Le 21 juillet 2026, le Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a inauguré une centrale thermique d'urgence de 50 MW à Pabré, construite en 90 jours pour environ 18 milliards FCFA. Cette infrastructure vise à réduire les délestages chroniques et s'inscrit dans une stratégie affichée de souveraineté énergétique, alors que le pays cherche à diversifier ses sources d'approvisionnement et à renégocier les termes avec les acteurs miniers étrangers.

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La mise en service de la centrale de Pabré ajoute 50 MW au réseau de la SONABEL, un apport non négligeable dans un pays où la demande croît de 6 à 8 % par an et où les délestages perturbent l'activité économique. Réalisée en partenariat avec AL Ahram Taqa Burkina, cette unité thermique illustre le recours aux solutions rapides pour faire face à l'urgence, mais soulève aussi des questions sur la pérennité d'une stratégie basée sur les énergies fossiles.

Une réponse aux tensions du secteur minier

Au-delà de l'électrification urbaine, cette capacité supplémentaire répond à un impératif pour le secteur minier, pilier des exportations burkinabè. Les mines d'or, comme celles opérées par Endeavour Mining ou Iamgold, sont de grandes consommatrices d'électricité et souffrent des coupures. Or, le climat des affaires a été récemment marqué par une décision de justice annulant un contrat d'achat d'or avec Franco-Nevada, signalant une volonté de l'État de renégocier les termes des partenariats. Garantir une électricité stable devient un levier de négociation pour attirer et retenir les investisseurs miniers.

Un partenariat public-privé comme outil de déploiement rapide

Le choix d'AL Ahram Taqa, entreprise présentée comme un maillon clé du programme d'unités thermiques d'urgence, illustre le recours au PPP pour accélérer les infrastructures. Le délai de 90 jours, inférieur au contrat initial, a été mis en avant par les autorités comme une preuve d'efficacité. Ce modèle pourrait être reproduit, mais il implique aussi des coûts de combustible et de maintenance qui pèsent sur les finances de la SONABEL, déjà fragilisée.

Souveraineté énergétique : entre discours et réalités régionales

Le Premier ministre a inscrit cette réalisation dans le cadre de la « Révolution progressiste populaire » visant l'autonomie stratégique. Pourtant, le Burkina Faso reste dépendant des importations d'électricité en provenance du Ghana et de la Côte d'Ivoire via le West African Power Pool. La centrale de Pabré réduit certes cette dépendance, mais ne l'élimine pas : la capacité installée totale du pays avoisine 400 MW, loin des besoins estimés à plus de 600 MW. Le ministre de l'Énergie, Yacouba Zabré Gouba, a d'ailleurs insisté sur la complémentarité avec les renouvelables, notamment le solaire, dont les projets peinent à se concrétiser faute de financements.

Une articulation encore fragile avec les objectifs climatiques

Si le gouvernement affiche une volonté de monter en puissance sur les énergies propres, le recours au thermique d'urgence contredit les engagements climatiques du pays, qui a pourtant ratifié l'Accord de Paris. Les centrales au fioul lourd, comme celle de Pabré, émettent des gaz à effet de serre et exposent le Burkina à une hausse des coûts d'exploitation si les prix du pétrole grimpent. À l'échelle régionale, cette ambiguïté se retrouve chez plusieurs États ouest-africains qui jonglent entre urgence électrique et transition énergétique.

Le défi du financement et de la maintenance

Le coût de 18 milliards FCFA pour 50 MW, soit 360 millions FCFA par MW, est dans la moyenne des centrales thermiques de la région. Mais au-delà de l'investissement initial, le fonctionnement nécessite un approvisionnement régulier en combustible et une maintenance rigoureuse. Or, la SONABEL connaît des difficultés de trésorerie, et les créances impayées des clients (État, collectivités, particuliers) fragilisent sa capacité à assurer la pérennité des équipements.

La centrale de Pabré symbolise la quête d’indépendance énergétique du Burkina Faso, mais elle révèle aussi les tensions entre urgence immédiate et planification de long terme. Alors que le pays est en pleine renégociation de ses contrats miniers et de ses partenariats internationaux, l’électricité devient un enjeu de souveraineté autant qu’un outil de développement. Dans une Afrique de l’Ouest où les réseaux régionaux peinent à assurer la stabilité, chaque mégawatt gagné sur la dépendance extérieure est une pièce de plus dans l’édifice fragile de l’autonomie stratégique.