Depuis leur déploiement en 2022, les deux centrales flottantes de Karpowership amarrées à Abidjan couvrent aujourd'hui jusqu'à 7,5 % de la demande d'électricité de la Côte d'Ivoire. Avec une capacité combinée de 143 MW, elles représentent une réserve rapidement mobilisable dans un contexte de croissance soutenue de la consommation. Ce recours à des infrastructures flottantes, souvent alimentées au gaz ou au fioul lourd, pose la question de la dépendance énergétique et des coûts, alors que la région ouest-africaine cherche à sécuriser son approvisionnement.

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La demande d'électricité en Côte d'Ivoire ne cesse de croître, portée par une industrialisation rapide, l'urbanisation et une classe moyenne émergente. Le pays, qui ambitionne de devenir un hub énergétique régional, a historiquement misé sur l'hydroélectricité pour une part importante de sa production. Mais cette dépendance aux barrages expose le réseau aux aléas climatiques : les saisons sèches réduisent la capacité de production, créant des tensions récurrentes.

C'est dans ce contexte que les centrales flottantes de Karpowership ont été déployées en 2022. En trois ans, elles sont devenues un maillon essentiel du dispositif ivoirien. Selon Günkut Korman, coordinateur pays de l'entreprise turque en Côte d'Ivoire, elles assurent aujourd'hui jusqu'à 7,5 % de la demande nationale, soit l'équivalent des besoins annuels d'environ un million de ménages. Leur atout principal : la flexibilité. Rapidement installées, elles peuvent être redéployées si nécessaire et compensent les fluctuations des autres sources.

Une solution de court terme qui s'installe dans la durée

Prévues initialement comme une réponse d'urgence, ces unités flottantes sont devenues un pilier structurel du mix énergétique ivoirien. Le modèle de Karpowership repose sur des contrats d'achat d'électricité (PPA) à long terme, souvent indexés sur les prix des combustibles. Si cette formule offre une sécurité d'approvisionnement, elle expose également l'État à des coûts variables et à une dépendance vis-à-vis des importations de gaz ou de fioul. La question de la souveraineté énergétique se pose : le pays maîtrise-t-il vraiment sa production lorsqu'une partie clé est assurée par un acteur privé étranger sur des infrastructures mobiles ?

Un modèle en expansion en Afrique de l'Ouest

La Côte d'Ivoire n'est pas un cas isolé. Le Ghana, le Togo, le Sénégal et d'autres pays de la région ont également recours aux powerships pour pallier des déficits de production. Cette tendance reflète un besoin urgent de capacité flexible dans un contexte où les investissements dans les centrales traditionnelles (thermiques, hydrauliques) peinent à suivre le rythme de la demande. Karpowership est ainsi devenu un fournisseur incontournable, capable de déployer rapidement des mégawatts là où les besoins se font sentir.

Implications financières et géopolitiques

Pour les États, ces contrats représentent une charge récurrente sur les finances publiques. Le coût de l'électricité issue des powerships est souvent plus élevé que celui des centrales hydrauliques, ce qui pèse sur les tarifs ou les subventions. En outre, le paiement s'effectue en devises, ce qui peut fragiliser les réserves de change. Sur le plan géopolitique, la présence de Karpowership renforce les liens avec la Turquie et diversifie les partenariats énergétiques, mais elle peut aussi créer une relation de dépendance asymétrique.

Perspectives : vers un mix plus résilient ?

À plus long terme, la Côte d'Ivoire devra arbitrer entre la flexibilité offerte par les centrales flottantes et le développement d'infrastructures pérennes. Le pays mise également sur le solaire et le gaz naturel local pour renforcer sa souveraineté. Mais en attendant, Karpowership reste un outil précieux pour assurer la stabilité du réseau. L'équation est délicate : comment concilier sécurité électrique immédiate et indépendance énergétique durable ?

L'essor des centrales flottantes en Afrique de l'Ouest illustre une tendance plus large vers des solutions énergétiques mobiles et rapidement déployables, souvent portées par des acteurs privés internationaux. Si elles répondent à une urgence, elles interrogent la capacité des États à bâtir une souveraineté énergétique à long terme, dans un contexte de transition et de croissance rapide de la demande.