Le 21 juillet 2026, le Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a inauguré la centrale thermique d’urgence de Pabré (50 MW) et posé la première pierre de celle de Ouaga Sud-Est (120 MW). Ces projets, réalisés en un temps record, traduisent la volonté des autorités de sortir le pays de sa dépendance aux importations électriques. Cette offensive énergétique s’inscrit dans un mouvement plus large de reconquête de souveraineté, déjà observable dans le secteur minier depuis plusieurs mois.
Souveraineté électrique : l’offensive éclair
Deux centrales thermiques lancées en 90 jours pour sortir le pays de la dépendance aux importations.
Pabré
Ouaga Sud-Est
Calendrier éclair
2026
2026
2026
Souveraineté en chaîne
L’offensive électrique s’inscrit dans un mouvement plus large : contrôle renforcé de l’État sur l’or (réduction de la part des opérateurs étrangers) et nouvelles minéralisations dans les ceintures birimiennes.
« Nous n’aurons de repos que lorsque la production nationale sera supérieure à la demande. »
— Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, Premier ministre
L’inauguration de la centrale de Pabré, construite en 90 jours pour un coût de 18 milliards de FCFA, et l’annonce d’une nouvelle infrastructure de 120 MW à Saaba pour 133 milliards de FCFA illustrent une accélération sans précédent de la politique énergétique burkinabè. Le discours officiel insiste sur la rupture avec un modèle historique d’importation d’électricité, jugé trop vulnérable aux aléas extérieurs. « Nous n’aurons de repos que lorsque nous aurons réussi à faire en sorte que la production nationale soit supérieure à la demande », a déclaré le chef du gouvernement.
Cette urgence énergétique n’est pas un phénomène isolé. Depuis plusieurs mois, le Burkina Faso multiplie les annonces dans le secteur extractif. En mai 2026, des articles signalaient un resserrement du contrôle de l’État sur l’or, notamment via des mesures visant à réduire la part des opérateurs étrangers. La découverte de nouvelles minéralisations dans les ceintures de roches vertes birimiennes, évoquée par des médias spécialisés, renforce l’intérêt pour ces ressources. Or, l’exploitation minière est l’un des premiers consommateurs d’électricité du pays. La construction de centrales thermiques vise donc à la fois à sécuriser l’approvisionnement des mines et à réduire la facture énergétique nationale.
Une stratégie cohérente entre énergie et mines
Le parallèle entre les deux secteurs est frappant : dans les deux cas, l’État cherche à reprendre le contrôle de leviers stratégiques. Pour l’or, cela passe par des réformes fiscales et des participations obligatoires ; pour l’électricité, par des investissements massifs dans la production locale. Cette double ambition répond à une même logique de souveraineté, martelée par les autorités depuis la révolution progressiste populaire. Le choix du thermique, plutôt que des énergies renouvelables pourtant abondantes dans la région, révèle une priorité donnée à la rapidité et à la fiabilité immédiate, quitte à s’éloigner des objectifs climatiques.
Un impact régional et géopolitique
La réduction de la dépendance aux importations, notamment en provenance de Côte d’Ivoire et du Ghana, modifie les équilibres régionaux. Historiquement, ces pays fournissaient une part significative de l’électricité burkinabè via des interconnexions. En construisant ses propres capacités, Ouagadougou limite son exposition aux tensions commerciales et aux aléas de production chez ses voisins. Cette autonomie accrue renforce également sa position dans les négociations régionales, notamment au sein de l’Autorité de développement intégré des États du Liptako-Gourma (ALG) ou de la CEDEAO.
Les implications géopolitiques ne s’arrêtent pas là. Le recours à des technologies thermiques, souvent associées à des partenaires russes ou chinois, pourrait ouvrir la voie à de nouvelles alliances. Les récents incidents au Mali, où un drone russe a été abattu, rappellent toutefois que la présence de ces acteurs n’est pas sans risques. Le Burkina Faso semble pour l’instant privilégier des solutions rapides et nationales, sans écarter une coopération technique avec des pays émergents.
Un modèle sous contraintes
Malgré l’enthousiasme officiel, ce choix du thermique pose plusieurs questions. Le coût des combustibles fossiles, soumis aux fluctuations des marchés mondiaux, pourrait peser sur les finances publiques à long terme. Par ailleurs, l’impact environnemental de ces centrales, dans un pays déjà vulnérable au changement climatique, n’est pas négligeable. Enfin, la capacité à entretenir ces infrastructures et à assurer un approvisionnement régulier en fioul reste un défi logistique.
La centrale de Pabré, qualifiée d’« urgence », laisse entendre que ces projets répondent à une crise immédiate. Le pays a connu des délestages récurrents ces dernières années, freinant l’activité économique et l’investissement. L’objectif de dépasser la demande nationale est donc crucial pour la crédibilité du gouvernement et pour attirer des capitaux étrangers, notamment dans le secteur minier.
Cette double inauguration marque un tournant pour le Burkina Faso, mais pose la question de la viabilité d’un modèle basé sur les énergies fossiles dans un contexte de transition globale. Au-delà du pays, c’est toute la région ouest-africaine qui observe ces expériences, où la souveraineté énergétique devient un marqueur des nouvelles stratégies politiques et économiques des États sahéliens.