Le récent rapport de l’Infrastructure Consortium for Africa souligne un déficit de 118 milliards de dollars dans les infrastructures ouest-africaines. Dans ce contexte, la Mauritanie, pays sahélien aux portes du Maghreb, voit sa position géostratégique renforcée alors que le Maroc et l’Algérie rivalisent d’influence. Comment Nouakchott navigue-t-elle entre ces deux pôles, et quelles conséquences pour son économie ?

Infographie — Économie · Mauritanie

La rivalité entre le Maroc et l’Algérie structure depuis des décennies les équilibres maghrébins. Mais comme le souligne une récente analyse, les deux puissances incarnent des logiques d’insertion différentes : le Maroc « projette » en devenant un nœud de circulation, tandis que l’Algérie « absorbe » en tant que profondeur stratégique et puissance énergétique. La Mauritanie, située au carrefour de ces deux sphères, doit composer avec cette dualité.

Une position géopolitique centrale

Nouakchott entretient des relations privilégiées avec Rabat : coopération économique, investissements dans les infrastructures portuaires et projet de gazoduc Maroc-Nigeria, dont la Mauritanie pourrait être une voie de passage. Parallèlement, l’Algérie reste un partenaire historique, avec des liens diplomatiques solides et des échanges commerciaux non négligeables. Cette double appartenance offre à la Mauritanie une marge de manœuvre, mais la contraint à un équilibrisme permanent.

L’enjeu est crucial pour le développement mauritanien. Le pays dispose de ressources minières (fer, or) et halieutiques, mais ses infrastructures restent insuffisantes, comme en témoigne le déficit régional de 118 milliards de dollars. Pour financer ses projets, Nouakchott cherche des investisseurs étrangers, et les deux voisins se présentent comme des partenaires naturels, chacun avec son propre modèle.

Des choix économiques entre deux modèles

Le modèle marocain mise sur l’ouverture et l’intégration dans les chaînes de valeur globales, notamment via les accords de libre-échange et les investissements dans les énergies renouvelables. Le Maroc ambitionne de devenir un hub régional, et la Mauritanie pourrait en bénéficier comme plateforme logistique. À l’inverse, l’Algérie privilégie une approche plus souveraine, fondée sur ses ressources énergétiques et une industrialisation protégée.

Pour la Mauritanie, chaque voie présente des avantages et des risques. S’aligner trop sur Rabat pourrait compromettre les relations avec Alger, tandis qu’une trop grande proximité avec Alger limiterait l’accès aux marchés internationaux que le Maroc facilite. D’autant que les deux capitales ne cachent pas leur volonté d’étendre leur influence en Afrique de l’Ouest, comme l’a montré la présence des présidents Tinubu et Mahama au Sommet Africa Forward en mai 2026.

Par ailleurs, la récente hausse de la note souveraine du Nigeria par S&P Global Ratings, passée à « B » avec perspective stable, témoigne d’un regain de confiance des investisseurs dans la région. Ce signal positif pourrait attirer davantage de capitaux vers des pays voisins comme la Mauritanie, à condition que celle-ci offre un environnement stable et prévisible.

Dans ce jeu d’influences, Nouakchott semble adopter une stratégie pragmatique : ne pas choisir, mais tirer parti des deux. Les infrastructures de transport et d’énergie sont les secteurs clefs où cette politique se matérialise. Le projet de gazoduc Maroc-Nigeria, soutenu par la CEDEAO, coexiste avec des accords de coopération gazière avec l’Algérie. La Mauritanie espère ainsi devenir un hub énergétique régional, reliant le gaz ouest-africain aux marchés européens.

Cependant, la persistance des tensions entre Rabat et Alger complique cette ambition. Tout rapprochement avec l’un est perçu comme un affront par l’autre. La Mauritanie doit donc naviguer avec prudence, en évitant les gestes trop marqués. Cette équation, si elle est bien maîtrisée, pourrait faire de Nouakchott un acteur clé de l’intégration régionale.

La Mauritanie illustre les dilemmes des petits États pris entre des puissances rivales. Sa capacité à maintenir un équilibre stable déterminera son attractivité économique et sa place dans les futures architectures régionales. Alors que l’Afrique de l’Ouest cherche à combler son déficit d’infrastructures et que le Maghreb redessine ses alliances, Nouakchott pourrait bien démontrer que la neutralité active est une stratégie gagnante.