service de ces 50 MW supplémentaires, couplée au lancement d’une centrale de 120 MW à Ouaga Sud-Est, marque un tournant dans la stratégie du pays.

Un rattrapage énergétique sous contrainte géopolitique

Le contexte sécuritaire et diplomatique du Burkina éclaire ce choix. Depuis les coups d’État de 2022, les relations avec certains voisins se sont tendues, compliquant les accords d’achat d’électricité. La dépendance aux importations est devenue un levier de pression potentiel. En accélérant la construction d’infrastructures nationales, Ouagadougou cherche à verrouiller son approvisionnement. Le choix d’un opérateur émirati – Al Ahram Taqa – n’est pas anodin : il illustre le rééquilibrage des partenariats du pays vers de nouveaux alliés, notamment du Golfe, loin des anciennes puissances coloniales.

Cette capacité à déployer 50 MW en seulement 90 jours relève d’une logique d’urgence. « Les difficultés liées aux importations ont démontré les limites de la dépendance extérieure », a rappelé le Premier ministre. Le programme global prévoit sept centrales thermiques, dont quatre déjà livrées, pour un total de 220 MW supplémentaires. Une montée en puissance rapide qui contraste avec les délais habituels des grands projets énergétiques en Afrique de l’Ouest.

Le thermique, solution immédiate mais impasse structurelle ?

Pourtant, ce recours massif au thermique pose question. Le Burkina Faso ne dispose pas de ressources pétrolières : les groupes électrogènes de Pabré, des Cummins, fonctionneront au gasoil ou au fioul lourd, importés. La souveraineté gagnée sur l’électricité se déplace vers une dépendance aux hydrocarbures, dont les cours mondiaux restent volatils. À l’heure où la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) promeut les énergies renouvelables, le Burkina s’inscrit en contre-pied.

Ce choix reflète une réalité budgétaire : le solaire et l’éolien nécessitent des investissements lourds et des délais plus longs, tandis que le thermique permet un déploiement immédiat. Mais la facture à long terme pourrait être lourde. Chaque MW thermique implique des achats récurrents de carburant, sans parler des émissions de CO₂. Le pays parie sur la fiabilité, mais s’expose à des chocs exogènes.

Cette stratégie burkinabè s’inscrit dans une tendance ouest-africaine contrastée : alors que le Sénégal mise sur le gaz et le solaire, que le Mali développe l’hydroélectricité, le Burkina opte pour une solution de rattrapage pragmatique. Mais elle pourrait isoler le pays des futures interconnections régionales, conçues autour d’énergies plus propres. La souveraineté immédiate se gagne peut-être au détriment d’une intégration énergétique durable.

La centrale de Pabré est une réponse urgente à une fragilité systémique. Mais elle pose une question plus large pour l’Afrique de l’Ouest : comment concilier souveraineté nationale et interdépendance régionale dans un secteur où les choix techniques engagent des décennies ? Le Burkina montre une voie, mais elle reste à éprouver face aux aléas climatiques, financiers et géopolitiques qui ne manqueront pas de se présenter.