Un an après l’échec de Xlinks, le Maroc se heurte à un nouvel obstacle sur la route de l’exportation d’électricité vers l’Europe. Sila Atlantik, projet de 30 à 40 milliards d’euros porté par Xlinks Germany, est bloqué faute d’engagement étatique allemand. Pendant ce temps, l’Algérie enchaîne les accords énergétiques avec Berlin, redessinant les équilibres géopolitiques du corridor électrique nord-africain. Ce revers interroge la capacité des pays de la région à transformer leurs ressources renouvelables en levier de souveraineté.
Sila Atlantik bloqué : le Maroc et l’Allemagne en désaccord, l’Algérie avance
Un an après l’échec de Xlinks, le Maroc se heurte à un nouvel obstacle. Pendant ce temps, l’Algérie enchaîne les accords avec Berlin.
Sila Atlantik : câble sous-marin de 4 800 km vers l’Allemagne.
⏳ Projet de 40 milliards € en suspens — Berlin n’a pas donné de garantie d’État.
🔻 La lettre de février 2026 du secrétaire d’État Wetzel reste sans suite.
Accords énergétiques multipliés avec l’Allemagne en 2026.
⚡ Redessine les équilibres du corridor électrique nord-africain.
✅ Avance discrète mais concrète pendant que le Maroc piétine.
Ce que devait livrer Sila Atlantik
26 TWh par an, soit 5 % de l’électricité allemande. Adossé à 15 GW solaire/éolien. Aujourd’hui, le projet est gelé faute d’engagement étatique.
⏱️ Chronologie du blocage
Lettre de Frank Wetzel (secrétaire d’État allemand)
Laisse espérer un soutien officiel de Berlin.
Blocage persistant
Pas d’accord intergouvernemental. Le Maroc réclame des garanties contraignantes.
Risque de retrait des investisseurs privés
Sans garantie d’État, le projet titanesque est gelé.
🔗 Acteurs et enjeux
Maroc
Veut un accord contraignant
Allemagne
Hésite sur les garanties
Algérie
Avance ses pions avec Berlin
📍 Corridor électrique nord-africain (projeté)
⚠️ Projet de 40 milliards € aujourd’hui suspendu. L’Algérie profite de l’impasse pour renforcer ses propres accords avec Berlin.
© Cauris · Données vérifiées · Infographie 2026
Un projet titanesque en suspens
Sila Atlantik devait être le plus long câble électrique sous-marin du monde, reliant le sud du Maroc à l’Allemagne sur près de 4 800 kilomètres. Adossé à 15 gigawatts de capacités solaires et éoliennes, il était conçu pour livrer 26 térawattheures par an, soit environ 5 % de la consommation électrique allemande. En février 2026, une lettre du secrétaire d’État allemand à l’Économie, Frank Wetzel, laissait espérer un soutien officiel. Cinq mois plus tard, ce soutien reste lettre morte.
Les discussions butent sur la gouvernance du projet et la nature des garanties que Berlin serait prêt à apporter. Le Maroc, qui avait interprété la lettre de Wetzel comme un feu vert politique, réclame désormais un accord intergouvernemental contraignant. Or, l’Allemagne semble hésiter à s’engager dans un projet dont la faisabilité technique et financière n’est pas encore totalement assurée. Sans garantie d’État, les investisseurs privés risquent de se retirer, gelant un projet déjà fragilisé par l’échec du précédent corridor Xlinks.
Le vent tourne du côté de l’Algérie
Pendant que Rabat marque le pas, Alger engrange. L’Algérie a multiplié les signatures avec des entreprises allemandes pour développer son propre corridor énergétique, fondé sur l’hydrogène vert et l’électricité solaire. Ce contraste illustre la compétition ouverte entre les deux puissances nord-africaines pour capter les investissements européens dans la transition énergétique. L’Allemagne, en quête de diversification de ses approvisionnements après la rupture avec le gaz russe, semble privilégier des partenariats moins risqués mais plus avancés sur le plan diplomatique.
Cet avantage algérien tient aussi à une différence de modèle : Alger mise sur des accords intergouvernementaux directs, tandis que le Maroc a longtemps favorisé des portages privés. La leçon de Sila Atlantik pourrait inciter Rabat à revoir sa stratégie, mais le temps perdu profite à son voisin.
Quelles conséquences pour l’Afrique de l’Ouest ?
Le blocage de Sila Atlantik dépasse le seul face-à-face maroco-algérien. Pour les pays d’Afrique de l’Ouest, ce revers relativise l’ambition de devenir des fournisseurs d’électricité renouvelable à grande échelle vers l’Europe. Le Sénégal, la Mauritanie ou le Nigeria portent eux aussi des projets de câbles sous-marins ou de production d’hydrogène vert, mais ils sont confrontés aux mêmes défis : absence de cadre juridique stable, exigences de garanties souveraines, et concurrence entre États.
Par ailleurs, la manne financière attendue de ces exportations aurait pu soutenir les finances publiques ouest-africaines, notamment dans un contexte de baisse des revenus pétroliers. L’enlisement de Sila Atlantik rappelle que la souveraineté énergétique régionale ne se décrète pas : elle dépend de la capacité à conclure des accords politiques solides, bien au-delà des simples déclarations d’intention.
Montée des tensions entre Rabat et Berlin ? Les prochaines semaines diront si un compromis est possible. Mais le temps joue contre le Maroc : chaque jour qui passe renforce la position de l’Algérie et réduit la crédibilité des mégaprojets nord-africains auprès des décideurs européens.
Au-delà du cas Sila Atlantik, c’est toute la crédibilité des corridors d’exportation électrique depuis l’Afrique du Nord vers l’Europe qui est en jeu. Entre rivalités régionales, exigences de garanties étatiques et concurrence des modèles, la route des électrons verts reste semée d’embûches. L’Afrique de l’Ouest, qui observe ces développements, pourrait y voir un avertissement pour ses propres ambitions énergétiques.