Le 21 juillet 2026, le Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a inauguré à Pabré une centrale thermique d'urgence de 50 MW, réalisée en 90 jours pour 18 milliards FCFA. Cette infrastructure, première d'une série annoncée, marque un tournant dans la stratégie énergétique du pays, longtemps dépendant des importations d'électricité. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation des ressources nationales, déjà à l'œuvre dans le secteur minier, où le Burkina Faso a multiplié les mesures pour renforcer son contrôle sur la production aurifère.

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Une rupture avec le modèle d'importation

Le choix historique du Burkina Faso de s'appuyer sur les importations d'électricité, notamment depuis la Côte d'Ivoire et le Ghana, a montré ses limites face aux aléas extérieurs et aux tensions régionales. La centrale de Pabré incarne une volonté affichée de rompre avec cette dépendance. « Notre pays avait fait le choix de mettre l'accent sur l'importation de l'énergie. Cette option a montré ses limites », a déclaré le Premier ministre lors de l'inauguration. En moins de trois mois, cette unité thermique est venue renforcer les capacités de la SONABEL, portant la production nationale à un niveau plus proche de la demande. Mais au-delà du mégawat supplémentaire, c'est un signal politique fort adressé aux partenaires régionaux et internationaux.

Le calendrier accéléré du projet – 90 jours contre 120 prévus – témoigne d'une priorité gouvernementale. La société Al Ahram Taqa Burkina, partenaire égyptien du projet, a démontré sa capacité à livrer rapidement. Ce choix de partenaire n'est pas anodin : il s'inscrit dans une diversification des alliances, loin des traditionnels fournisseurs ouest-africains. Le Burkina Faso, sous régime militaire depuis 2022, multiplie les accords avec des entreprises de pays « amis » comme l'Égypte, la Russie ou la Chine, tant dans l'énergie que dans les mines.

Un jalon dans la quête de souveraineté

Cette centrale s'insère dans un mouvement plus vaste de reconquête de la souveraineté économique. Depuis plusieurs années, le Burkina Faso a durci les conditions d'exploitation des mines d'or, poussant les sociétés étrangères à augmenter leur contribution locale et à créer des raffineries sur le territoire. Les articles parus en mai 2026 dans la presse régionale soulignaient déjà cette tendance : le gouvernement militaire cherche à réduire l'emprise étrangère sur un secteur qui représente près de 70 % des exportations. L'énergie, maillon indispensable de l'activité minière, devient un levier stratégique complémentaire.

L'autonomie énergétique est en effet un prérequis pour que le Burkina Faso puisse pleinement bénéficier de ses richesses minières. Sans électricité fiable et abondante, les projets de transformation locale de l'or peinent à se concrétiser. La centrale de Pabré, bien que thermique et donc dépendante des hydrocarbures importés, permet d'augmenter la capacité disponible à court terme. Le gouvernement annonce d'autres centrales similaires, sans préciser leur type. L'enjeu est de taille : le pays doit concilier urgence énergétique et transition écologique, alors que les engagements climatiques internationaux pèsent sur les choix d'investissement.

Cette dynamique burkinabè n'est pas isolée. Dans la région, plusieurs États sahéliens, confrontés à des coupures chroniques et à une dépendance aux importations, multiplient les projets de centrales thermiques, solaires ou hydroélectriques. Le Mali et le Niger, partenaires du Burkina au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES), poursuivent également des stratégies de souveraineté énergétique. La question est de savoir si cette course à l'autonomie renforcera la coopération régionale ou creusera les disparités entre pays pourvus de ressources énergétiques et ceux qui en sont dépourvus.

L'inauguration de Pabré intervient dans un contexte géopolitique tendu, marqué par le retrait des forces françaises et le rapprochement avec la Russie. Les infrastructures énergétiques deviennent des outils de pouvoir et de négociation. Le partenariat avec Al Ahram Taqa illustre le rôle croissant des entreprises égyptiennes dans la région, portées par une diplomatie économique active. À l'inverse, les anciens partenaires européens voient leur influence diminuer, tandis que les institutions financières internationales, comme la Banque mondiale, conditionnent leur soutien à des réformes de gouvernance que le régime actuel juge intrusives.

Derrière le ruban coupé à Pabré se profile donc une série d'enjeux imbriqués : sécurisation de l'approvisionnement, affirmation de la souveraineté nationale, diversification des partenariats et intégration régionale. Le gouvernement burkinabè mise sur une politique de « faire vite et faire seul » en matière énergétique, quitte à privilégier des solutions fossiles face à l'urgence. Reste à savoir si cette stratégie saura répondre aux défis structurels du secteur, notamment le faible taux d'électrification rurale et la viabilité économique des investissements.

La centrale de Pabré n'est qu'un maillon d'une chaîne de décisions qui redessinent le paysage énergétique ouest-africain. Alors que le Burkina Faso avance vers une plus grande autonomie, la question de l'équilibre entre production nationale et coopération régionale reste ouverte. D'autres pays, comme le Ghana ou la Côte d'Ivoire, historiquement exportateurs d'électricité, pourraient voir leur influence réduite. Le pari burkinabè est risqué : construire sa propre souveraineté sans compromettre les solidarités qui ont longtemps structuré le secteur énergétique régional.