Le 6 juillet 2026, les ministres de l’Énergie ivoirien et algérien ont signé un accord-cadre destiné à renforcer la coopération énergétique bilatérale. Alors que l’Afrique de l’Ouest cherche à diversifier ses sources d’électricité et à réduire sa dépendance aux importations coûteuses, ce partenariat avec un géant gazier nord-africain pourrait modifier en profondeur les équilibres régionaux. Il intervient dans un contexte où les projets hydroélectriques (Souapiti) et thermiques (Togo) peinent à couvrir la demande croissante, et où la CEDEAO prône une intégration énergétique accélérée.
Pivot gazier Algérie–Côte d’Ivoire
Un accord-cadre pour redessiner les équilibres ouest-africains
Croissance annuelle de la demande d’électricité en Côte d’Ivoire
Portée par l’industrialisation et l’urbanisation, la pression sur le réseau ivoirien s’accélère. L’accord avec Alger vise à sécuriser l’approvisionnement en gaz pour les centrales thermiques.
Acteurs & flux
L’Algérie diversifie ses débouchés hors Europe ; Abidjan sécurise ses centrales thermiques face à une demande qui progresse de 8 % par an.
📌 En bref
L’accord prévoit des investissements conjoints dans les infrastructures gazières et l’acheminement de gaz algérien vers la Côte d’Ivoire. Objectif : réduire la dépendance aux importations coûteuses et soutenir la croissance économique régionale.
Côte d’Ivoire (FMI)
Selon le FMI, ces indicateurs reflètent une stabilité macroéconomique relative, dans un contexte de hausse des dépenses d’infrastructure.
Corridor énergétique ouest-africain
Ce corridor s’inscrit dans la stratégie de souveraineté énergétique de l’Afrique de l’Ouest, où les projets hydroélectriques (Souapiti) et thermiques peinent à suivre la demande.
Un accord dans la continuité des besoins énergétiques ouest-africains
L’accord-cadre signé entre Mamadou Sangafowa-Coulibaly et Mourad Adjal prévoit des échanges d’expertise, des investissements conjoints dans les infrastructures et, probablement, l’acheminement de gaz algérien vers la Côte d’Ivoire. Ce pays, moteur économique de l’UEMOA, voit sa demande d’électricité augmenter de 6 à 8 % par an, portée par l’industrialisation et l’urbanisation. Malgré ses propres gisements pétroliers et gaziers offshore, Abidjan doit encore importer du gaz pour alimenter ses centrales thermiques, faute de capacité de traitement suffisante. L’Algérie, septième producteur mondial de gaz, y voit un débouché stratégique pour diversifier ses clients au-delà de l’Europe, où la demande stagne.
Une réponse aux défis de souveraineté énergétique
L’initiative s’inscrit dans une tendance plus large de recherche de souveraineté énergétique en Afrique de l’Ouest. Depuis plusieurs années, les États multiplient les projets pour sécuriser leur approvisionnement : le barrage de Souapiti en Guinée a lancé un programme de formation d’ingénieurs en mai 2026, tandis que le Togo continue d’investir dans ses centrales thermiques. Mais ces efforts butent sur des contraintes financières et techniques. L’accord avec Alger offre une alternative crédible, en s’appuyant sur un partenaire disposant d’une expérience éprouvée dans l’exploitation gazière et la construction de pipelines. Il pourrait aussi accélérer la mise en place d’un réseau régional de gazoducs, reliant les bassins sédimentaires du Golfe de Guinée aux marchés sahéliens.
Géopolitique régionale : l’Algérie muscle son influence
Au-delà des aspects techniques, ce rapprochement a une dimension géopolitique évidente. Alger entend renforcer sa présence en Afrique de l’Ouest, traditionnellement sous influence marocaine. En proposant une coopération énergétique concrète, l’Algérie se positionne comme un fournisseur fiable et un partenaire de développement, concurrençant les offres chinoises et européennes. Pour la Côte d’Ivoire, ce partenariat offre un contrepoint à la dépendance vis-à-vis des compagnies occidentales et une assurance contre les fluctuations des prix du gaz sur le marché spot. Il pourrait aussi peser dans les négociations en cours au sein de la CEDEAO pour harmoniser les politiques énergétiques et créer un marché commun de l’électricité.
Un signal pour l’intégration régionale
L’accord s’insère dans le cadre du « Pacte d’avenir » présenté par la CEDEAO en mai 2026, dont l’un des six piliers est l’intégration des infrastructures. En liant un pays d’Afrique du Nord à un pays d’Afrique de l’Ouest, il dépasse le périmètre classique de la CEDEAO et ouvre la voie à une coopération transsaharienne. Toutefois, des obstacles demeurent : le coût du transport du gaz sur de longues distances, la sécurité des pipelines dans la zone sahélo-saharienne, et la concurrence des projets d’énergies renouvelables portés par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). L’équilibre entre gaz et solaire reste à définir.
Des implications pour les revenus miniers et pétroliers
Si l’accord se concrétise, il pourrait modifier la donne fiscale pour les États côtiers. La Côte d’Ivoire envisage de réduire sa consommation de produits pétroliers importés au profit du gaz algérien, ce qui allégerait sa facture énergétique. En contrepartie, Alger négociera sans doute des conditions avantageuses pour ses entreprises, comme Sonatrach, et un accès aux marchés ivoiriens. Pour les pays miniers (Mali, Burkina, Niger), fortement dépendants du gazole pour leurs mines d’or, l’arrivée d’une offre gazière compétitive pourrait réduire leurs coûts d’exploitation et améliorer la compétitivité du secteur aurifère ouest-africain, qui a connu une progression notable ces dernières années.
L’accord énergétique entre la Côte d’Ivoire et l’Algérie n’est pas un simple contrat bilatéral : il cristallise les mutations à l’œuvre dans la géopolitique africaine de l’énergie. Entre quête de souveraineté, attraction des investissements et compétition d’influence, il interroge la capacité de la région à construire un mix énergétique cohérent et résilient. Reste à savoir si cette coopération nord-sud préfigurera une nouvelle architecture énergétique continentale ou restera une initiative isolée face aux défis de la transition.